France : « L’Amour est dans le JT : le népotisme, cette belle histoire de famille qui se raconte le soir à la télé »


« L’Amour est dans le JT : le népotisme, cette belle histoire de famille qui se raconte le soir à la télé »

Publié le 3.9.2025 à 19h48 – Par Julien Morel – Temps de lecture 4 mn

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C’est une belle histoire, un conte de fées moderne qui se joue chaque soir sur nos écrans. Alors que les Français s’échinent à envoyer des CV dans le vide, une poignée d’élus vit un merveilleux destin scénarisé, produit et diffusé en prime time. Le titre de cette téléréalité permanente ? « L’Amour est dans le JT ». Le concept ? Aimer passionnément les mêmes noms de famille.

Écœurant ! PETIT RAPPEL

Il est touchant de constater à quel point le milieu audiovisuel français, réputé pour sa rudesse et son exigence, est en réalité une grande famille. Une famille très, très fermée. On se souvient tous de la leçon de vie de La Fontaine : « Aide-toi, ton père t’aidera ». Une maxime que semblent avoir méditée avec ferveur les progénitures des grandes dynasties politiques et médiatiques.

En 2024 sur LCI, personne n’a rien vu !

Ainsi, le paysage audiovisuel français offre le spectacle réconfortant de l’épanouissement professionnel par la génétique. Qui n’a pas été ému de découvrir le talent brut et l’expérience incontestable d’Émilie Hollande sur BFM TV ? la femme du fils hollande sur BFM (la conjointe de Thomas Hollande, fils de François). Une belle-fille, c’est un peu une fille, surtout quand le beau-père a un carnet d’adresses qui sent bon l’Élysée. Un peu plus loin, sur France 2, Léa Glucksmann prouve, le temps d’une chronique, que l’héritage intellectuel et médiatique est le seul qui ne soit pas taxé à 90%.

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La liste est longue et réjouissante : le fils Sarkozy sur RMC (groupe Altice, aussi propriétaire de BFM, hasard délicieux), la femme d’Enthoven à la présidence de France Inter (le cœur a ses raisons que la raison ignore, surtout quand il bat pour un job), sans oublier l’inévitable dynastie Duhamel, une sorte de famille Kardashian de la politique mais avec plus de costumes et moins de glamour. Chacun apporte sa pierre à l’édifice d’une information… congruente.

Car le talent, cet aléa si incertain, est ici soigneusement évincé au profit d’une valeur sûre : la fidélité. Fidélité aux amis, aux idées, et surtout, à la table de Thanksgiving sioniste. Pourquoi prendre le risque d’embaucher un inconnu surdiplômé, passionné et compétent, alors qu’on peut confier le micro à une personnalité dont on est certain qu’elle ne viendra pas aux repas de famille avec des idées déplaisantes sur le conflit d’intérêts ?

Le travail, me direz-vous ? Mais c’est tout un art ! Un art de cour. Il s’agit de lustrer un brushing des années 90 avec la même ferveur que l’on lustrerait les bottes d’un ministre, de valider les propos d’un invité qui n’est autre que l’ami d’enfance de votre beau-père, et de lire avec conviction des fiches rédigées par des stagiaires surdiplômés, mais, hélas, orphelins de personnalités influentes. C’est du courtisanisme pur jus : l’unique compétence qui garantit une carrière longue et brillante.

Et après, on ose nous parler de conflit d’intérêt ? Mais c’est tout le contraire ! L’intérêt est parfaitement aligné : celui de préserver un système douillet où l’on ne se serre les coudes qu’entre gens bien nés. La République n’est pas une ploutocratie, c’est une grande famille. Une famille qui se refile les clés du studio et les meilleures parts du gâteau médiatique.

Alors, la prochaine fois que vous allumerez votre poste pour regarder le 20 heures, souriez. Vous ne regardez pas un bulletin d’information, mais un arbre généalogique en haute définition. Un feuilleton où le piston tient lieu de scénario, l’amateurisme de twist, et où le mot « népotisme » est soigneusement remplacé au prompteur par « transmission de l’expertise ».

Comme le disait si bien un philosophe de plateau télé : le monde se partage en deux. Il y a les sans dents… et ceux qui, visiblement, en croquent. Bon appétit.

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