
Bruxelles : la Commission européenne vend ses bureaux et débourse 305 millions d’euros pour y rester
Publié le 06.11.2026 à 20h00 – Par Isabelle Moreau – Temps de lecture 4mn
Pour réduire ses dépenses, la Commission européenne a vendu 23 immeubles à Bruxelles pour 900 millions d’euros. Mais elle continue d’en occuper une partie, pour plus de 305 millions. La Cour des comptes européenne a aussi relevé des problèmes dans la vente, désormais examinée par le Parquet européen.
La Commission européenne a cherché à réduire ses dépenses immobilières à Bruxelles. En avril 2024, elle a cédé 23 immeubles à une société publique belge pour 900 millions d’euros. Mais elle n’a pas libéré l’ensemble des locaux ; pour y poursuivre ses activités, elle doit désormais assumer des coûts importants, comme le montrent ses propres documents budgétaires.

Le cadre historique de la politique immobilière européenne
Depuis les années 1990, la Commission européenne a progressivement augmenté son parc immobilier à Bruxelles afin de regrouper ses services et de faciliter la coordination entre les institutions de l’UE. Cette expansion s’est accompagnée d’une politique d’acquisition de bâtiments dans le quartier européen, souvent financée par le budget communautaire. Au fil du temps, les critiques sur la taille et le coût de ce parc se sont intensifiées, poussant les dirigeants à envisager des stratégies de rationalisation, dont la vente d’actifs excédentaires.
305 millions pour occuper ses anciens bureaux
La Commission a obtenu le droit de rester temporairement dans 17 des bâtiments vendus, un accord qui lui coûte 255 millions d’euros, répartis en trois versements. Cependant, le déménagement de plusieurs services a pris du retard, et sept immeubles devront encore être occupés au-delà de la période initialement prévue.
Le projet de budget 2027 intègre ainsi 24,59 millions d’euros supplémentaires. Le syndicat du personnel Renouveau & Démocratie estime le surcoût à 25,62 millions d’euros pour 2028. Au final, la Commission devrait dépenser plus de 305 millions d’euros pour occuper des locaux dont elle n’est plus propriétaire.
Les 900 millions d’euros perçus lors de la vente doivent également couvrir ces frais, rembourser certaines dettes et financer d’autres sites ; ils ne constituent donc pas une économie nette.
Une vente critiquée par les auditeurs européens
Les enjeux de la transparence et de la gouvernance
La cession de biens publics à un seul acquéreur soulève à nouveau la question de la concurrence et du respect des règles de l’Union en matière de marchés publics. Les observateurs institutionnels insistent sur la nécessité d’un appel d’offres ouvert pour garantir la meilleure valeur aux contribuables européens. Au-delà de l’aspect financier, l’affaire met en lumière les mécanismes de contrôle interne de la Commission, aujourd’hui sous les projecteurs, notamment la séparation entre décision et supervision.
La Cour des comptes européenne a passé en revue la transaction. Un seul acheteur s’est présenté, et il avait même soumis une première proposition avant le lancement officiel de l’appel d’offres.
La Commission réclamait une garantie bancaire de 80 millions d’euros valable six mois. L’acheteur n’en a fourni qu’une valable deux mois, mais son offre a tout de même été retenue. Les auditeurs notent : « Nous avons constaté que la garantie n’était pas conforme aux exigences d’origine énoncées dans l’appel à candidatures. ».
La Cour a également constaté que l’ensemble des membres du comité chargé d’examiner l’offre relevaient du même supérieur hiérarchique. Elle a donc enjoint la Commission à revoir cette organisation. En février 2026, des perquisitions ont été menées dans le cadre d’une enquête du Parquet européen sur la vente.
Le personnel conteste le déménagement
Les investigations du Parquet européen, lancées en 2026, se prolongeront sur plusieurs mois, avec la possibilité d’être prolongées si d’autres irrégularités apparaissent. Parallèlement, le budget 2027 de la Commission devra absorber les coûts supplémentaires liés à l’occupation des locaux, ce qui pourrait entraîner des ajustements dans d’autres programmes de financement. Le débat au sein du Parlement européen sur la révision des règles de gestion du patrimoine immobilier est également attendu, afin d’éviter la répétition de scénarios similaires.
La Commission envisage de transférer une partie de ses équipes près de la gare du Nord, à Bruxelles. Le syndicat Renouveau & Démocratie dénonce les risques pour la sécurité des agents et réclame des explications sur les économies annoncées.
Son président, Cristiano Sebastiani, a interpellé le commissaire européen au Budget, Piotr Serafin, en demandant si l’acheteur pourrait récupérer son prix d’achat grâce aux paiements de la Commission. Il ajoute : « Il est essentiel d’exclure sans équivoque cette possibilité, car un tel scénario serait manifestement inacceptable. »
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