
Washington et le Golfe : Le mythe du “respect” brisé par le cynisme de Trump
Publié le 14.9.2026 à 14h37 – Par Sophie Martin – Temps de lecture 5mn
Et si tout ce qu’on vous a raconté était faux? Osons le dire: Donald Trump se fout littéralement de Mohammed Ben Salmane en Arabie Saoudite, et la chaîne 12 l’a bien confirmé (et est très précise, il s’agit d’une interview croisée juste avant cette crise. C’est lors d’un entretien exclusif accordé au journaliste Barak Ravid sur la chaîne israélienne Channel 12 que Trump avait prévenu qu’il ne se focaliserait que sur les menaces directes (comme l’Iran), posant les bases de son refus d’intervenir dans les conflits périphériques des pays du Golfe). Personne n’ose le formuler ainsi, mais les pays du Golfe semblent même y puiser un certain « honneur ».

Brisons ce tabou une bonne fois pour toutes: les monarques du désert, ces Bédouins transformés en princes, les pingouins du sable à qui on a arraché les « tentes » pour ériger des palais où les toilettes brillent en or. L’Arabie Saoudite, le Qatar et leurs cousins du Golfe prétendent riposter à Israël. Une coalition contre Israël? Qui aurait cru!


COMPRENDRE LE MOYEN-ORIENT : ENTRE BLESSURES DE L’HISTOIRE ET CYNISME GÉOPOLITIQUE
Pour comprendre les tensions qui déchirent le Moyen-Orient aujourd’hui, il faut plonger dans la psychologie d’une région marquée par un profond sentiment de trahison. Face aux impasses actuelles, des discours militants très vifs, parfois provocateurs, cherchent des coupables. On entend ainsi des formules chocs : « Qui a créé Israël ? C’est vous, les Arabes ! », ou encore des accusations affirmant que l’Occident a tout inventé pour infiltrer la région. Si ces phrases découlent d’une réelle souffrance historique, elles mélangent pourtant des vérités douloureuses avec des mythes qu’il convient de décoder avec humanité et rigueur.
1. La Révolte arabe (1916) et Damas (1920) : Le traumatisme de la trahison
La formule qui accuse les Arabes d’avoir « livré » Jérusalem et la Syrie aux Européens repose sur un terrible malentendu historique. En 1916, lorsque 20 000 Bédouins s’allient à Lawrence d’Arabie contre l’Empire ottoman, ils ne cherchent pas à installer les empires coloniaux. Les Britanniques leur avaient formellement promis un grand Royaume arabe indépendant.
Oui, certains Arabes se sont alliés aux Britanniques contre les Ottomans. Mais non, cela ne signifie pas que « les Arabes ont créé Israël ». La création d’Israël résulte d’une succession d’événements et de décisions internationales, jusqu’à la proclamation de 1948 poussée par la déclaration Balfour de 1917 et le soutien de réseaux financiers comme la famille Rothschild.
De la même manière, en juillet 1920 lors de la bataille de Khan Mayssaloun (la bataille de Damas), les Syriens n’ont pas offert leur pays à la France : ils ont pris les armes et ont versé leur sang pour défendre leur liberté naissante face à l’invasion du général Gouraud. (Notons au passage que l’évocation de « Mamelouks » à cette époque est une confusion populaire, cette armée ayant disparu un siècle plus tôt).
2. Le besoin d’expliquer l’infiltrations par des mythes
Dans certains milieux au Moyen-Orient, une théorie persiste : les Français et les Anglais auraient créé le wahhabisme et le nationalisme arabe pour diviser l’Islam. Et si on arrêtait de se mentir ? Le wahhabisme n’est pas une création britannique : le mouvement apparaît au XVIIIᵉ siècle, l’alliance entre Ibn Abd al-Wahhab et Ibn Saoud remonte à 1744.
Le panarabisme, lui, n’émerge qu’à la fin du XIXᵉ et au début du XXᵉ siècle. Les présenter comme de simples inventions des services britanniques ou français relève davantage du récit militant que de l’histoire. Cette histoire à dormir debout ne fait que masquer le fait que le berbérisme, tout comme le wahhabisme, n’est pas une création occidentale, mais le produit d’évolutions historiques bien plus complexes.
3. Le théâtre des puissances : Du Qatar aux Accords d’Abraham
Cette clé de lecture permet d’éclairer la colère actuelle face aux événements récents. Quand le Qatar se retrouve ciblé par des pressions géopolitiques, ou quand certains imaginent des ripostes chorégraphiées contre Israël de simples « pétards » tirés pour le Nouvel An du Golfe sous l’œil bienveillant de Washington c’est le sentiment d’impuissance qui parle.
Qu’est‑ce que vous racontez ? Depuis quand avez‑vous le courage de signer les Accords d’Abraham ? Vous voulez créer un nouveau Moyen‑Orient, pantin des États‑Unis, avec une Palestine fantoche ? C’est tout ce que vous voulez faire. Mais là encore, attention aux généralisations : non, les 22 pays arabes ne les ont pas signés. Quatre États seulement ont participé à la normalisation de 2020 : les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Maroc et le Soudan. Encore une fois, beaucoup de raccourcis, beaucoup de généralisations… et surtout, beaucoup de mytho.
4. Le Yémen et Donald Trump : Le mythe du « respect » brisé par la réalité
Pourtant, la réalité d’aujourd’hui prouve que ce ne sont ni les complots du passé ni la religion qui dirigent le monde, mais un froid cynisme transactionnel. C’est ici que le mythe du « respect » américain s’effondre, et c’est précisément ce que les médias du Golfe tentent de cacher.

