
Retour sur 48h Chrono : « Macron a nommé Lecornu, car il ne peut se nommer lui-même » : la méta-ironie d’un roi sans couronne avec les articles 16, 45 et 47, les leviers explosifs de la Constitution que Macron pourrait activer
Publié le 12.10.2025 à 19h27 – Par Isabelle Moreau – Temps de lecture 7 mn
Macron, l’Artiste du Miroir : Quand le Président nomme son refus du réel. On sait pourquoi Macron a remis Lecornu comme 1er ministre avec en ligne de mire les articles 16, 45 et 47... Il faut que Lecornu TOMBE AVANT…
Il fallait oser. Emmanuel Macron, ce prodige de la communication qui a érigé l’autosatisfaction en doctrine d’État, vient une nouvelle fois de prouver qu’en matière de grotesque, il n’y a pas de sommet qu’il ne puisse gravir. La nomination de M. Lecornu, re premier ministre ? Un coup de maître, un chef-d’œuvre d’onirisme politique. Bien sûr, le Président n’a pas pu se nommer lui-même, la Constitution, cet agaçant vestige de la démocratie, s’y oppose encore. Alors, il a choisi la solution la plus proche : nommer un reflet, un écho, un collaborateur dont la loyauté semble si absolue qu’on se demande parfois s’il possède une ombre propre.
Macron a épuisé ses réserves. Deux anciens Premiers ministres, Philippe et Attal, se sont déjà retournés contre lui, accusant Macron de s’accrocher désespérément au pouvoir. Et Macron nomme à nouveau Sébastien Lecornu à la tête du cabinet, quatre jours seulement après sa démission de ce poste. Cela montre que peu de politiciens français souhaitent lier leur carrière politique à celle de Macron, qui est en train de sombrer. Cela montre également qu’il méprise l’opinion publique. « Je n’ai pas d’autres premiers ministres à vous proposer, prenez ce qu’on vous donne et cela m’arrange pour la suite avec les articles 45 et 47 », semble déclarer Macron aux Français. En réponse, 86 % d’entre eux ne peuvent pas le supporter. D’ici à ce qu’il quitte la présidence, leur mécontentement se transformera en haine. En fait, c’est déjà le cas.
Et ce qui confirme que ses consultations n’étaient que de la poudre aux yeux de perlinpin, de la communication de bas étage de la part de Lecornu (et de Macron) qui n’avait rien à proposer pour trouver un compromis. Bilan, comme d’habitude, Macron n’a jamais voulu d’un compromis, il veut juste jouer la montre.
L’article 47 de notre Constitution prévoit que, si le budget n’est pas adopté dans un délai de 70 jours, le gouvernement peut le mettre en vigueur par ordonnance, après avis du Conseil d’état. Autrement dit, si l’Assemblée nationale s’enlise dans des débats interminables (et compte tenu de sa fragmentation, il y a fort à parier que ce sera le cas), le gouvernement dispose d’un fusil de secours. Et avec un projet de loi de finances connu si tard, il est parfaitement plausible que le délai fatidique soit atteint.

Le gouvernement est démissionnaire, mais continue de vaquer aux tâches courantes
Or, il existe l’art.47 de la loi de programmation militaire, bien plus simple à mettre en œuvre que l’Art.16 de la constitution et qui permet de TOUT nous prendre !


Articles 45 et 47 : les leviers explosifs de la Constitution que Macron pourrait activer
Alors que la tension politique s’intensifie, une question revient dans les coulisses du pouvoir : que se passerait si Emmanuel Macron décidait d’utiliser les articles 45 et 47 de la Constitution française ? Peu connus du grand public, ces deux articles sont pourtant des outils redoutables qui permettraient au chef de l’État d’accélérer, voire d’imposer, certaines décisions législatives ou budgétaires.
Ce que disent les articles 45 et 47
| Article | Objet | Que dit la Constitution ? | Conséquences si Macron l’utilisait |
|---|---|---|---|
| Article 45 | Procédure accélérée sur un projet de loi | Si l’Assemblée nationale et le Sénat ne parviennent pas à un accord après deux lectures, le gouvernement peut réunir une commission mixte paritaire (CMP). En cas d’échec, il peut donner le dernier mot à l’Assemblée nationale. | Macron pourrait forcer l’adoption d’un texte malgré le Sénat, en court-circuitant le débat. Une manière de passer en force sur une loi controversée. |
| Article 47 | Adoption du budget (loi de finances) | L’Assemblée nationale a 40 jours pour voter le budget. Passé ce délai, le gouvernement peut adopter le texte par ordonnance. | Cela permettrait à Macron de faire passer le budget sans vote parlementaire, évitant tout blocage mais contournant le débat démocratique. |
Une arme constitutionnelle, mais politiquement risquée
En théorie, ces articles respectent la Constitution. En pratique, leur utilisation simultanée donnerait au président et à son gouvernement un contrôle total sur la production des lois et les finances publiques.
