
De « intelligence artificielle » à « super intelligence » : Le pacte secret entre Trump et la Silicon Valley
Publié le 3.10.2026 à 06h54 – Par François Lambert – Temps de lecture 5mn
Une stratégie linguistique au service du pouvoir: l’influence de Trump et des géants de la tech sur la perception de l’intelligence artificielle
Depuis plusieurs mois, le président Donald Trump et les dirigeants des grandes entreprises technologiques orchestrent une opération de requalification sémantique visant à remodeler le discours public autour de l’intelligence artificielle (IA). Cette démarche, qui peut sembler anodine à première vue, revêt des implications géopolitiques majeures.



1. Redéfinition du vocabulaire « intelligence artificielle »
En signant un décret, le président Trump a décrété que le terme « intelligence artificielle » devait être remplacé par « super intelligence ». L’argument avancé est que l’adjectif « artificiel » serait trompeur, voire dangereux, car il suggère une entité détachée de l’humain et potentiellement incontrôlable. Cette modification terminologique a été immédiatement imposée aux diplomates du Département d’État, qui doivent désormais employer l’expression « super intelligence » dans leurs communications officielles.
L’objectif affiché est de « dépolitiser » le concept en éliminant la connotation négative attachée à l’idée d’une intelligence non humaine. En pratique, il s’agit d’une tentative de redéfinir la réalité perçue afin de faciliter l’acceptation d’une nouvelle ère technologique, rappelant les stratégies de manipulation du langage utilisées dans les décennies précédentes.

2. Rebranding des infrastructures technologiques
Jensen Huang, PDG de Nvidia, a suivi le même schéma en remplaçant le terme « data center » par « usine de super intelligence ». Cette évolution terminologique répond à deux contraintes majeures:
Impact environnemental: les data centers, gourmands en énergie, suscitent de plus en plus d’opposition locale (phénomène qualifié d’« effet NIMBY »). Perception publique: le mot « usine » évoque la création d’emplois et une activité productive, contrastant avec l’image froide et consommatrice d’énergie associée aux data centers.
En adoptant ce vocabulaire, les géants de la technologie cherchent à présenter leurs installations comme des moteurs de croissance économique plutôt que comme des sources de pollution.
3. Un accord de régulation à la marge du droit
Parallèlement, les grandes entreprises technologiques ont signé un accord avec l’administration Trump, présenté comme un cadre de régulation « morale ». En réalité, cet accord ne crée aucune contrainte juridique: il laisse aux entreprises le soin de s’autosurveiller, de choisir leurs évaluateurs et de décider de la diffusion ou non des résultats d’évaluations.
Cette auto‑régulation s’inscrit dans la vision de l’administration Trump d’une « nouvelle révolution industrielle », perçue comme une course technologique avec la Chine. Le président estime que la perte de cette compétition serait inacceptable, même si les risques associés notamment la perte de contrôle des agents d’IA sont considérables.
4. Risques pour la démocratie et la scène internationale
La convergence entre le pouvoir exécutif américain et les acteurs majeurs de la tech soulève de graves interrogations:
Contrôle des IA: les systèmes d’intelligence artificielle deviennent de plus en plus autonomes, ce qui rend difficile leur supervision. Influence politique: les pactes entre l’administration Trump et les dirigeants de la tech pourraient aboutir à des décisions prises en dehors du cadre démocratique traditionnel. Conséquences géopolitiques: la diffusion de la terminologie « super intelligence » à l’étranger pourrait normaliser une vision unilatérale de l’IA, affectant les débats internationaux sur la gouvernance technologique.
En somme, la manipulation du langage par les autorités américaines et les géants de la technologie ne se limite pas à une simple question de sémantique. Elle constitue un levier stratégique destiné à façonner les perceptions, à légitimer des politiques industrielles et à consolider une position dominante dans la course mondiale à l’intelligence artificielle. Les enjeux soulevés tant pour la démocratie intérieure que pour l’équilibre géopolitique mondial exigent une vigilance accrue de la part des observateurs et des législateurs.
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