Vatican : Pape François : 12 ans de pontificat sous le feu des conservateurs – La guerre secrète du Vatican


Pape François : 12 ans de pontificat sous le feu des conservateurs – La guerre secrète du Vatican

Publié le 22.4.2025 à 12h36 – Par Julien Morel – Temps de lecture 4 mn


Entre réformes progressistes et rébellions internes, le défunt pontife a cristallisé les tensions au sein de l’Église catholique.

Un pontificat sous haute tension

Le décès du pape François, survenu ce lundi 21 avril à l’âge de 88 ans, marque la fin d’un règne tumultueux. Pendant 12 ans, le premier pape jésuite et non européen a bousculé les traditions, suscitant une opposition sans précédent au sein même du Vatican.

Les réformes qui ont divisé

  1. La messe en latin : un symbole explosif
    • En 2021, le décret Traditionis Custodes restreint sévèrement la célébration de la messe tridentine, annulant l’assouplissement accordé par Benoît XVI en 2007.
    • Réaction immédiate : colère des traditionalistes, accusant François de « persécuter » leur foi.
  2. LGBT+ et migrants : la ligne rouge des conservateurs
    • Son appel à l’accueil des réfugiés et sa position ouverte envers les fidèles LGBT+ ont été perçus comme une trahison par l’aile droite de l’Église.
    • Le document Fiducia Supplicans (2023), autorisant les bénédictions pour les couples homosexuels, a provoqué un tollé, notamment en Afrique et aux États-Unis.

La révolte des cardinaux

Des attaques frontales

  • 2017 : François dénonce les « traîtres » au sein de la Curie, visant directement certains cardinaux opposés à ses réformes.
  • 2023 : Le cardinal George Pell, ancien bras droit du pape, est révélé comme l’auteur d’une note anonyme qualifiant le pontificat de « désastre ».
  • 2024 : L’excommunication de Mgr Vigano, figure traditionaliste, marque l’apogée des tensions.

La bataille doctrinale

  • Cinq cardinaux conservateurs émettent des « dubia » (doutes) sur la direction de l’Église, craignant une dérive progressive.
  • Le cardinal Müller publie un livre accusant François de « confusion doctrinale » et de s’entourer d’une « coterie » influente.

Règlement de comptes post-Benoît XVI

La mort de Benoît XVI en décembre 2022 a ravivé les fractures :

  • Son secrétaire, Mgr Gänswein, accuse François d’avoir « brisé le cœur » de l’ancien pape avec ses restrictions sur la messe en latin.
  • Le Vatican rétorque que la mémoire de Benoît a été « instrumentalisée » à des fins politiques.

Épurations et excommunications

  • Joseph Strickland (évêque américain) : limogé en 2023 pour ses critiques répétées contre la « complaisance » du pape envers les LGBT+.
  • Carlo Maria Vigano : excommunié en 2024 après des accusations d’« hérésie » contre François.

Cardinaux « traîtres » pour François

Le pape François s’est attiré les foudres de plusieurs cardinaux, censés être ses plus proches collaborateurs mais aussi les plus hauts placés après lui dans la hiérarchie de l’Eglise. En 2017, le pape argentin profite de ses vœux à la Curie pour tacler sans les nommer les « traîtres » qui freinent sa réforme des institutions.

En janvier 2023, à la mort du controversé cardinal australien George Pell, un journaliste italien révèle que celui-ci était l’auteur d’une note anonyme attaquant frontalement Jorge Bergoglio. Pell, ancien proche conseiller de François, y qualifie le pontificat de « désastre à de nombreux égards » et pointe du doigt les « lourds échecs » de sa diplomatie, fragilisée par la guerre en Ukraine à partir de février 2022.

En janvier 2023, le cardinal conservateur allemand Gerhard Müller, ancien préfet de la puissante congrégation pour la doctrine de la Foi, publie un livre où il lance une violente charge contre la gouvernance de François, dénonçant l’influence d’une « coterie » autour de lui et s’inquiétant de sa « confusion doctrinale« .

Et l’été suivant, avant l’ouverture du Synode sur l’avenir de l’Eglise, cinq cardinaux conservateurs émettent publiquement des « dubia » (doutes) au pape, craignant un dévoiement de la doctrine sur l’homosexualité ou l’ordination des femmes.

L’héritage controversé d’un pape réformateur

François laisse une Église profondément divisée :

  • Pour les progressistes : Un visionnaire qui a modernisé le discours catholique.
  • Pour les traditionalistes : Un « tyran satanique » ayant sapé les fondements de la foi.

LGBT : la bombe « Fiducia Supplicans »

En décembre 2023, le Vatican publie un document intitulé « Fiducia supplicans » (« La confiance suppliante ») ouvrant la voie aux bénédictions de couples de même sexe, provoquant une levée de boucliers dans le monde conservateur, notamment en Afrique et aux Etats-Unis.

La vague de critiques oblige le Vatican à une « clarification » pour se défendre de tous errements doctrinaux, tout en reconnaissant que son application serait « imprudente » dans certains pays où l’homosexualité est interdite. « Les épiscopats africains dans leur opposition aux bénédictions pour les couples du même sexe se situent dans une critique de ce qu’ils appellent la décadence morale européenne ou du catholicisme européen. Ils mettent le pape dedans », explique à l’AFP François Mabille, directeur de l’Observatoire géopolitique du religieux.

« Son pontificat a été une guerre civile larvée », résume un analyste du Vatican.

#PapeFrançois #Vatican #GuerreCivileCatholique #TraditionalistesVsProgressistes
(Sources : AFP, Vatican News, témoignages d’experts)

À lire aussi :

  • « Pourquoi l’Afrique a rejeté les réformes de François »
  • « Benoît XVI et François : la rivalité qui a secoué le Vatican »

✉️ Abonnez-vous pour ne rien manquer de l’actualité géopolitique.


En savoir plus sur L'Informateur

Subscribe to get the latest posts sent to your email.