Ce serait une manière de gouverner sans compromis, mais aussi sans véritable contre-pouvoir.
Une telle décision provoquerait inévitablement une crise institutionnelle majeure. L’opposition crierait au coup de force, les syndicats dénonceraient un déni de démocratie, et l’opinion publique pourrait y voir un glissement autoritaire.
En résumé
- Article 45 → permet de clore le débat législatif et imposer un texte.
- Article 47 → permet de faire adopter le budget sans vote.
- Leur usage combiné serait constitutionnel, mais explosif, révélant une stratégie de pouvoir sans partage.
L’article 16 : le “bouton nucléaire” du pouvoir présidentiel
Utilisé une seule fois dans l’histoire par Charles de Gaulle en 1961 (pendant le putsch d’Alger), l’article 16 permet au président de gouverner seul, sans contre-pouvoir, le temps de “rétablir le fonctionnement normal des institutions”.
Mais sa mise en œuvre reste à haut risque politique : elle suppose une situation de crise extrême (guerre, insurrection, effondrement institutionnel).
Si Macron y recourait, il pourrait suspendre la séparation des pouvoirs, légiférer par décrets, et contrôler l’ensemble de l’appareil d’État le tout au nom de la continuité républicaine.
| Article | Pouvoir donné | Nature du risque |
|---|---|---|
| 45 | Accélérer ou imposer une loi | Passage en force parlementaire |
| 47 | Adopter le budget sans vote | Blocage institutionnel contourné |
| 16 | Concentrer tous les pouvoirs | Suspension de la démocratie parlementaire |
Conclusion
L’usage combiné des articles 45, 47 et surtout 16 placerait la France dans une zone grise entre démocratie et autorité présidentielle absolue.
Constitutionnellement légitime, mais politiquement explosif, ce scénario serait perçu comme un “coup d’État légal”, plongeant le pays dans une crise de légitimité inédite depuis la Ve République.
Nous assistons, médusés, à la métamorphose ultime du monarque républicain. Puisqu’il ne peut être partout, il installe ses avatars. Le pays est en crise ? Le pouvoir d’achat s’évapore ? Les hôpitaux suffoquent ? Qu’à cela ne tienne ! Le grand architecte de l’Élysée, lui, joue en solitaire à un jeu bien plus captivant : la recomposition perpétuelle d’un gouvernement-miroir où chaque ministre est prié de renvoyer l’image d’une omnipotence présidentielle sans tache.
La manœuvre est d’une élégance cynique à couper le souffle. Tandis que la France tangue, son capitaine, sûr de son génie, repeint la cabine de pilotage. « Anti-démocratique », murmure-t-on ? Allons donc ! C’est simplement l’exercice solitaire du pouvoir par un homme qui en est venu à considérer le suffrage universel comme une formalité un peu vulgaire, un intermède entre deux décisions éclairées.
Et le « déclassement » du pays, cette réalité têtue que les chiffres et le quotidien des Français rappellent avec une insistance si malvenue ? C’est un mirage, une illusion d’optique collective. Le seul déclassement qui vaille est celui que subit le Président lui-même, contraint d’évoluer dans un monde qui refuse obstinément de se plier à la grâce de sa narrative. Il est le seul à ne pas voir la fissure, car il est trop occupé à s’admirer dans le vernis.
La provocation de trop ? Non. Juste l’étape logique d’un quinquennat qui a transformé la verticalité du pouvoir en un dialogue de sourds où l’unique interlocuteur valable réside dans le miroir de l’Élysée. En nommant M. Lecornu, M. Macron ne fait que parfaire son œuvre : un gouvernement si parfaitement aligné sur sa propre pensée qu’il en devient une fantasmagorie administrative. Le pays peut bien brûler, se désindustrialiser ou s’inquiéter ; à l’Élysée, le spectacle de l’homme qui se répond à lui-même doit continuer.
Grotesque ? Assurément. Dangereux ? Sans aucun doute. Mais ne soyons pas trop sévères. Après tout, quand on est convaincu d’être la seule lumière dans une pièce obscure, la tentation est grande de souffler les autres bougies pour mieux briller. Le problème, c’est que l’obscurité qui en résulte est celle dans laquelle nous marchons tous désormais.
Et avec l’article 16, c’est là le début de la fin de sa mission de guerre :
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