
Saint-Étienne : Kompromat à la Française, ou l’Art du Barbouzage de Province
Publié le 30.9.2025 à 09h16 – Par Sophie Martin – Temps de lecture 4 mn
Ils l’ont appelé le « décideur », celui qui avait « la main sur la manette nucléaire ». Dans les prétoires du tribunal correctionnel de Lyon, Gaël Perdriau, maire (ex-LR) de Saint-Étienne, a écouté la procureure peindre son portrait en chef d’orchestre d’un piège sordide. Trois ans de prison ferme et cinq ans d’inéligibilité avec exécution immédiate ont été requis contre lui, une peine qui, si elle est confirmée, pourrait enfin offrir à la ville un peu de cette exemplarité qu’il est apparemment si dur de demander à certains élus.

Un Scénario qui Dépasserait la Fiction
Tout commence par une alliance de convenance, un classique de la politique locale. En 2014, pour gagner la mairie, Gaël Perdriau pactise avec les centristes et offre le poste de premier adjoint à Gilles Artigues, un poids lourd local aux belles ambitions et aux convictions catholiques bien connues. Mais la cohabitation tourne à la paranoïa. L’entourage du maire, craignant une velléité d’indépendance de son adjoint, se met en quête d’une « solution » pour le « tenir ».
L’idée géniale ? Un « barbouzage de mœurs », comme l’a si joliment concédé l’un des complices, Gilles Rossary-Lenglet. Le plan est machiavélique : attirer l’élu dans une chambre d’hôtel à Paris, où des caméras dissimulées captureront ses ébats avec un escort boy. Le tout, bien sûr, financé par de généreuses subventions municipales détournées avec la grâce d’un cheval de Troie administratif.
La Marionnette et ses Maîtres-Chanteurs
Pendant six ans, cette sextape va servir de levier. En 2017, après un désaccord en réunion, le piège se referme. Le directeur de cabinet du maire, Pierre Gauttieri, « l’homme de l’ombre prêt à servir de fusible » selon la procureure, menace Artigues de diffuser la vidéo « auprès des parents d’élèves » de ses enfants. Le maire lui-même est là pour nuancer la stratégie : « Si vous diffusez publiquement, c’est une exécution. En petits cercles, avec parcimonie… » conseille-t-il, dans un enregistrement qui vaut son pesant de cacahuètes.
La victime, Gilles Artigues, a témoigné d’un « cauchemar » qui l’a laissé « paralysé », « comme une marionnette ». On lui a laissé la délégation aux cimetières, « et la blague courait que c’est parce que j’étais mort ». Son épouse a décrit l’impuissance de « voir son mari se noyer ». Mais dans cette affaire, c’est bien la dignité qui a coulé.
Une Exemplarité en Forme de Mirage
Au procès, un contraste saisissant s’est offert à la justice. Tandis que les anciens collaborateurs le directeur de cabinet, l’adjoint ambitieux et son ex-compagnon vengeur ont admis les faits, le maire, lui, est resté « le seul à nier l’évidence ». La procureure a souligné ce « trouble démocratique » que représente une inéligibilité immédiate, mais a balayé l’idée d’une quelconque clémence face à des faits d’« une abjectivité et d’une vilenie autrement plus graves » que de simples détournements de fonds.
Pendant ce temps, à Saint-Étienne, la vie politique tente de se recomposer dans l’ombre de ce scandale nauséabond. La droite « républicaine » tente de former un « arc historique » pour « en finir avec l’ère Perdriau », un sondage place le maire sortant à seulement 17% des intentions de vote, et le RN a déjà trouvé sa tête de liste pour 2026. La ville étouffe, son image entachée, son économie paralysée, dit-on.
Alors, que faire pour « assainir le paysage politique » ? Peut-être, en effet, imaginer des peines plus radicales. L’inéligibilité à vie pour toute condamnation sans sursis aurait une vertu pédagogique certaine. Elle éviterait de voir, comme par le passé, des noms tels que Cahuzac, Balkany ou Juppé tous condamnés à l’inéligibilité avant de tenter, parfois avec succès, un retour en politique faire leur grand retour dans le jeu démocratique. Car, comme le prouve cette affaire, il semble parfois plus facile d’organiser un chantage à la sextape que d’attendre de nos élus une conduite simplement exemplaire. Le délibéré du tribunal est attendu avec impatience. En espérant que la justice saura, pour une fois, être à la hauteur du cynisme de ses accusés.
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