
Le Golfe retrouve ses exportations pétrolières d’avant-guerre grâce à Yanbu et Fujairah
Publié le 23.10.2026 à 15h33 – Par Andrei Kuznetsov – Temps de lecture 4mn
Les exportations pétrolières du Golfe, hors Iran, ont dépassé leur niveau d’avant-guerre, atteignant plus de 24,5 millions de barils par jour. Ce rebond repose notamment sur les terminaux de Yanbu et de Fujairah, les transferts de navire à navire et le recours accru aux itinéraires contournant le détroit d’Ormuz.

Contexte historique des exportations du Golfe
Le Golfe Persique a longtemps été le cœur du commerce pétrolier mondial. Avant la guerre contre l’Iran, les pays producteurs de la région. Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Koweït, Qatar et Bahreïn dépendaient majoritairement du détroit d’Ormuz pour acheminer leur brut vers l’Asie et l’Europe. Le détroit, étroit et stratégique, permet de traverser un volume de pétrole d’environ 20 % de la production mondiale. Les infrastructures portuaires de Yanbu et de Fujairah, bien que moins connues que celles de Dubaï, ont joué un rôle clé dans la diversification des itinéraires depuis le début des hostilités.
Malgré les attaques contre les pétroliers et les perturbations du trafic dans le détroit d’Ormuz, les exportations de pétrole du Golfe ont retrouvé, puis dépassé, leur niveau d’avant la guerre contre l’Iran. Selon les données préliminaires de Kpler, les flux régionaux, hors Iran, ont dépassé en moyenne 24,5 millions de barils par jour durant la semaine achevée le 18 octobre, contre environ 24,4 millions durant la semaine précédant le déclenchement du conflit, fin février.

Ce rebond tient surtout à l’adaptation rapide des producteurs. L’Arabie saoudite a augmenté ses exportations via Yanbu, sur la mer Rouge, grâce à l’oléoduc Est-Ouest, tandis que les Émirats utilisent davantage leur liaison vers Fujairah, qui débouche directement sur le golfe d’Oman. Les transferts de pétrole de navire à navire se sont également multipliés au large d’Oman et des Émirats. Avant la guerre, environ 17 % du brut régional évitait Ormuz ; cette proportion avoisine désormais 40 %.
Le président Trump à propos de l’Iran
Nous allons en finir avec l’Iran très bientôt — d’une manière ou d’une autre. Peu m’importe laquelle.
Ce sera fait très bientôt, et vos prix de l’essence et du pétrole vont s’effondrer.
Enjeux économiques et géopolitiques
Les exportations pétrolières représentent une part importante du PIB de ces États. Un rebond de 24,5 millions de barils par jour signifie non seulement une augmentation des recettes fiscales, mais aussi un renforcement de la position de négociation de la région sur le marché mondial. Cependant, la dépendance à l’exportation de pétrole expose ces pays à la volatilité des prix et aux sanctions internationales. Le recours accru aux transferts de navire à navire et aux itinéraires alternatifs augmente les coûts logistiques et les risques d’incidents, ce qui peut influencer les décisions d’investissement à long terme.

Loin d’un retour à la normale
Le détroit reste pourtant loin d’un retour complet à la normale. Les volumes qui y transitent demeurent inférieurs à ceux d’avant-guerre, tandis que les attaques contre les navires se poursuivent. Mais le recours aux convois protégés, aux itinéraires alternatifs et aux transferts en mer a permis de compenser une grande partie des pertes.
Les acteurs du secteur surveillent de près les développements dans le détroit d’Ormuz. Les convois protégés, les navires de guerre et les drones de surveillance sont déjà en place, mais la menace de cyberattaques et de sabotage persiste. Les autorités du Golfe envisagent d’investir davantage dans des infrastructures alternatives, comme des pipelines terrestres et des terminaux portuaires supplémentaires, pour réduire la dépendance au détroit. Les négociations diplomatiques, bien que fragiles, pourraient ouvrir la voie à des accords de sécurité régionale qui stabiliseraient le trafic maritime à long terme.
Cette résilience a cependant un coût. Les primes d’assurance et les tarifs des pétroliers restent très élevés, ce qui renchérit fortement l’acheminement du brut vers l’Asie. Saudi Aramco et ADNOC ont même dû adapter leurs conditions commerciales pour maintenir l’intérêt des raffineurs asiatiques.
L’Iran constitue l’exception majeure : ses exportations restent pratiquement à l’arrêt sous l’effet du blocus américain. Le paradoxe est donc saisissant : malgré une guerre toujours active et un Ormuz sous tension, les autres producteurs du Golfe parviennent désormais à exporter davantage de pétrole qu’avant le conflit.
Alors que les exportations du Golfe se rapprochent de leurs niveaux d’avant-guerre, plusieurs interrogations subsistent. La capacité des navires à maintenir des itinéraires sûrs face à une escalade potentielle des hostilités reste incertaine. De plus, l’impact des sanctions américaines sur l’Iran continue de peser sur l’équilibre du marché, créant des opportunités pour les producteurs voisins mais aussi des risques de volatilité. Enfin, la question de la transition énergétique mondiale et de la demande future de pétrole reste centrale pour les décideurs de la région, qui doivent équilibrer croissance économique et durabilité.
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