
La France à deux vitesses : le père de Sarah El Haïry, ministre de la Jeunesse, impliqué dans une affaire de violence policière
Publié le 24.5.2026 à 23h11 – Par Sarah Müller – Temps de lecture 5mn
Course-poursuite à Stains : le père de la ministre Sarah El Haïry à bord du véhicule qui a volontairement fauché un policier. Il a été remis en liberté sans (course) poursuites ! Selon que vous serez puissant ou misérable…
Un fait divers qui, à lui seul, pourrait résumer l’état de délabrement de l’autorité dans ce pays, et accessoirement, le fossé abyssal qui sépare la caste dirigeante du commun des mortels.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, les rues de Stains ont été le théâtre d’une scène d’une violence absolue. Une Renault Twingo blanche, lancée à une allure folle, est repérée par les forces de l’ordre. S’ensuit alors ce qui est devenu une routine dans la France de 2026 : un refus d’obtempérer, une course-poursuite mobilisant pas moins de 13 équipages de police entre la Seine-Saint-Denis et le Val-d’Oise, jusqu’à Sarcelles.
Jusque-là, un énième rodéo urbain, pensera-t-on. Sauf que l’affaire prend une tournure aussi nauséabonde que symbolique.
Au terme de cette traque, le chauffard, un individu sans permis et ivre au volant, ne se contente pas de fuir. Il prend délibérément pour cible un véhicule de police, qu’il percute avec une violence inouïe. Un fonctionnaire de police a été sérieusement blessé au genou droit. Un homme en uniforme, qui ne faisait que son travail, fauché volontairement par un délinquant de la route. Son tort ? Avoir voulu faire respecter la loi.
Le conducteur, arrêté, correspond au portrait-robot du multirécidiviste de l’irrespect : défaut de permis, alcoolémie positive. Mais là où l’histoire bascule de l’épais fait divers au scandale d’État, c’est lorsqu’on découvre l’identité de son passager.

Il ne s’agit pas d’un comparse anonyme. L’homme assis dans la voiture folle, celle qui a délibérément tenté d’écraser un gendarme, est le père de Sarah El Haïry, ministre déléguée chargée de l’Enfance, de la Jeunesse et des Familles. Lui aussi a été interpellé. Puis, comme par enchantement, il a été remis en liberté. Aucune charge retenue.
Qu’on s’attarde un instant sur cette séquence lunaire : un équipage sauvage, treize véhicules de police mobilisés en pleine nuit, un représentant des forces de l’ordre délibérément percuté et blessé, et à bord du bolide, on retrouve un proche parent d’un membre éminent du gouvernement. Le tout se conclut par un tourniquet judiciaire pour le passager VIP, pendant que le policier, lui, soigne ses blessures et rumine l’humiliation.

La ministre El Haïry, en charge de la Jeunesse et des Familles, l’ironie est cruelle, va-t-elle s’exprimer ? Va-t-elle condamner, ne serait-ce que le fait de se trouver à bord d’un tel véhicule conduit par un tel individu ? Ou faudra-t-il, comme d’habitude, se contenter d’un silence assourdissant pendant que le père de la ministre retourne à ses occupations comme si de rien n’était ?
Cette affaire n’est pas qu’un simple fait divers. C’est le miroir d’une France à deux vitesses : celle des citoyens ordinaires, pour qui une interpellation se solde rarement par un simple retour à la maison, et celle des proches du pouvoir, qui semblent bénéficier d’une immunité de fait. Quand un proche de ministre est passager d’une voiture qui manque de tuer un policier, et qu’il ressort libre avant même que le fonctionnaire blessé ne soit remis sur pied, on est en droit de hurler au scandale. Et à l’injustice crasse.
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