France : Des hôpitaux français ont-ils formé des hôpitaux chinois impliqués dans les prélèvements forcés d’organes ?


Des hôpitaux français ont-ils formé des hôpitaux chinois impliqués dans les prélèvements forcés d’organes ?

Publié le 3.2.2022 par Ludovic Genin


Selon le ministère de la Santé français, la coopération franco-chinoise dans le secteur hospitalier s’est « distinguée depuis la fin des années 2000 par son dynamisme et sa richesse ». Dans le même temps, des rapports d’ONG, d’avocats et d’experts des droits de l’homme montrent une explosion des prélèvements d’organes forcés dans les hôpitaux chinois depuis les années 2000, concordant avec le début de la persécution du mouvement spirituel Falun Gong.

Des rapports croisés, l’un du ministère de la Santé, les autres de la WOIPFG (World Organization to Investigate the Persecution of Falun Gong) et d’ETAC (International Coalition to End Transplant Abuse in China)montrent que plusieurs hôpitaux et universités français ont participé activement depuis les années 2000 aux efforts de formation en chirurgie, en médecine d’urgence et en gestion hospitalière, d’hôpitaux et universités chinois impliqués dans les prélèvements forcés d’organes.

Dans les années 2000, la Chine connaît une explosion du nombre de transplantations d’organes et un développement pharaonique des services de transplantation dans ses hôpitaux. En parallèle, la coopération franco-chinoise entre les hôpitaux et les universités explose et chaque hôpital ou université de médecine français renforce ses partenariats avec des universités de médecine et hôpitaux chinois.

Plusieurs rapports d’ONG, d’avocats et d’experts des droits de l’homme montrent que les débuts de la persécution de masse du Falun Gong en Chine coïncident avec l’explosion du commerce de transplantations d’organes qui ne peut s’expliquer que par l’utilisation massive de prisonniers chinois, avec des organes disponibles « sans limite » et à la demande. D’après ces rapports, depuis les années 2000, la plupart des structures hospitalières des différentes villes et régions chinoises sont impliquées dans les prélèvements d’organes forcés en Chine qui alimentent un vaste et lucratif commerce de transplantation d’organes à l’international.

Dans cet article, nous voulons mettre en lumière la coopération hospitalière et universitaire franco-chinoise et la liste des hôpitaux ou universités chinois impliqués dans les prélèvements d’organes forcés d’après les rapports d’ONG. Un travail plus approfondi sera nécessaire pour étudier en détail les implications exactes et les conséquences de ces partenariats.

Une vaste industrie de prélèvements d’organes forcés organisée par le régime chinois à partir des années 2000

Un rapport publié le 22 juin 2016 par ETAC révèle en détail l’écosystème de centaines d’hôpitaux et d’installations de transplantation fonctionnant à plein régime en Chine depuis les années 2000. Sans aucun système de don volontaire d’organes et avec seulement quelques milliers de prisonniers exécutés chaque année – la seule source d’organes officielle selon le régime chinois, le nombre de transplantation d’organes a augmenté de façon exponentielle dès les années 2000, d’une façon qu’il est impossible de l’expliquer par le seul don volontaire.

Dans un autre rapport d’enquête, Bloody Harvest (Prélèvements Meurtriers), on découvre l’évolution spectaculaire des transplantations de foie depuis les années 2000 au centre de transplantation de l’hôpital Changzheng, affilié à l’université médicale militaire No. 2 de Shanghai.

Selon ce rapport, la persécution du mouvement spirituel Falun Gong a coïncidé avec l’ouverture de plus de 700 centres de transplantations d’organes à travers le pays depuis les années 2000.

Source : Bloody Harvest, rapport révisé sur les allégations de prélèvement d’organes sur des pratiquants de Falun Gong en Chine. L’augmentation du nombre de transplantations de foie du centre de transplantation de l’hôpital Changzheng, affilié à l’université médicale militaire No. 2 de Shanghai.

Selon le rapport d’ETAC, l’ensemble de ces installations chinoises a eu une capacité permettant d’effectuer entre 1,5 et 2,5 millions de transplantations de 2000 à 2016. Les auteurs estiment que le chiffre réel se situe entre 60 000 et 100 000 greffes par an depuis les années 2000. « La conclusion finale de cette nouvelle étude, et de tout notre travail antérieur, est que la Chine est engagée dans un massacre de masse d’innocents », a déclaré l’avocat des droits de l’homme David Matas, co-auteur du rapport.

Une explosion de la coopération entre les hôpitaux français et chinois depuis les années 2000

« La coopération franco-chinoise dans le secteur hospitalier s’est distinguée depuis la fin des années 2000 par son dynamisme et sa richesse » peut-on lire sur le site du ministère des Solidarités et de la Santé. Cette coopération a pris son essor en s’appuyant notamment sur les filières francophones de formation médicale présentes dans 4 grandes facultés de médecine en Chine, avant de se déployer à la quasi-totalité du territoire chinois.

