Russie : Malgré les sanctions occidentales, le rouble est au plus haut, voici pourquoi ?


Malgré les sanctions occidentales, le rouble est au plus haut, voici pourquoi ?

TABLE DES MATIÈRES

Publié le 21.5.2022 par Gabriela Jordan, Florence Vuichard / ch media


Bien que l’Occident ait imposé des sanctions à la Russie, le rouble connaît une hausse considérable. Voici 5 questions-réponses pour mieux comprendre pourquoi.

1 – Comment le rouble a-t-il évolué dernièrement ?

Bien que la Russie soit sous pression depuis le début de la guerre en Ukraine, le rouble est au plus haut à la bourse. Actuellement, il ne faut plus débourser qu’environ 60 roubles pour 1 dollar, alors qu’en mars, il fallait encore débourser plus de 100 roubles. Depuis le début de l’année, le rouble s’est apprécié de plus de 11% par rapport au dollar américain. La devise russe dépasse ainsi le réal brésilien, qui a augmenté de 9%, et devient donc la devise qui s’est le plus appréciée depuis le début de l’année 2022.

Immédiatement après le début de la guerre et l’annonce des premières sanctions – comme l’exclusion des banques russes du système Swift, le gel des avoirs ou l’interdiction d’exporter – le rouble s’est effondré de manière drastique. Il a atteint son niveau le plus bas le 7 mars. A l’époque, 1 dollar valait environ 154 roubles. Depuis, le rouble s’est apprécié d’environ 80% par rapport à l’euro et au dollar. Le rouble n’est toutefois pas au plus haut de son histoire, comme le colportent parfois les plateformes de médias sociaux.

Le rouble est plus fort qu’avant l’invasion de l’Ukraine, mais en baisse depuis 2014 et l’annexion de la Crimée

2 – Pourquoi le cours du rouble ne baisse-t-il pas malgré les sanctions?

Les experts voient plusieurs raisons qui expliquent le phénomène actuel de la monnaie russe. Les sanctions occidentales affaiblissent certes l’économie russe, mais l’effet sur le cours du rouble est moins évident, car ce marché ne fonctionne pas comme en temps normal. Le gouvernement russe a pris une série de mesures pour protéger le rouble des sanctions.

En théorie, la force de la monnaie indique quelque chose sur la force d’une économie. En pratique, comme dans le cas de la Russie, ce n’est pas toujours vrai. «Il n’y a actuellement pas de marché pour le rouble russe», explique Yngve Abrahamsen, économiste à l’institut de recherche conjoncturelle KOF de l’EPF de Zurich. Les règles fixées par la Russie font en sorte qu’en principe, le moins de roubles possible peuvent être vendus et qu’en même temps, le plus de roubles possible doivent être achetés. Ces deux éléments soutiennent le cours.

3 – Quelles mesures concrètes ont été mises en place?

La première raison, et sans doute la plus importante, de la hausse du rouble est que la Russie continue de vendre beaucoup de pétrole et de gaz. Et ce, pour des centaines de millions par jour. L’Occident continue de payer en euros et en dollars, mais les groupes énergétiques russes sont obligés de convertir ces recettes en roubles via des banques russes non sanctionnées. Avant la guerre, seule une partie était échangée, désormais c’est la totalité des recettes.

Ce change obligatoire stimule artificiellement la demande de roubles. Cette obligation de change ne s’applique pas seulement aux fournisseurs de gaz et de pétrole, mais à toutes les entreprises russes. Les groupes d’Etat Gazprom ou Rosneft, qui exportent des matières premières et de l’énergie sont les premiers concernés. Mais les producteurs de diamants comme Alrosa et Cristal doivent aussi se conformer à cette nouvelle règle.

Deuxièmement, le gouvernement russe a introduit des contrôles de capitaux qui rendent difficile la vente d’obligations, d’actions ou d’autres participations russes, tant pour les citoyens que pour les entreprises. Cela permet d’éviter une «fuite hors du rouble», explique Alexis Körber, responsable de la recherche macroéconomique chez BAK Economics.

Troisièmement, la Russie a réduit ses importations sur son propre territoire. «Actuellement, la Russie n’importe que le strict nécessaire», ajoute Koerber. Il s’agit là d’une conséquence de la politique de sanctions occidentale, qui vise moins les exportations de la Russie que les livraisons vers la Russie. Ainsi, bien que la Russie ait été coupée d’une partie du commerce mondial, sa balance commerciale s’améliore et ses besoins en devises diminuent.

4 – Quel rôle joue la pénurie de matières premières ?

Indirectement, la valeur du rouble dépend d’un autre facteur. Depuis le début de la guerre en Ukraine, les matières premières sont devenues plus rares et donc plus chères, surtout le pétrole et le gaz. Gazprom et Rosneft encaissent donc encore plus d’argent, qu’ils convertissent en roubles, ce qui renforce encore plus la demande de cette monnaie.

Qui est Elvira Nabioullina, l’influente banquière de Vladimir Poutine?

Qui est Elvira Nabioullina, l’influente banquière de Vladimir Poutine ?

Elle figure régulièrement au classement des femmes les plus influentes de la planète du magazine «Forbes». Mais qui est donc cette Elvira Nabioullina, la directrice de la Banque centrale de Russie, celle qui bénéficie comme peu d’autres de la confiance du président russe ?

5 – Les sanctions occidentales sont-elles vraiment efficaces ?

L’ampleur de l’impact réel des sanctions imposées par l’Occident sur la Russie a longtemps été controversée. Leur succès ne peut toutefois pas être mesuré par le cours officiel du rouble, car celui-ci n’est plus une monnaie librement négociée depuis le début du conflit. En résumé, tant que l’Occident achète du pétrole et du gaz russes, une chute du rouble est improbable.

La Russie n’a pas non plus connu d’effondrement économique jusqu’à présent. Toutefois, il est apparu que l’économie souffrait de plus en plus des sanctions. L’objectif de perturber les chaînes d’approvisionnement et de restreindre l’approvisionnement en biens a déjà été partiellement atteint, comme le montre l’exemple du secteur automobile. Plusieurs entreprises automobiles ont cessé leur production en Russie en raison du manque de composants et du blocage de la logistique.

L’inflation a également fortement augmenté en Russie. Les prix des biens de consommation courante ont parfois doublé ou triplé. Afin de stopper la hausse effarante des prix, la banque centrale dirigée par Elvira Nabiullina a doublé le taux directeur, qui a atteint un niveau record de plus de 20%.

Traduit de l’allemand par Charlotte Donzallaz

Poutine et ses oligarques contrôlent les mines d’or russes. Ils cherchent désormais de nouveaux circuits par lesquels l’or pourrait à nouveau parvenir en Suisse malgré les sanctions.

La Suisse et la Russie sont liées par un marché de plusieurs milliards de dollars : le commerce de l’or. La Russie, troisième producteur mondial, fournit la matière première. La Suisse, qui abrite quatre raffineries de pointe, fait fondre le métal précieux et le transforme en lingots, en pièces de monnaie ou en bracelets de montre. L’or arrive parfois en Suisse déjà sous forme de métal précieux et est négocié entre les banques.

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