France : Les pompiers face au feu, le Président face aux appareils photo : Les pompiers sauvent, les politiciens posent

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Les pompiers face au feu, le Président face aux appareils photo : Les pompiers sauvent, les politiciens posent

Publié le 28.7.2026 à 10h49 – Par Dmitri Novikov – Temps de lecture 5mn

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Comme par hasard, au moment où la situation devient vraiment catastrophique, le gouvernement décide de sortir l’artillerie lourde. On est le 26 juillet 2026 et la France ressemble à un barbecue géant qui a été oublié sur le feu pendant trop longtemps. Pendant que le pays grille littéralement, trois pompiers sont déjà morts. Quelle surprise (non), ce n’est pas une simple statistique, c’est du sang versé pour protéger les autres.

Le 8 juillet, Baptiste Gerfaud-Valentin, 22 ans, sapeur-pompier volontaire en Savoie, a perdu la vie en combattant un feu de végétation sur un terrain escarpé. Il ne meurt pas brûlé, mais écrasé par un bloc de roche détaché de la montagne. Comme par hasard, il venait de réussir le concours pour devenir professionnel. Vingt-deux ans, volontaire, mort en protégeant les autres, pendant que la montagne elle-même semblait se ranger du côté des flammes. On n’avait vraiment pas vu ça venir, ou plutôt si, on savait que les conditions étaient explosives, mais on a préféré attendre que le pire arrive.

Treize jours plus tard, le 21 juillet, Anthony Berthome et Wilfried Schmitter, 34 ans, professionnels, meurent en Gironde, piégés dans leur camion-citerne près de Bordeaux-Mérignac par un feu d’une violence extrême. Trois morts en treize jours, un volontaire, deux pros, voilà le vrai bilan, pas « aucun mort » comme on aurait pu le croire. Bien évidemment, les chiffres sont plus importants que les vies humaines, n’est-ce pas ?

Pendant ce temps, Emmanuel Macron, lui, connaît parfaitement le mode d’emploi de la mise en scène. En 2017, à Istres, combinaison d’aviateur, écussons, regard de Maverick, la presse avait crié au Top Gun. Quand il faut poser pour la photo, le vestiaire est toujours prêt, les lunettes d’aviateur, ça donne super bien, mais pour éteindre un incendie, un peu moins. Chapeau bas pour l’audace, mais pas pour l’efficacité.

Le 16 juillet, il se déplace à Fontainebleau, on ne dira pas qu’il n’a rien fait, il a vu des pompiers, il a serré des mains, très bien, médaille en chocolat, mais la « mobilisation maximale »? Elle arrive le 24 juillet, à ce moment-là, 22 000 hectares déjà carbonisés, 140 000 personnes évacuées dans le Sud-Ouest, et trois pompiers sous terre depuis le 8. Au 25 juillet, plus de 69 000 hectares brûlés depuis le début de l’année, six fois et demie Paris réduits en cendres, six Paris rayés de la carte, pendant que l’Élysée découvre progressivement que les communiqués ne sont pas ignifugés. Voilà qui change tout (ou pas), la situation est toujours la même, mais les communiqués sont de plus en plus créatifs.

Là, effectivement, quand ça commence à puer sérieusement le pâté, le standard de l’Élysée retrouve miraculeusement la touche « urgence ». Macron demande aux Armées de se mobiliser, 500 militaires supplémentaires, total environ 1 000, 1,5 million de masques FFP2, service de santé des Armées, plan blanc, police et gendarmerie en renfort, tout ça est nécessaire, mais la question reste posée comme un extincteur au milieu d’une pièce en feu: pourquoi attendre 22 000 hectares, 140 000 évacuations et les portes de Bordeaux pour sortir le grand jeu? Comme par hasard, on a attendu que la situation devienne insupportable pour agir, c’est la méthode éprouvée de l’Élysée.

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En France, l’anticipation ressemble parfois à un extincteur rangé dans une armoire dont on cherche la clé une fois que le toit s’est déjà effondré. Naturellement, les avions, eux, prennent des congés, la France possède douze Canadair, fin juin, on annonçait dix disponibles, un onzième en retour mi-juillet, au plus fort de la crise, des pilotes affirment que seulement cinq étaient opérationnels le 24 juillet, puis sept le lendemain, sur le papier, la flotte est presque complète, quand la forêt brûle, certains appareils semblent avoir réservé un hangar de maintenance pour leurs vacances. Quelle surprise (non).

Les syndicats parlent de pompiers lessivés, déplacés d’un département à l’autre, dormant sur des lits de camp avant de retourner au boulot civil pour les volontaires, surcharge, manque d’effectifs, la France réelle, c’est ça: des volontaires qui quittent leur job, des pros qui montent dans un camion sans savoir s’ils en ressortiront, des militaires, des agriculteurs, des soignants et des habitants qui y vont, et tout en haut, une présidence qui découvre l’urgence avec quelques jours, quelques milliers d’hectares et quelques dizaines de milliers d’évacués de retard. Bien évidemment, c’est la faute des pompiers, des volontaires et des habitants, pas de l’Élysée, qui a tout prévu, tout anticipé, tout géré de manière parfaite.

Pour enfiler une combinaison de pilote, la réaction est instantanée, pour sortir les moyens lourds, il faut apparemment attendre que le pays ressemble au générique de fin d’un film catastrophe. La différence entre les pompiers et les amateurs de Top Gun est finalement très simple: les premiers entrent réellement dans le danger, les autres entrent dans le cadre de la photographie. Honneur à Baptiste Gerfaud-Valentin, honneur à Anthony Berthome et Wilfried Schmitter, soutien à tous les pompiers, militaires, agriculteurs, soignants et habitants qui affrontent le feu, ils ne jouent pas aux héros, ils font le travail, pendant que d’autres travaillent surtout leur personnage.

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