Selon le ministère de la Santé, la coopération franco-chinoise regroupe aujourd’hui un ensemble d’actions très variées : formation de médecins, de chirurgiens et de cadres hospitaliers ou administratifs, projets de recherche médicale et clinique, accueil de délégations françaises et chinoises dans un but d’échanges d’expertise.

Cette coopération a été institutionnellement consolidée en 2008 grâce à la signature d’une première déclaration d’intention de coopération entre les ministres de la Santé français et chinois, Roselyne Bachelot et Chen Zhu – qui sera d’ailleurs récompensé en 2016 par la ministre de la Santé Agnès Buzyn. Cette concrétisation de la coopération hospitalière franco-chinoise s’est poursuivie en 2013 avec la signature à Paris d’un nouvel arrangement administratif, mettant l’accent sur la « création d’une synergie entre les deux systèmes de santé. »

Ce renforcement de la coopération s’accentuera en janvier 2019 avec l’inauguration d’une école franco-chinoise de chirurgie à l’Hôpital Renji de Shanghai. Cette métropole est connue pour être l’épicentre des prélèvements forcés d’organes et, par ailleurs, fief de l’ancien chef du Parti communiste chinois, Jiang Zemin, à l’origine de la persécution du Falun Gong.

Ouverture d’une école franco-chinoise de chirurgie à l’Hôpital Renji de Shanghai le 28 janvier 2019

Après l’ouverture en octobre 2018 au sein de l’hôpital Ruijin de Shanghai d’une école franco-chinoise de médecine pour les étudiants de la filière médicale franco-chinoise, la coopération se poursuit entre les universités française (Strasbourg) et chinoise (Jiaotong) avec la création d’un école franco-chinoise de chirurgie au sein de l’hôpital Renji de Shanghai.

Selon l’ambassade de France à Pékin, « au terme de la formation pour partie en français des futurs chirurgiens (avec des formations délivrées en Chine par des experts français de haut niveau et des formations en France via des stages ou postes de faisant fonction d’internes), l’école délivrera le diplôme de chirurgien conforme à la réglementation chinoise ». Entre autres formations, les élèves chinois en chirurgie pourront aussi être formés en management hospitalier.

Si l’on recroise ces informations avec le rapport de la WOIPFG, l’hôpital Renji et la faculté de médecine de l’Université Jiao Tong de Shanghai a vu son nombre de transplantation d’organes exploser depuis les années 2000.

Photo : Shanghai Renji Hospital, East Campus (Pudong)

Selon le dernier rapport de Bloody Harvest et The Slaugher de l’International Coalition to End Transplant Abuse in China, Renji a été l’un des premiers hôpitaux de Shanghai à effectuer des greffes de rein. Son département d’urologie a créé une nouvelle aile et un service de transplantation rénale à Pudong, en novembre 1999. Sa nouvelle équipe médicale et son nouveau système de distribution ont permis une augmentation de 300% du nombre d’opérations chirurgicales. Le département de taille moyenne effectue plus de 5000 opérations chirurgicales par an.

L’Université Jiaotong de Shanghai compte 14 hôpitaux affiliés, dont le 342, dont l’hôpital Renji. D’autres hôpitaux affiliés, tels que les hôpitaux Shanghai Ruijin, Shanghai First People’s Hospital et Shanghai Xinhua, sont tous des centres de transplantation d’organes désignés par le ministère de la Santé. Cette université est l’alma mater de l’ancien dirigeant chinois Jiang Zemin.

L’hôpital Shanghai Renji a effectué sa première greffe du foie en 2001. Après plusieurs années de développement, son volume de greffes du foie s’est classé au premier rang à Shanghai pendant huit années consécutives. Il affirme s’être classé premier en Chine pour les greffes de foie en 2011, 2012, 2013 et 2014 et premier au monde pour les greffes de foie en pédiatrie. Renji est devenu l’un des principaux centres de transplantation de foie en Chine. Selon le rapport, « si l’on considère uniquement les publications officielles sur les volumes de greffes, les sources de plus de 1100 greffes sur 1500 sont inexpliquées. » C’est avec la ville de Shanghai et l’hôpital Renji que la France a décidé de renforcer sa coopération et ses formations en chirurgie et management hospitalier, jusqu’à la création d’une école franco-chinoise de chirurgie impliquant chaque année la formation de nouveaux chirurgiens chinois par des chirurgiens français.

Plusieurs hôpitaux ou universités français coopèrent aujourd’hui avec les hôpitaux et universités chinois à différents niveaux et degrés.

Coopération franco-chinoise dans la formation en chirurgie, gestion hospitalière, management hospitalier

Le China Organ Harvest Research Center (Centre de recherche sur les prélèvements d’organes en Chine – COHRC) répertorie tous les hôpitaux chinois impliqués dans les prélèvements forcés d’organes. Le COHRC est une organisation à but non lucratif basée aux États-Unis faisant des recherches sur les abus en matière de transplantation d’organes en Chine, y compris le meurtre de prisonniers de conscience pour des organes. Son travail sur le système de transplantation d’organes chinois a contribué à des rapports cités par CNN, la BBC, PBS, le Wall Street Journal, le New York Times, le Times of London, le Global and Mail et Forbes.

