
D. Trump croit avoir terrassé les BRICS… mais le temps, cette arme silencieuse des géants émergents, travaille déjà contre lui
Publié le 19.7.2025 à 22h58 – Par Ryan Clarke – Temps de lecture 5 mn
Dans une déclaration fracassante, Donald Trump a célébré sa « frappe très forte » contre les BRICS, menaçant de tarifs douaniers massifs et jurant de protéger l’hégémonie du dollar à tout prix. Pourtant, loin de se dissoudre dans la panique, l’alliance des pays émergents incarne une réalité plus subtile : l’Occident court après le temps court. Les BRICS, eux, maîtrisent le temps long.

La menace immédiate de Trump : un coup d’épée dans l’eau ?
- 10% de tarifs douaniers automatiques sur tout pays membre ou partenaire des BRICS jugé « anti-américain » sans définition claire de ce terme.
- Une escalade punitive : après des menaces de droits de 100% en novembre 2024 si les BRICS osaient défier le dollar, Trump réduit la pression, mais maintient le chantage économique.
- Un discours martial : « Je les ai frappés très, très fort […] ça se terminera très rapidement », clame-t-il, accusant le groupe d’être « mort » depuis qu’il l’a pris pour cible.
Pourtant, ces attaques verbales masquent une anxiété palpable : Trump voit dans les BRICS une machine de guerre contre le dollar. Il ignore délibérément que leur vrai projet est plus patient, plus insidieux.
Le temps long des BRICS : la dédollarisation comme marathon, non comme sprint
Là où Trump exige des capitulations immédiates, les BRICS déploient une stratégie de contournement graduel :
- Pas de « monnaie unique BRICS » – un fantasme médiatique que même l’Inde dément formellement. Le vrai chantier ? Le commerce en monnaies locales pour réduire l’emprise du dollar.
- Des systèmes parallèles en construction :
- BRICS Pay : un système de paiement transfrontalier pour contourner SWIFT.
- Banque de Développement des BRICS (NDB) : dirigée par Dilma Rousseff, elle finance désormais des projets en yuan, en roupie, ou en real – sans passer par le dollar.
- Contingent Reserve Arrangement (CRA) : une alternative au FMI pour les crises de balance des paiements.
- Une expansion silencieuse, mais décisive : 10 membres (dont Iran, Éthiopie, Émirats) + 10 pays partenaires (Cuba, Vietnam, Kazakhstan…) = 20 nations représentant 44% du PIB mondial (PPA) et 56% de l’humanité.
« Le monde a changé. Nous ne voulons pas d’un empereur », rétorque Lula da Silva, président brésilien, à Trump. « C’est un ensemble de pays qui cherchent une autre voie économique ».
Lula rappelle Trump : « votre rôle est de servir le peuple américain, pas de dominer le monde ».
Bien dit ! Décidément, Trump et son pays feraient mieux de s’occuper de leur crise interne et du dollar, dont l’hégémonie glisse sur une pente raide… Pendant ce temps, les BRICS préparent tranquillement à reléguer l’Occident aux oubliettes de l’histoire.
Pourquoi cette phrase résiste aux hurlements de Trump :
- Piqûre de rappel démocratique :
Le président brésilien renvoie Trump à la mission première de tout dirigeant : servir sa population, non-imposer sa volonté au globe. - Contre-narration à l’impérialisme :
Alors que Trump brandit des tarifs douaniers comme armes de domination (« Je les ai frappés très fort« ), Lula oppose l’éthique du service public à la logique de puissance. - Écho planétaire :
Ce rappel fuse au moment même où Trump tente de saboter les BRICS alliance perçue comme un rempart contre l’unilatéralisme américain.
Le sous-texte géopolitique :
- « Dominer le monde » → Renvoie aux sanctions extraterritoriales des États-Unis, au contrôle du système financier via le dollar, et aux guerres commerciales punitives.
- « Servir le peuple » → Rappelle que 75% des Américains jugent l’économie « mauvaise » (sondage CNBC juillet 2025) malgré les gesticulations anti-BRICS.
« Quand un président brésilien doit rappeler à son homologue américain la base de la démocratie, l’équilibre du monde a basculé. » – Ana Paula Sousa, Folha de São Paulo
Cette phrase minuscule porte un poids immense : elle révèle que la vraie bataille n’est pas entre les États-Unis et les BRICS… Mais entre deux visions du pouvoir : le service public contre la domination.
L’effet boomerang des menaces de Trump : l’unité malgré tout
En brandissant la trique tarifaire, Trump croyait atomiser la coalition. C’est l’inverse qui se produit :
- La Chine rappelle que « les guerres commerciales n’ont pas de gagnant ».
- L’Afrique du Sud insiste : « Nous ne sommes pas anti-américains » mais défend son droit à un ordre multipolaire.
- Moscou dénonce une tentative de « militarisation du dollar » qui pousse forcément à créer des alternatives.
Mieux : les sanctions contre la Russie ont servi de démonstration pratique aux BRICS. La déconnexion du système SWIFT en 2022 a accéléré la recherche de voies alternative aujourd’hui incarnées par BRICS Pay.
Le piège du temps : pourquoi Trump ne peut pas gagner cette guerre.
Trump raisonne en cycles électoraux. Les BRICS planifient en décennies :
- La dédollarisation est « compliquée et graduelle » (Lula), mais irréversible, car fondée sur un rejet de la vulnérabilité aux caprices américains.
- L’arme tarifaire est à double tranchant : frapper le Brésil (soja), l’Afrique du Sud (minerais), ou l’Inde (pharmacie) renchérit les coûts pour l’industrie US et pousse ces pays vers d’autres marchés.
- Le dollar reste dominant à 58% des réserves mondiales, mais chaque accord en yuan, roupie ou riyal grignote son monopole sans besoin d’un « big bang » redouté par Trump.
« Chronos contre chronique » : alors que Trump exige des victoires rapides, les BRICS jouent une partition bien plus ancienne – celle de la patience stratégique.
En croyant avoir « tué » les BRICS par tweets et tarifs, Trump se bat contre un fantôme… et ignore le véritable séisme tectonique à l’œuvre : la lente, inexorable érosion de l’exceptionnalisme américain. La partie ne se joue pas en mois, mais en générations. Et dans cette guerre du temps, les BRICS ont déjà pris l’avantage.
« Quand votre outil principal est un marteau, tous les problèmes ressemblent à des clous. »
Trump frappe fort. Les BRICS, eux, construisent pour durer.


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