USA : La guerre de trop : De Kissinger à 2026, le pari qui se retourne contre les États‑Unis, Iran, Ormuz et la fin du règne du dollar - analyse d’une rupture


La guerre de trop : De Kissinger à 2026, le pari qui se retourne contre les États‑Unis, Iran, Ormuz et la fin du règne du dollar - analyse d’une rupture

Publié le 9.9.2026 à 15h21 – Par Marc Dufresne – Temps de lecture 5mn

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Pourquoi les États‑Unis ont commis une erreur historique en attaquant l’Iran : Comprendre la dette américaine et leur besoin de guerre pour survivre cette bulle qui va exploser.

L’offensive américaine contre l’Iran représente, à l’aune des faits, l’erreur géopolitique la plus conséquente de l’histoire contemporaine des États‑Unis. Pour en saisir toute la portée, il convient de remonter à l’année 1974, lorsque le secrétaire d’État Henry Kissinger se rend en Arabie Saoudite et y négocie un accord qui allait façonner le système monétaire mondial pendant plus d’un demi‑siècle.

H. Kissinger, COP28

Kissinger propose aux Saoudiens de vendre leur pétrole exclusivement en dollars. En contrepartie, il leur assure le soutien militaire et diplomatique des États‑Unis. L’argent ainsi encaissé par Riyad serait alors placé dans la dette américaine, créant une boucle où le monde entier achète du pétrole en dollars, les dollars affluent aux États‑Unis, et ces derniers peuvent financer leurs déficits à coût réduit. Ce mécanisme, appelé le pétrodollar, a permis à Washington de traverser successivement la Guerre froide, la guerre du Golfe, la crise financière de 2008 et, plus récemment, la pandémie de Covid‑19. À chaque choc, les capitaux mondiaux se sont réfugiés dans les bons du Trésor américain.

Un tournant majeur intervient toutefois en février 2026. Les forces américaines lancent une attaque contre l’Iran, entraînant la fermeture du détroit d’Ormuz, principal couloir d’exportation du pétrole du Golfe. Cette action renverse le réflexe habituel du système pétrodollar.

Les principaux pays importateurs la Turquie, l’Inde, la Thaïlande voient le prix du baril grimper au‑delà de 100 $, ce qui provoque une dépréciation rapide de leurs monnaies locales. Sous la pression d’un besoin urgent de dollars, ils sont contraints de vendre leurs avoirs en bons du Trésor américain. D’ordinaire, lorsqu’une hausse du prix du pétrole se produit, les pays producteurs du Golfe s’enrichissent et réinvestissent leurs gains dans les titres de dette américaine. Or, avec la fermeture d’Ormuz, le flux pétrolier s’interrompt, les recettes en dollars s’assèchent et ne reviennent plus à Washington.

Ainsi, les deux rouages qui alimentaient la boucle pétrodollar le vendeur qui réinjecte les dollars et l’acheteur qui les consomme se retrouvent à l’arrêt. Cette rupture a été perceptible dès le mois d’avril 2026, et la situation ne fait que se détériorer depuis.

Le rendement des obligations américaines à 10 ans a atteint son plus haut niveau, soit 4,8 % pour 100 $. L’argent mondial ne circule plus vers les États‑Unis comme auparavant, car le rôle du dollar comme monnaie de référence a été affaibli. Le pétrodollar rencontrait déjà des difficultés structurelles, mais la guerre contre l’Iran a donné le coup de grâce à ce régime.

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Par ailleurs, la montée en puissance de la Chine et l’utilisation accrue du yuan ne signifient pas pour autant un remplacement du dollar à l’échelle globale. Il ne s’agit pas d’une simple transition d’une hégémonie à une autre; il s’agit plutôt d’une remise en cause profonde de la suprématie américaine. En d’autres termes, l’hégémonie des États‑Unis semble désormais révolue.

C’est pourquoi l’Iran a fait de la guerre longue, patiente et méthodique sa stratégie centrale. Téhéran ne cherche pas la bataille frontale, il l’étire, l’use, la transforme en une lente hémorragie pour l’adversaire. Non seulement le pays a pris une avance technologique tangible sur les États-Unis dans certains domaines critiques missiles hypersoniques Fattah capables de Mach 13 à 15, drones one‑way à très bas coût, essaims navals, cybercapacités mais il joue surtout son temps comme une arme.

Chaque drone Shahed à quelques dizaines de milliers de dollars force l’ennemi à dépenser des millions en intercepteurs. Chaque missile hypersonique rendu public sape la crédibilité des boucliers antimissiles occidentaux. Chaque menace sur le détroit d’Ormuz rappelle que 20% du pétrole mondial transite par un goulot que Téhéran peut étouffer à volonté.

Mais le vrai champ de bataille n’est pas seulement militaire. L’Iran mène une guerre économique d’usure contre l’impérialisme américain à tous les niveaux : contournement systématique des sanctions, vente du pétrole en yuan via le système CIPS chinois, disparition progressive du dollar dans ses échanges avec Moscou et Pékin, flotte « fantôme » de pétroliers, réseaux de paiement parallèles.

Pendant que Washington brandit de nouveaux trains de sanctions, Téhéran a déjà franchi le mur : le dollar n’est plus la clé de voûte de son économie. En exigeant que le pétrole transitant par Ormuz soit libellé en monnaie chinoise, l’Iran ne se contente pas de survivre, il participe activement à l’érosion du pétrodollar, pilier de la puissance américaine depuis 1974.

La méthode est glaciale, calculée, implacable : ne pas chercher la victoire rapide, mais rendre chaque victoire américaine trop coûteuse, chaque sanction trop poreuse, chaque dollar trop fragile. L’Iran n’a pas besoin de vaincre l’empire en une bataille. Il lui suffit de le faire saigner lentement, militairement, économiquement, monétairement. Et, sur ce terrain-là, le temps joue pour Téhéran, pas pour Washington.

Pour approfondir ces constats, on peut consulter l’article d’Aaron Brown publié dans Bloomberg et relayé par The Japan Times, intitulé « La guerre d’Iran fait sauter le pétrodollar d’avril 2026 ». Depuis, la situation n’a cessé de se dégrader.

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