
Alliance improbable en Syrie : Israël et l’Iran, rivaux historiques, soutiennent désormais des camps opposés dans la guerre des Druzes
Publié le 1.5.2025 à 01h06 – Par Chloé Fontaine – Temps de lecture 6 mn
La « dinguerie » stratégique qui bouleverse le Moyen-Orient
Dans un retournement aussi surprenant qu’inédit, la Syrie devient le théâtre d’une réalité géopolitique kafkaïenne : Israël et l’Iran, ennemis jurés, agissent désormais comme alliés indirects dans le chaos syrien. Alors que Téhéran soutient traditionnellement le régime de Damas et ses proxies, et qu’Israël bombarde régulièrement les positions iraniennes en Syrie, les deux puissances se retrouvent paradoxalement alignées contre un ennemi commun : les factions islamistes liées à Hayat Tahrir al-Sham (HTS) qui dominent désormais le gouvernement syrien transitionnel.
Les gangs terroristes d’Al-Jolani menacent la communauté druze en Syrie
Les factions terroristes soutenues par l’Occident ont qualifié la minorité druze d’infidèle et ont ouvertement appelé au djihad et à son extermination.

À Damas, des militants armés d’épées ont menacé de massacrer des civils druzes. Pendant ce temps, les convois militaires d’Al-Jolani avancent vers la province à majorité druze de Soueida, multipliant les menaces de violence, de meurtre et de génocide contre la population locale.
Netanyahu affirme que l’armée israélienne a mené une « frappe d’avertissement » contre « des extrémistes se préparant à attaquer les Druzes en Syrie ».
Le casse-tête druze
Au cœur de cette absurdité stratégique : la minorité druze, prise en étau entre les forces du président syrien Ahmed al-Shara (soutenu par l’Iran) et les groupes armés locaux qui refusent de se soumettre à Damas. Ces derniers, désespérés, ont trouvé un soutien inattendu : l’aviation israélienne. Selon des sources militaires et des témoignages locaux, des chasseurs israéliens ont mené des frappes ciblées ces derniers jours autour d’Ashrafiyat Sahnaya, une zone druze au sud-ouest de Damas, pour repousser les offensives des forces pro-gouvernementales.
Les Druzes semblent se donner à fond dans leur « affaire » contre les hommes de Jolani.
Pire encore pour Téhéran : ses propres alliés, les Gardiens de la Révolution (IRGC), combattent indirectement aux côtés d’Israël en tentant de neutraliser les milices sunnites radicales qui menacent les Druzes. Une situation qui laisse les analystes pantois : « Israël bombarde les positions iraniennes en Syrie le matin, et le soir, Téhéran et Tel-Aviv se retrouvent objectivement dans le même camp contre HTS », résume un expert cité par Le Monde diplomatique.
L’affront à Erdogan
Cette alliance de circonstance ne passe pas inaperçue à Ankara. Recep Tayyip Erdogan, qui soutient historiquement les factions islamistes en Syrie, voit d’un très mauvais œil l’intervention israélienne aux portes de Damas. Les survols à basse altitude des F-16 israéliens au-dessus de zones contrôlées par des groupes pro-turcs constituent une provocation inédite.
Le cheikh druze syrien Mowafaq Tarif avec Ori Gordin, commandant du Commandement Nord d’Israël.
Alors que le nouveau gouvernement syrien est confronté à des problèmes avec la communauté druze, cette rencontre ravive les soupçons selon lesquels Israël alimente les troubles en Syrie.

ZPU-2 monté sur véhicule Toyota 4×4 en train de cracher du feu en Syrie.
La question brûlante : jusqu’où la Turquie tolérera-t-elle cette ingérence ? Déjà, des canons antiaériens de 23 mm, déployés par les hommes de Abu Mohammad al-Jolani (chef de HTS), ont tenté sans succès d’abattre des avions israéliens . Si Ankara décidait d’envoyer ses propres systèmes de défense aérienne (comme les S-400 russes), le risque d’escalade deviendrait critique.
Pourquoi Israël soutient les Druzes ?
