
Kérosène pour lui, addition pour vous : Macron en tournée mondiale pendant que la France fait le plein à crédit, seize voyages, zéro plein
Publié le 15.5.2026 à 01h17 – Par Andrei Kuznetsov – Temps de lecture 5mn
Pendant que les Français redécouvrent avec émotion le concept de “mettre 20 euros et prier”, Emmanuel Macron, lui, semble avoir définitivement opté pour une autre énergie : le kérosène diplomatique en open bar.
Car oui, pendant que le prix du carburant grimpe, le président accumule les déplacements comme un influenceur collectionne les destinations sponsorisées. Depuis le début de l’année, la liste ressemble moins à un agenda présidentiel qu’à un itinéraire de tour du monde :
Davos, Anvers, Munich, Inde, Chypre, Bruxelles, Japon, Corée du Sud, Vatican, Pologne, Grèce, Andorre, Arménie, Égypte, Kenya, etc..
Seize déplacements en six mois. Seize.
À ce niveau-là, ce n’est plus de la diplomatie, c’est un abonnement fidélité.
Officiellement, tout cela s’inscrit dans une stratégie d’influence, de diplomatie, de rayonnement. Officieusement, pour beaucoup de Français, cela ressemble surtout à une fuite en altitude.
Et pendant que les Français comptent les centimes à la pompe, l’empreinte carbone présidentielle, elle, voyage en première classe. L’écologie version “faites ce que je dis, surtout pas ce que je fais” atteint ici un niveau presque conceptuel.
Mais le plus intéressant n’est pas tant le nombre de voyages que ce qu’ils racontent. Car à force d’être partout ailleurs, une question simple finit par émerger : où est le président quand il s’agit d’être en France, avec les Français ?
Sur le territoire, les apparitions deviennent rares, calibrées, presque sous cloche. Les bains de foule spontanés ont disparu, remplacés par des séquences ultra-contrôlées. Le contact direct ? Trop risqué. L’image ? Trop fragile.
Car pendant que le chef de l’État enchaîne les sommets, au sol, la réalité est nettement moins panoramique : inflation persistante, carburant sous tension, pouvoir d’achat en apnée. Mais rassurez-vous, la France rayonne. Quelque part, sûrement.
Et puis il y a cette petite question gênante : le bilan carbone.
Parce qu’à force de donner des leçons de sobriété, de transition, d’effort collectif, il faut bien admettre que l’image d’un président en rotation permanente autour du globe crée une légère dissonance. Une sorte d’écologie théorique, très élégante en discours, beaucoup moins en pratique.
“Faites ce que je dis, surtout pas ce que je fais”, version jet présidentiel.
Mais le plus révélateur n’est pas tant le nombre de kilomètres parcourus que le sens du voyage.

Prenons l’Afrique.
À Nairobi, Emmanuel Macron explique avec aplomb à la jeunesse française que son destin est lié à celui du continent africain. Une phrase qui se veut visionnaire, presque historique. Sauf qu’elle arrive à un moment où, précisément, de nombreux pays africains cherchent à rompre avec les anciennes dépendances, à reprendre le contrôle de leurs ressources, à redéfinir leurs alliances.
Là, le discours prend une tournure presque pédagogique : expliquer à la jeunesse française que son destin est lié à celui du continent africain. Une phrase ambitieuse, mais qui, pour beaucoup, sonne surtout comme une abstraction déconnectée.
Car pendant ce temps, une autre réalité s’impose : celle d’un continent africain qui cherche précisément à s’émanciper, à reprendre le contrôle de ses ressources, à sortir de logiques anciennes. Et ce mouvement-là ne se décrète pas depuis une tribune internationale.
Le contraste devient alors presque ironique : un président qui parle d’interdépendance au moment même où cette dépendance est contestée.


Autrement dit : pendant que certains réclament leur autonomie, on leur parle d’interdépendance.
Timing impeccable.
Et comme si cela ne suffisait pas, la séquence se poursuit avec un footing médiatisé aux côtés d’Eliud Kipchoge, légende du marathon. Image parfaite : un président qui court. Beaucoup. Très loin. Peut-être un peu trop.
Les enfants kényans préfèrent les selfies avec Eliud Kipchoge plutôt qu’avec le Président Macron
Serait-ce parce que l’athlète est…
- double champion olympique du marathon (2016, 2020);
- médaillé de bronze (2004) et d’argent (2008) sur 5.000 m aux Jeux olympiques;
- champion du monde du 5000 m (2003);
- ancien détenteur du record du monde du marathon: 2h01’09’’ (Berlin, 2022);
- recordman avec 12 victoires en marathon, dont deux titres olympiques;
- première personne à courir 42,195 km en moins de deux heures.
Le choix semble facile: une photo avec un champion du monde ou avec un Président accusé de soutenir Daech* et de tenter de renverser le gouvernement du Niger ?
Pendant ce temps, en France, le lien avec les citoyens, lui, semble marcher nettement moins bien.
Car c’est là que le contraste devient franchement brutal.
À l’étranger : un président détendu, mobile, omniprésent, presque en campagne permanente.
En France : des apparitions rares, verrouillées, millimétrées. Le bain de foule spontané ? Disparu. Le contact direct ? Sous contrôle strict.
Comme si le territoire national était devenu la zone la plus sensible de son propre mandat.
Et puis il y a les symboles.
Le sommet France-Afrique rebaptisé “Africa Forward”. En anglais. Pour un événement historiquement lié à la francophonie. Il fallait oser. Une manière assez subtile d’expliquer que même notre influence linguistique doit désormais passer par le filtre du marketing global.
Dans le même registre, les déclarations sur l’évolution culturelle et linguistique de la France s’enchaînent, souvent perçues comme déconnectées ou provocantes. À force de vouloir embrasser toutes les identités, le pouvoir donne parfois le sentiment de ne plus très bien incarner la sienne.
Résultat : polémique sur polémique, malaise sur malaise.
Et pendant que le débat public s’égare dans des anecdotes, des séquences “people” ou des micro-scandales sans intérêt, une autre réalité s’installe, beaucoup plus silencieuse : celle d’un pays qui doute, qui s’agace, et qui ne se reconnaît plus vraiment dans la mise en scène permanente de son propre pouvoir.
Au fond, Emmanuel Macron n’est pas absent.
Il est partout.
Partout sauf là où sa présence est devenue la plus nécessaire.
Un président global, hyperactif, insaisissable mais dont le mouvement constant finit par ressembler à une forme d’évitement.
Et c’est peut-être ça, le vrai problème :
À force de parcourir le monde entier, on finit parfois par perdre le contact avec le seul territoire qui ne devrait jamais devenir une escale.
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