Dans la publication du ministère de la Santé sur la coopération hospitalière franco-chinoise, sur le site de l’Ambassade de France en Chine et sur les sites des différents hôpitaux français, on retrouve la description de différents partenariats avec des hôpitaux, universités ou villes chinoises. Certains de ces hôpitaux, en recoupant avec la liste du COHRC et le rapport de la  WOIPFG, sont impliqués dans les prélèvements forcés d’organes.

(Note de la rédaction : il ne s’agit pas ici d’accuser les hôpitaux ou universités français d’être impliqués directement ou indirectement dans la recrudescence des prélèvements forcés d’organes en Chine depuis les années 2000 mais de mettre en lumière la nature des coopérations avec des hôpitaux et universités chinois impliqués dans les prélèvements forcés d’organes, selon des informations venant de rapports d’experts, d’avocats ou d’ONG de droits de l’homme)

Voici la liste non exhaustive de ces coopérations :

– Le centre hospitalier de La Rochelle et l’Hôpital n° 3 de Nanchang, dans la province du Jiangxi – Les Hospices Civils de Lyon et l’Hôpital Ruijin de Shanghai dans la formation du personnel médical et infirmier – Les Hôpitaux Universitaires de Strasbourg (HUS) et la Faculté de médecine de Chongqing – La filière francophone de médecins chinois du CHU de Toulouse et l’Hôpital n°1 de Chongqing dans le domaine du management hospitalier – Le CHRU de Montpellier et l’Hôpital de Suzhou (province du Jiangsu) sur la formation en transplantation hépatique – Le CHU de Grenoble et l’Hôpital sino-français de Suzhou – L’EHESP et l’Hôpital du Peuple n°9 de Shanghai affilié à l’Université de Jiao Tong pour la formation de chefs de pôles chinois – Le CHU de Nantes avec l’Hôpital Yantai Shan, Yantai (province du Shandong) pour des échanges de pratiques professionnelles visant l’amélioration de la qualité des soins et du management hospitalier – Le CHU de Toulouse et la ville de Chengdu (province de Sichuan) pour le management hospitalier – Le centre hospitalier de Saint-Malo avec l’Hôpital Yantai Shan de Yantai (province du Shandong) pour des formations en management  hospitalier et savoir-faire médical – Le centre franco-chinois de formation à la médecine d’urgence et de catastrophe (CFCFMUC) – Le CHU de Bordeaux avec l’Hôpital de Wuhan en cardiologie – La coopération entre la Lorraine et la Chine sur la formation en santé – Le CHU de Poitiers avec l’Hôpital n°1 de Nanchang, de l’Hôpital de Gongli à Shanghai…

Un travail d’enquête plus approfondi serait nécessaire pour détailler toutes les coopérations franco-chinoises dans le domaine hospitalier depuis les années 2000, notamment dans les domaines de la chirurgie, du management hospitalier et de la gestion hospitalière. Il faudrait également détailler toutes les implications des hôpitaux privés et publics français, des universités et écoles de médecine et des chirurgiens français dans la formation chirurgicale et hospitalière des hôpitaux, universités et chirurgiens chinois.

Des populations de prisonniers de conscience ciblées pour les prélèvements forcés d’organes de masse

Les auteurs du rapport d’ETAC expliquent que les premières victimes de ces prélèvements forcés sont les prisonniers de conscience, et en majorité des pratiquants de Falun Gong.

La députée Frédérique Dumas, rapporteure sur la proposition de loi visant à garantir le respect éthique du don d’organes par nos partenaires non-européens (présentée au vote à l’Assemblée ce 4 février 2022) intervenait en Commission des Affaires sociales le 31 mars 2021 pour exposer le système des prélèvements forcés d’organes en Chine.

Le Falun Gong est une discipline traditionnelle chinoise de l’école de Bouddha, devenue populaire en Chine dans les années 1990. Il est basé sur des exercices de méditation et des enseignements fondés sur les principes d’authenticité, de bienveillance et de tolérance. Le régime chinois a ouvertement soutenu le Falun Gong dans les années 90 jusqu’à ce qu’une enquête révèle en 1999 que plus de 70 millions de Chinois pratiquaient cette discipline – un chiffre supérieur à celui des membres composant le Parti communiste.

En juillet 1999, le dirigeant du régime chinois Jiang Zemin lance une campagne nationale visant à l’éradiquer. Rencontrant tout d’abord une opposition au plus haut niveau au sein du régime, il utilise la campagne contre le Falun Gong comme moyen pour consolider son propre pouvoir au sein du Parti. Par une campagne de terreur et de désinformation sans précédent, il a écarté ses opposants et permis à ses proches d’accroître leur pouvoir. Toutes les forces du régime communiste ont ensuite été mises dans l’éradication du Falun Gong. Presque 20 ans plus tard, ce génocide a servi de modèle au génocide des Ouïghours concentrant l’attention internationale et eux-mêmes victimes de prélèvements forcés d’organes. LIRE AUSSI :

Références : 

PDF 

PDF End Transplant Abuse

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