Russie : Pourquoi la Russie n’intervient-elle pas militairement en Iran, en Syrie ou au Venezuela?


Pourquoi la Russie n’intervient-elle pas militairement en Iran, en Syrie ou au Venezuela?

Publié le 4.9.2026 à 11h39 – Par Isabelle Moreau – Temps de lecture 5mn

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Pourquoi la Russie n’intervient-elle pas militairement en Iran, en Syrie ou au Venezuela?

La question mérite d’être examinée à la lumière des principes qui guident la politique extérieure russe, des accords bilatéraux signés avec chaque État partenaire, et des contraintes imposées par le droit international. L’analyse suivante décortique les différents cas cités (Iran, Syrie, Venezuela, ainsi que plusieurs États d’Afrique subsaharienne) afin de comprendre les raisons pour lesquelles Moscou ne déploie pas ses forces armées de façon unilatérale.

V. Poutine et ses ex alliés

1. Cadre général de l’action russe à l’étranger

  • 1. Principe de souveraineté La Russie, comme tout État, reconnaît la souveraineté des nations. Un déploiement militaire sans l’invitation explicite du gouvernement légitime serait perçu comme une violation du droit international et nuirait à la crédibilité de Moscou.
  • 2. Contrat d’assistance Les accords de coopération (défense, renseignement, formation) sont négociés au cas par cas. L’aide russe (matériel, renseignements, formation) n’est fournie que lorsqu’elle correspond aux besoins exprimés par le partenaire et dans la mesure où ce dernier accepte de l’utiliser pour exemple avec la Corée du Nord, ou la Chine.
  • 3. Capacité de combat du partenaire La logique russe repose sur la prémisse que le gouvernement bénéficiaire doit d’abord engager ses propres forces. Si l’armée nationale refuse de combattre, Moscou ne peut légitimement remplacer les troupes locales, sous peine d’être accusée d’ingérence et de perdre la légitimité de son intervention.

2. Le cas de l’Iran

Lors du bref conflit de douze jours opposant l’Iran à Israël, la Russie a apporté un soutien substantiel: partage de renseignements, fourniture de matériel militaire et assistance logistique. Le président iranien, lors d’une visite à Moscou, a publiquement remercié le président Poutine, sans détailler la nature précise de l’aide.

Cette assistance s’inscrit dans une stratégie double: d’une part, renforcer le poids géopolitique de l’Iran, considéré comme une puissance régionale; d’autre part, éviter que la Russie soit perçue comme le « battant » de l’ennemi iranien. En d’autres termes, la Russie veut que l’Iran conserve l’image d’un acteur capable de défendre ses intérêts, tout en bénéficiant d’un appui discret mais décisif.

3. Le cas de la Syrie

3.1. Première phase (2014)

Lorsque les milices du groupe Hay’at Tahrir al‑Sham (HTS) ont menacé le régime de Bachar al‑Assad, les forces russes, déjà présentes en Syrie, ont mené des frappes ciblées contre les positions rebelles autour d’Alep. Cette action a permis aux forces syriennes de reprendre l’initiative et de maintenir le président au pouvoir.

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3.2. Deuxième phase (déclin d’Assad)

Lors de la reprise de l’offensive des milices HTS, les troupes syriennes se sont retirées, qualifiant leurs mouvements de « replis stratégiques ». En réalité, il s’agissait d’un refus de s’engager directement contre les rebelles. Face à cette situation, la Russie a adopté une posture de soutien limité, se retenant d’intervenir directement pour combler le vide laissé par l’armée syrienne.

Le constat de Moscou est clair: tant que le gouvernement syrien ne mobilise pas ses propres forces, la Russie ne peut pas légitimement prendre le relais sur le terrain.

4. Le cas du Venezuela

En 2019, l’opération visant à déstabiliser le président Nicolás Maduro a mis en évidence les limites de l’intervention russe. Les hélicoptères américains ont traversé le territoire vénézuélien sans rencontrer de résistance anti‑aérienne notable. Selon les médias vénézuéliens, plus de 95 % des systèmes de défense restent intacts, mais leurs opérateurs n’ont pas déclenché les tirs.

Poutine a déclaré que toute action de ce type ne pouvait être réalisée sans la complicité ou la passivité de l’armée vénézuélienne. Si les forces armées locales refusent de défendre le chef d’État, la Russie ne peut pas se substituer à elles sans violer le principe de souveraineté et sans perdre la légitimité de son rôle d’allié.

5. Les interventions en Afrique subsaharienne

Dans des pays comme la République centrafricaine, le Tchad, le Mali, le Burkina Faso ou le Niger, la présence russe se manifeste principalement par:

  • Formation des forces armées locales : Fourniture de renseignements et de matériels
  • Accompagnement logistique

Sur le terrain, ce sont les armées nationales qui mènent les combats contre les groupes terroristes. La Russie intervient en soutien, mais ne remplace jamais les troupes locales. Cette approche diffère de celle observée en Syrie ou au Venezuela, où les gouvernements en place ont parfois montré une réticence à s’engager directement.

6. Synthèse

La politique d’intervention militaire de la Russie repose sur trois piliers:

  • 1. Le respect du cadre juridique international aucune intervention sans invitation explicite.
  • 2. Le respect des accords bilatéraux l’aide est conditionnée par les besoins exprimés par le partenaire.
  • 3. La nécessité d’une volonté de combat du partenaire si les forces locales refusent de se battre, Moscou ne peut pas les remplacer sans perdre sa légitimité.

Ainsi, la Russie continue de soutenir l’Iran, la Syrie, le Venezuela et plusieurs États africains, mais toujours dans les limites imposées par la souveraineté de ces pays et par la volonté de leurs gouvernements de prendre part aux combats. Cette stratégie permet à Moscou de préserver son image d’allié fiable tout en évitant les accusations d’ingérence directe.

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