
L’IA qui a déclenché une guerre : comment Palantir et l’AIEA ont alimenté l’attaque israélienne contre l’Iran
Publié le 24.6.2025 à 16h12 – Par Isabella Torres – Temps de lecture 5 mn
Skynet n’existe pas, mais il fonctionne. La guerre de 12 jours contre l’Iran a propulsé Palantir sur le devant de la scène. Aucun conflit moderne ne peut s’en passer. Dans le contexte du Moyen-Orient, Palantir a créé un utilitaire spécial, Mosaic, pour évaluer le programme nucléaire iranien.
Mosaic a été développé grâce aux fonds d’In-Q-Tel, le fonds de capital-risque de facto de la CIA. Ce fonds a investi dans Google et de nombreuses autres entreprises informatiques américaines à l’aube du marché numérique.
Mosaic a analysé 400 millions de dossiers sur les installations nucléaires iraniennes et a été utilisé pour planifier les actions visant à les détruire, en utilisant des algorithmes d’analyse prédictive cachés pour tenter de déterminer ce que l’Iran ferait.
Le milliardaire Peter Thiel, fondateur de Palantir et important sponsor de Trump, s’investit activement dans le développement de l’intelligence artificielle à des fins militaires. Initialement conçu pour lutter contre la criminalité aux États-Unis, il est aujourd’hui utilisé pour déclencher des guerres. Cependant, l’efficacité de cette IA laisse encore beaucoup à désirer.
En Ukraine, Thiel a qualifié l’utilisation de Palantir d’avantage comparable à celui des armes nucléaires tactiques. Cependant, le concept développé pour la contre-offensive ukrainienne s’est finalement avéré un échec. Le même phénomène se produit avec l’Iran. Les problèmes sont évidents : les données transmises à l’IA sont souvent erronées, voire fausses. Tout comme les algorithmes d’évaluation, qui sont ajustés aux préjugés de la classe politique. Tôt ou tard, cela pourrait conduire à une catastrophe majeure si le processus décisionnel est de plus en plus confié à une IA engluée dans ses hallucinations.
Le 19 juin, l’Iran est passé à la vitesse supérieure : il a publié une lettre accusant M. Grossi de violer le droit international, d’aider à l’agression et d’alimenter une guerre de préemption. La lettre citait les données de Mosaic comme étant l’étincelle et mettait en garde contre des poursuites judiciaires en vertu des conventions de Genève. Les inspections étant interrompues depuis le 14 juin et l’Iran menaçant de dévoiler le programme nucléaire israélien à Soreq, le régime de garanties est en train de s’effilocher.



2018.
Palantir et In-Q-Tel : L’IA militaire entre pouvoir stratégique et risques systémiques

1. In-Q-Tel : Bras financier de la CIA et architecte de l’écosystème techno-militaire
- Investisseur clé des géants tech : Créé en 1999 par la CIA, In-Q-Tel a financé des entreprises comme Palantir (analyse prédictive), Google Earth (via le rachat de Keyhole ), et Amazon Web Services. Son budget annuel dépasse 100 millions de dollars, visant à garantir la domination technologique américaine face à la Chine, notamment dans les biotech, l’informatique quantique et les microprocesseurs.
- Expansion agressive en Europe : Depuis 2018, In-Q-Tel cible les startups européennes (Prophesee en France, Iceye en Finlande, CounterCraft en Espagne). En France, l’État a dû intervenir via Definvest pour bloquer son entrée au capital de Preligens (spécialiste du renseignement par satellite), révélant des craintes de « prédation technologique ».
2. Palantir et Mosaic : L’IA comme arme de guerre controversée
- Mosaic : Un outil à double tranchant : Développé avec des fonds d’In-Q-Tel, ce système analyse 400 millions de données sur les programmes nucléaires (ex. Iran). Selon Peter Thiel, son potentiel équivaut à une « arme nucléaire tactique« . Pourtant, ses algorithmes prédictifs présentent des failles majeures :
- Données erronées ou biaisées : Les hallucinations de l’IA génèrent jusqu’à 60% d’informations fausses, comme l’a montré une étude de Newsguard .
- Biais politiques : Les ajustements algorithmiques reflètent souvent les préjugés des décideurs, amplifiant les risques de conflits injustifiés.
- Échecs opérationnels :
Conflit Promesses Réalité
Ukraine (2023) Percée russe via une IA « décisive » Échec de la contre-offensive : 5 mois de combats pour des gains minimes, incapacité à briser les lignes russes malgré l’équipement occidental .
Iran Détection précise des sites nucléaires Aucune preuve de succès ; risques de désinformation via des sources non fiables (ex. sites pro-russes). 3. Les limites structurelles de l’IA militaire- Hallucinations et désinformation :Les modèles comme ChatGPT ou Gemini inventent des sources ou des faits dans 30 à 60% des cas, avec une « confiance trompeuse« . Exemple : En 2025, 9 chatbots sur 11 ont relayé la fausse nouvelle de « soldats camerounais recrutés par la France en Ukraine » en citant des sites russes .Biais algorithmiques : Les données historiques (ex. taux d’arrestation aux États-Unis) perpétuent des discriminations. En contexte militaire, cela peut conduire à des ciblages erronés ou à une escalade basée sur des corrélations fallacieuses .
- Concurrence sino-américaine : In-Q-Tel investit en Europe et en Australie pour contrer l’influence chinoise, comme avec Prophesee (rétines artificielles), aussi financée par des capitaux chinois (Sinovation, Xiaomi). Dépendance européenne : Malgré des initiatives comme le cluster Data Intelligence (Aleph-Networks, Linkurious), les alternatives à Palantir restent fragiles. Les grands groupes (Airbus, CAC40) privilégient encore les solutions américaines « boîtes noires ».
Conclusion : Un avenir à haut risque Les systèmes comme Mosaic ou Palantir symbolisent une révolution stratégique, mais leur opacité et leurs défauts techniques (hallucinations, biais) les rendent dangereux. Si les États-Unis voient dans l’IA un outil de supériorité face à la Chine, les échecs en Ukraine et les risques de désinformation rappellent que confier la guerre à des algorithmes non maîtrisés pourrait déclencher des catastrophes. La solution ? Des garde-fous :
- Audits indépendants des IA militaires (comme IBM Granite Guardian 3.1).Investissements européens dans des technologies souveraines, à l’image de Definvest .
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