Ces derniers jours, face à l’avancée des rebelles Houthis au Yémen, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (MBS) a personnellement appelé Donald Trump à deux reprises pour le supplier de lancer des frappes militaires afin de protéger ses infrastructures pétrolières. La réponse de Trump ? Un refus catégorique. En public, Trump s’est même vanté que les Houthis l’avaient appelé pour lui dire qu’ils ne voulaient pas se battre avec les États-Unis.
Pour Trump, la sécurité du Golfe n’est pas une question d’honneur ou d’alliance sacrée, c’est du business. Fidèle à sa doctrine « L’Amérique d’abord », il estime que si MBS veut faire la guerre, il n’a qu’à la faire seul. Une preuve ultime qu’au Moyen-Orient, les alliances ne sont pas théologiques, elles sont purement transactionnelles.
EN RÉSUMÉ
La trahison de 1916 : Les Arabes se sont battus contre les Ottomans pour leur propre indépendance, pas pour créer Israël. Ils ont été les premiers dupés par les Britanniques.
Les faux complots du passé : Le wahhabisme (1744) et le panarabisme sont des mouvements nés de dynamiques régionales complexes. Les attribuer aux services secrets occidentaux est un raccourci militant.
Les Accords d’Abraham : Seuls 4 pays arabes sur 22 ont signé ces accords de normalisation avec Israël en 2020. En faire une généralisation pour tout le monde arabe est historiquement faux.
Le lâchage de MBS par Trump : Le refus de Trump d’aider militairement l’Arabie saoudite au Yémen montre le vrai visage de la politique américaine : aucun « respect » traditionnel, uniquement du calcul économique et politique à court terme.
Traduction du X :
Le prince héritier saoudien MBS a rencontré ce matin à Djeddah le chef du CENTCOM, l’amiral Brad Cooper, selon des rapports des médias saoudiens. L’Arabie saoudite a demandé ces derniers jours l’aide de son allié, alors que les Houthis ont repoussé les forces soutenues par l’Arabie saoudite au Yémen et ont saisi des îles clés dans le Bab el-Mandeb, ainsi que des territoires vitaux adjacents à la mer Rouge. Même l’oléoduc critique Est-Ouest a été touché à l’intérieur de l’Arabie saoudite, bien que cette frappe provienne du territoire irakien… MBS aurait appelé Trump à plusieurs reprises, sans succès, mais maintenant le CENTCOM rencontre avec lui… Nous voyons tous les prix du pétrole, nous savons que les élections de mi-mandat approchent… Qu’est-ce qui va se passer?? Source: @spagov, Jerusalem Post, NYT / Writer: Michael
En conclusion : arrêtons de recycler des légendes urbaines comme des faits. Osons la vérité, même si elle dérange. Le consensus est un piège ; la provocation, quand elle sert la réalité, est notre meilleure arme.
Regardez l’actualité la plus brûlante : si la géopolitique était dictée par la religion ou par une alliance « sacrée » entre alliés historiques, comment expliquer que Donald Trump refuse aujourd’hui d’aider militairement Mohammed ben Salmane (MBS) face à l’avancée fulgurante des Houthis au Yémen ? Par deux fois, le « prince » héritier saoudien a personnellement appelé Trump pour le supplier de bombarder les rebelles yéménites qui menacent ses infrastructures pétrolières et le détroit de Bab el-Mandeb. La réponse de Washington ? Un refus catégorique.
Pourquoi ? Parce que le cynisme pragmatique surpasse toujours le dogme. Trump applique une froide logique d’intérêts économiques et stratégiques, totalement imperméable à la religion :
- Le coût d’abord : Fidèle à sa doctrine de « l’Amérique d’abord », Trump estime que l’Arabie saoudite, à qui les États-Unis ont vendu pour des centaines de milliards de dollars d’armes de pointe, doit régler ses guerres elle-même sans que l’armée américaine ne serve de bouclier gratuit.
- La peur du bourbier : Ouvrir un second front terrestre ou aérien direct au Yémen briserait les accords de non-agression négociés précédemment, exposant inutilement les bases américaines à des pluies de missiles. Trump préfère centraliser ses forces sur le bras de fer avec l’Iran et la sécurisation du détroit d’Hormuz.
En se contenant de fournir du renseignement tactique non létal à Riyad, Washington prouve qu’au Moyen-Orient, les alliances ne sont ni religieuses, ni éternelles. Elles sont purement transactionnelles. Une preuve de plus que pour comprendre le monde, il faut suivre l’argent et le pouvoir, jamais les fables théologiques.
Mercredi, Donald Trump a réassuré Israël après de nouvelles tensions entre les États-Unis et l’Iran, déclarant à la chaîne Channel 12 : « Israël ne doit pas s’inquiéter. Vous savez pourquoi ? Parce que je suis le président, et je vais prendre soin d’Israël. »
Oui Tr(o)umpeur MIGA

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