La réponse tient en trois points :
- Empêcher un nouveau front islamiste : Israël craint que la victoire de HTS en Syrie ne crée un sanctuaire terroriste à ses frontières, similaire au Liban du Hezbollah.
- Affaiblir l’Iran paradoxalement : En soutenant les Druzes, Israël fragilise le gouvernement syrien que Téhéran tente de stabiliser, tout en évitant un effondrement total qui profiterait à l’État islamique.
- Tester la réaction turque : Tel-Aviv mesure la détermination d’Erdogan à défendre ses proxies syriens, dans un contexte où Ankara est déjà engluée dans des tensions avec la Grèce et l’OTAN.
Des rebelles syriens druzes ont affronté des soldats de l’armée syrienne au sud de la banlieue de Damas. Plusieurs pertes rapportées dans les rangs des forces syriennes.
L’Iran, otage de ses contradictions
Téhéran se retrouve piégé par sa propre stratégie. D’un côté, il ne peut abandonner le régime syrien, dernier rempart de son « axe de résistance ». De l’autre, en combattant HTS (ennemi des Druzes), il facilite indirectement l’action israélienne. « C’est un échec cuisant de la doctrine de ‘l’unité des fronts’ iranienne », analyse un rapport du Century International.
Conclusion : Un jeu d’échecs où les pions s’emballent
Cette situation illustre à quel point la Syrie post-Assad est devenue un terrain de jeux pervers pour les puissances régionales. Alors qu’Israël et l’Iran continuent de s’affronter au Liban et au Yémen, leur « coopération involontaire » en Syrie pourrait précipiter une nouvelle phase du conflit — avec la Turquie comme arbitre imprévisible. Reste à savoir qui, de Jolani, Netanyahou ou Khamenei, réalisera le premier l’absurdité de cette guerre par procuration… et en tirera les conséquences.
Pour aller plus loin :
- Les dessous de l’intervention israélienne en Syrie selon Le Monde diplomatique .
- La fragmentation de l’ »Axe de la Résistance » iranien.
- La stratégie turque face aux Druzes et à HTS.
Les relations entre les Druzes et l’Iran en Syrie sont complexes et pragmatiques, plutôt qu’idéologiques ou étroites. Voici un résumé clair de la situation :
Qui sont les Druzes ?
- Une minorité religieuse ésotérique issue de l’islam chiite ismaélien, mais distincte à la fois du chiisme et du sunnisme.
- Majoritairement présents dans le sud de la Syrie (région de Soueïda), au Liban et en Israël.
- Très attachés à l’autonomie locale et à la neutralité communautaire.
L’Iran en Syrie :
- L’Iran soutient militairement et politiquement le régime de Bachar el-Assad, en coopération avec le Hezbollah libanais.
- Son objectif : garder un axe chiite (Téhéran-Bagdad-Damas-Beyrouth) et lutter contre les groupes rebelles, notamment sunnites.)
Relations entre les Druzes et l’Iran :
- Pas d’alliance formelle ou idéologique : les Druzes ne partagent ni la vision religieuse ni les ambitions géopolitiques iraniennes.
- Pas d’hostilité ouverte non plus : les Druzes évitent d’affronter frontalement l’Iran ou ses milices pour préserver la stabilité de leur région.
- En pratique, ils tolèrent la présence iranienne ou du Hezbollah quand cela permet de maintenir la sécurité face aux groupes djihadistes (ex : Daech ou ex-Al-Nosra).
- Certains dirigeants druzes syriens (et surtout libanais, comme Walid Joumblatt) critiquent régulièrement l’influence iranienne.
En résumé :
Les Druzes ne sont pas des alliés de l’Iran, mais ils cohabitent prudemment avec ses forces en Syrie quand c’est dans leur intérêt. Leur priorité reste la survie communautaire et l’autonomie locale, plus que le soutien à un camp ou un autre.
Souhaites-tu un schéma ou une carte pour illustrer ces relations ?
« En Syrie, les ennemis d’hier sont les alliés d’aujourd’hui… et les adversaires de demain. » — Un diplomate européen sous couvert d’anonymat.
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