
McKinsey le « PowerPoint au pouvoir », 65 millions d’euros confisqués : la justice belge frappe le géant du conseil
Publié le 6.9.2026 à 11h17 – Par Daniel Foster – Temps de lecture 5mn
Virginie Joron nous explique : McKinsey, 65 millions d’euros saisis: la mise en garde qui a été ignorée
Ce soir (le 5 septembre 2026), la dépêche rapporte que la justice belge, à la demande du Parquet national financier, a procédé à la saisie conservatoire de 65,2 millions d’euros sur des comptes de la firme de conseil McKinsey. Il s’agit de la quasi‑totalité, soit 96 %, du préjudice fiscal estimé. L’enquête porte sur un dispositif de prix de transfert qui aurait permis à la branche française de l’entreprise de ne verser aucun impôt sur les sociétés entre 2011 et 2020.

Un avertissement déjà formulé
En février 2021, dès la parution d’un article de Politico, j’alertais: les réunions relatives à la campagne vaccinale du ministère de la Santé n’étaient plus animées par un représentant de l’État, mais par un consultant de McKinsey. En mars 2022, dans Valeurs actuelles, j’avançais que le scandale fiscal ne constituait que la partie émergée d’un iceberg bien plus vaste: une trahison des principes républicains. Le président de la République, se déclarant « choqué », avait pourtant, en 2021, accordé plus d’un milliard d’euros de marchés publics à des cabinets de conseil.
Une pratique qui dépasse le simple recours aux cabinets. Reuters
On me répondait que « tous les gouvernements ont recours à des cabinets ». Cette affirmation occulte l’ampleur du phénomène sous le quinquennat actuel, où les missions confiées aux cabinets de conseil sont devenues massives, centrales et affichées. McKinsey a été sollicité pour la stratégie vaccinale, pour le plan de relance, pour des contrats de défense. Le BCG a été chargé du service national, Microsoft a obtenu l’accès à des données de santé malgré les réserves de la CNIL et de la Cour de justice de l’Union européenne.
Une phrase que je n’ai jamais retirée mérite d’être rappelée: les bénéficiaires des aides personnalisées au logement (APL) seront « ravis » d’apprendre que c’est McKinsey qui a proposé de réduire de cinq euros l’aide aux plus démunis, alors même que la société a, pendant dix ans, échappé à tout impôt sur les sociétés en France.

Le pantouflage, un phénomène ancien, mais une emprise nouvelle
Le recours au pantouflage n’est pas inédit. Ce qui change, c’est l’infiltration des cabinets de conseil au cœur même de l’État. Aucun Richelieu, aucune figure de De Gaulle n’aurait confié des fonctions régaliennes à des PowerPoint venus d’Amérique. Louis XIV s’appuyait sur Vauban, Napoléon sur le Conseil d’État. Aujourd’hui, des journées de consultants sont facturées 2 700 euros, alors qu’un haut fonctionnaire coûte 362 euros à la collectivité.

Le même schéma à Bruxelles
À Bruxelles, j’ai observé une dynamique analogue. Un rapport d’avril 2020 sur l’intelligence artificielle, de 32 pages, a coûté un million d’euros; 93 % du travail a été sous‑traité, soit environ 30 000 euros la page. J’ai interrogé la Commission européenne: comment peut‑elle engager un cabinet dont le montage fiscal lui permet de contribuer à peine aux impôts des États qui le rémunèrent, tout en lui ouvrant des marchés européens? La question reste en suspens.
Une fracture démocratique
Au‑delà des factures, il s’agit d’une fracture démocratique: un État qui se liquéfie. Qui dirige réellement la France depuis huit ans? Le ministre, responsable devant le Parlement, ou le consultant dont la maison‑mère ne vise ni le bien‑être de la nation, ni la souveraineté, mais la rentabilité de ses « réformes »?
Le Sénat a documenté l’ampleur du phénomène: perquisitions de 2022, saisie du ministère de la Santé en 2024, enquêtes de Cash Investigation… Tous ces éléments confirment ce que nous dénoncions déjà: rapports factices, contrats pharaoniques, perte de souveraineté dans des domaines régaliennes.
La saisie n’est pas un jugement définitif
La saisie de 65 millions d’euros n’est pas un jugement de culpabilité. McKinsey le rappelle, et il en a le droit. Elle ne constitue pas non plus une réparation intégrale: elle ne restitue pas les années durant lesquelles l’administration française, censée servir l’intérêt général, a exécuté des feuilles de route rédigées ailleurs. Elle ne rend pas aux citoyens la certitude que les décisions prises en leur nom ont été prises par leurs élus.
Une faute morale, pas une simple présence du privé
La faute morale ne réside pas dans l’existence d’un cabinet privé, mais dans la décision d’un pouvoir élu de placer les grands corps de l’État sous l’autorité d’entités dont la logique première n’est pas l’intérêt du peuple, mais la rentabilité des « réformes ».
J’ai dénoncé ce scandale à Paris et à Bruxelles; je le répète aujourd’hui. L’argent public français et européen doit être alloué à des entreprises qui paient leurs impôts ici et répondent ici. La stratégie d’un pays ne se sous‑traite pas.
Virginie Joron, députée européenne
Sources et références
Les faits évoqués dans cette tribune reposent sur des documents publics, des enquêtes journalistiques et les interventions de l’auteure. La saisie de 65,2 millions d’euros constitue une mesure conservatoire dans le cadre d’une enquête; elle ne constitue pas une condamnation définitive.
BFMTV, 4 septembre 2026: « McKinsey soupçonné d’avoir illégalement évité l’impôt: la justice saisit 65 millions d’euros ».
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