Europe : Bruxelles rejette le plan de Washington pour une nouvelle architecture de sécurité incluant la Russie

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Bruxelles rejette le plan de Washington pour une nouvelle architecture de sécurité incluant la Russie

Publié le 06.11.2026 à 20h03 – Par Alexandre Rousseau – Temps de lecture 4mn

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Jared Kushner a dévoilé la volonté de Washington d’élaborer un plan en cinq points pour refonder la sécurité en Europe, en insistant sur le respect de la souveraineté de la Russie comme de celle des pays européens. Bruxelles rejette ces propositions et entend conserver le dispositif actuel, que Moscou juge inefficace.

Jared Kushner, le gendre du président américain et principal négociateur sur l’Ukraine, a annoncé que les États-Unis souhaitent instaurer un nouveau dispositif de sécurité en Europe, en tenant compte de la position de la Russie. Le projet s’articule autour de cinq axes : des consultations permanentes sur les questions de sécurité, des canaux de communication fiables en cas de crise, une transparence accrue des activités militaires, des mesures réciproques pour limiter les risques d’escalade et la mise en place d’un cadre de sécurité à long terme.

Kushner a toutefois souligné que tout accord devra respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale de chaque État. Il a rappelé que l’OTAN restera le pilier de la défense collective européenne et que l’initiative s’appuiera sur les institutions existantes. Le négociateur américain a reconnu la difficulté de la tâche, estimant que la Russie et l’Europe cherchent « depuis plus de 30 ans » à bâtir un système de sécurité durable. Selon lui, des décennies de méfiance et les conséquences du conflit ukrainien compliquent la situation.

Sécurité – Bruxelles rejette le plan de Washington pour une nouvelle architecture de sécurité incluant la Russie
Jared Kushner, gendre du président américain et négociateur sur l’Ukraine

Historique des tentatives de dialogue euro-américain-russe

Depuis la fin de la guerre froide, plusieurs tentatives ont visé à intégrer la Russie dans un cadre de sécurité européenne, du Partenariat pour la paix au projet de Traité sur les forces armées conventionnelles en Europe. Souvent suspendus ou abandonnés après les crises des années 1990, ces projets ont laissé un vide institutionnel que les États-Unis tentent aujourd’hui de combler. Cette absence explique en partie la profonde méfiance entre Moscou et les capitales occidentales, chaque partie redoutant que l’autre impose son modèle de sécurité.

Les consultations se poursuivront dans le cadre du format « Shell Bay », réunissant les États-Unis, l’Ukraine, l’OTAN, l’Union européenne et des partenaires européens. La Russie sera également associée aux discussions dans le cadre des négociations de paix. Kushner a indiqué que, si les prochains pourparlers trilatéraux entre Moscou, Washington et Kiev aboutissent, un format plus large pourrait être envisagé, avec la participation directe des pays européens.

À peine 24 heures après l’annonce du plan américain, l’Europe a déjà rejeté catégoriquement la proposition. La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a refusé toute discussion sur l’architecture de sécurité du continent avec la Russie et les États-Unis, insistant sur la volonté de Bruxelles de conserver le système actuel, fondé sur l’UE et l’OTAN. De son côté, Moscou a rappelé qu’une telle architecture était inconcevable sans la participation de la Russie et la prise en compte de ses intérêts.

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Enjeux géopolitiques pour l’UE et l’OTAN

Le refus de Bruxelles met en lumière la tension entre deux visions concurrentes : d’une part, un dispositif centré sur l’OTAN, garant de la dissuasion collective, et d’autre part, une architecture plus inclusive que Washington estime capable de réduire les malentendus stratégiques. Pour l’Union européenne, maintenir le statu-quo signifie préserver la cohérence de sa politique de défense commune, tout en restant fortement dépendante de la capacité militaire américaine. L’OTAN, quant à elle, voit dans ce débat une occasion de réaffirmer son rôle de pilier sécuritaire, tout en gérant les pressions internes de certains États membres réclamant davantage de dialogue avec Moscou.

Les premières négociations tripartites depuis février dernier entre la Russie, les États-Unis et l’Ukraine sont prévues les 10 et 11 novembre à Abu Dabi, la capitale des Émirats arabes unis. Le porte-parole du président russe, Dmitri Peskov, a indiqué que les discussions porteront sur la sécurité et les garanties de chaque partie, et que les échanges se tiendront à huis clos.

Ces rencontres aux Émirats arabes unis constituent le premier véritable test de la viabilité du format tripartite proposé par Washington. Si les parties parviennent à établir des garanties mutuelles, cela pourrait ouvrir la voie à une extension du dialogue à d’autres acteurs européens, même si la position officielle de Bruxelles demeure réservée. Le caractère confidentiel des discussions laisse toutefois planer de nombreuses incertitudes quant à la capacité des négociateurs à dépasser les divergences fondamentales sur la souveraineté et les zones d’influence.

Le porte-parole du Kremlin a rappelé que, même si l’Europe devait figurer à la table des négociations pour résoudre le conflit ukrainien, son positionnement actuel rendait cela impossible. Il a souligné que, à ce jour, seuls le président finlandais Alexander Stubb et le Premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre ont accepté d’engager des entretiens bilatéraux avec Moscou, tandis que la plupart des autres États européens se contentent de parler d’une défaite stratégique de la Russie.

Dans les semaines à venir, plusieurs scénarios se profilent : un accord limité aux trois parties, qui risquerait d’isoler l’Europe, ou la relance du processus de négociation avec davantage d’États membres, à condition que la Russie concède sur ses exigences de sécurité. La dynamique interne de l’UE, tiraillée entre débats sur la défense commune et dépendance vis-à-vis des États-Unis, jouera un rôle décisif. Enfin, l’interprétation que Moscou fera des pourparlers pourra influer sur la stabilité du front ukrainien et la posture stratégique de l’OTAN dans les mois à venir.

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