Canada : «Bouclez votre ceinture», l’élection de Trump fait entrer le Canada en zone de turbulences


«Bouclez votre ceinture»: l’élection de Trump fait entrer le Canada en zone de turbulences

Publié le 9.11.2024


RFI rapporte : Économie, politique, questions de société ou encore immigration : la relation unique entre le Canada et les États-Unis va de nouveau dépendre de l’imprévisible Donald Trump. Les promesses de campagne de ce dernier, si elles sont appliquées, auront des conséquences directes sur les Canadiens. 

« Attachez vos tuques [bonnets en québécois] », écrivait ce mercredi 6 novembre le journal québécois Le Devoir… « Si Donald Trump est élu, bouclez votre ceinture », prévenait au début du mois Kelly Craft, l’ancienne ambassadrice américaine au Canada… Le message est clair : le retour de Donald Trump au pouvoir va rebattre les cartes de la relation américano-canadienne. Une relation unique au monde, par l’Histoire des deux pays, leur coopération économique, ou encore par leur frontière commune, qui s’étend sur près de 9 000 km. 

Donald Trump durant son premier mandat, lors d'une rencontre avec le Premier ministre canadien Justin Trudeau à Winfield House, le mardi 3 décembre 2019, à Londres. (Image d'illustration)

Donald Trump durant son premier mandat, lors d’une rencontre avec le Premier ministre canadien Justin Trudeau à Winfield House, le mardi 3 décembre 2019, à Londres. (Image d’illustration)© Evan Vucci / AP

L’économie canadienne en suspens

Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche fait craindre pour la principale source de richesse canadienne : son commerce, qui représente les deux tiers du PIB du pays. Les deux pays ont la plus importante relation commerciale bilatérale au monde, et les États-Unis sont le premier partenaire commercial du Canada, représentant 75% des exportations du pays. 

« Nous entrons dans un processus de négociations perpétuelles au plan commercial et économique avec les États-Unis, avec toutes les mesures imprévisibles qui pourront venir. Avec la mise en place de tarif douaniers importants, avec les litiges commerciaux, avec la renégociation de l’ACEUM », résumait Richard Ouellet, professeur titulaire en droit international économique à l’Université Laval à Québec, sur Radio Canada.

L’ACEUM, c’est le résultat de la renégociation de l’accord commercial entre le Mexique, les États-Unis et le Canada, voulu par Donald Trump en 2018. Encore auréolé de sa première victoire aux élections de 2015, Justin Trudeau, Premier ministre canadien, avait pu unir la classe politique de son pays pour éviter que cette renégociation ne désavantage trop le Canada. Pendant la campagne de cette année, Donald Trump a assuré vouloir le négocier de nouveau à l’avantage des Américains, et Justin Trudeau, après deux mandats, n’est plus en position de force pour lui faire face. 

Autre enjeu majeur : les droits de douanes. Près de 80% des exportations des activités manufacturières canadiennes se font aux États-Unis. Donald Trump avait augmenté les taxes sur les importations de fer et l’aluminium canadien en 2018, puis les avait abaissées en 2019, avant de les augmenter de nouveau en 2020. Si cette politique avait surtout touché les Américains, qui avaient payé plus cher leurs métaux sans pour autant que cela n’augmente la relocalisation de ces industries dans le pays, l’imprévisibilité de Trump pourrait refroidir les investissements dans le secteur. 

Une preuve également de l’influence des politiques de part et d’autre de la frontière : si les États-Unis abaissent de nouveau l’impôt sur les entreprises de 21% à 15%, le gouvernement canadien pourrait être obligé de le diminuer aussi, ou il risquerait de réduire la compétitivité de ses propres entreprises. 

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Danger ou opportunité pour Trudeau ? 

L’élection de Donald Trump influencera aussi, inévitablement, la politique intérieure de son voisin. Après neuf ans au pouvoir, le bloc libéral peine à défendre son bilan et Justin Trudeau accuse un retard dans les sondages d’opinions, alors que les élections fédérales d’octobre 2025 se rapprochent. C’est désormais le Parti conservateur de Pierre Poilièvre qui en profite.

Or l’arrivée au pouvoir de Donald Trump côté américain pourrait renforcer cette tendance, alors que le style de Pierre Poilièvre est souvent comparé à celui du président américain élu. D’ailleurs, un tiers des Canadiens sondés par l’institut Angus Reid affirment qu’il serait en bonne position pour négocier avec Trump, contre un quart pour Justin Trudeau.

Pour autant, le leader conservateur est loin de faire l’unanimité chez les Québécois. Son phrasé vindicatif, ses dérapages médiatiques, ainsi que sa fâcheuse tendance à commenter les affaires québécoises, pourrait, sur le long terme, lui jouer des tours.

Les mois à venir seront donc déterminants pour l’actuel Premier ministre : s’il réussit à préserver les intérêts des Canadiens tout en maintenant une relation cordiale avec son tempétueux voisin, il pourrait gagner de précieux points auprès des électeurs, en incarnant le rempart contre Donald Trump. 

Préserver les droits des femmes et des minorités

« Le Canada et les États-Unis partagent la même volonté de reconnaître et de combattre le racisme systémique, les préjugés inconscients, la discrimination fondée sur le sexe, les obstacles auxquels sont confrontés les personnes handicapées et toutes les autres formes de discrimination et d’exclusion », écrit le gouvernement du Canada sur la page officielle détaillant sa relation entre le pays et les États-Unis.

Avec le retour d’un président qui a multiplié les attaques contre une supposée conspiration « woke », remis en question les droits des femmes et des personnes racisées, et multipliant les insultes racistes contre différentes communautés, cette « même volonté » louée par le gouvernement canadien sera clairement mise à mal. Alors que la province de l’Alberta a récemment légiféré négativement sur les droits des personnes LGBT+, l’exemple de Donald Trump pourrait donner des ailes aux politiques les plus conservatrices en matières de droits humains au Canada. 

L’immigration au Canada risque également de pâtir de l’arrivée de Donald Trump. L’épisode du chemin Roxham, cet itinéraire bis emprunté par les migrants grâce à une faille administrative entre les deux payx, est encore présent dans les esprits. Si d’aventure les républicains appliquent les promesses d’expulser des millions de personnes en irrégularité administrative des États-Unis, ces dernières pourront fuir vers le Canada, entraînant une nouvelle crise migratoire.


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