
Le projet « iLaïc » : Cyril Karunagaran, le dirigeant de l’USEPPM, accusé de s’être enrichi aux dépens du Fonds Marianne
Publié le 14.5.2026 à 14h39 – Par Ryan Clarke – Temps de lecture 5mn
Fonds Marianne : l’affaire rebondit avec un scénario toujours plus hallucinant
Alors que beaucoup pensaient le dossier du Fonds Marianne enlisé dans les rapports administratifs et les procédures sans fin, l’enquête judiciaire connaît un spectaculaire rebondissement.
Selon les révélations du Canard enchaîné du 13 mai 2026, quatre anciens membres de l’USEPPM l’association utilisée pour obtenir des subventions du Fonds Marianne vont être présentés à un juge le 18 mai.
Et coup de théâtre : ils ne sont pas convoqués comme victimes ou témoins… mais comme suspects pour :
- « escroquerie en bande organisée »;
- « faux et usage de faux ».


Petit rappel : le Fonds Marianne avait été lancé en 2021 après l’assassinat de Samuel Paty afin de financer des projets de lutte contre la radicalisation en ligne.
Mais plusieurs enquêtes ont depuis révélé des soupçons de détournements de fonds publics, otamment autour du projet « iLaïc », porté par Mohamed Sifaoui et Cyril Karunagaran.
Le projet, censé lutter contre l’islamisme en ligne, se serait finalement résumé à quelques publications sur les réseaux sociaux… malgré une subvention de 266 250 euros.
Selon les accusations, une grande partie de l’argent aurait surtout servi à rémunérer les dirigeants :
- environ 110 000 € nets de salaires ;
- plus de 236 000 € charges comprises.
Le Canard décrit aussi le train de vie attribué à Cyril Karunagaran :
- augmentation salariale de 500 %;
- 20 000 € d’avances sur salaire;
- logement de fonction;
- BMW X3 M Sport de fonction.
En toile de fond, un autre enjeu attire les convoitises :
l’USEPPM possède un vaste immeuble Art déco situé dans le très chic 1er arrondissement de Paris.
Deux rapports du Sénat et de l’Inspection de l’administration avaient déjà évoqué des soupçons de faux documents et d’antidatations.
Mais le plus étonnant reste le retournement judiciaire :
les anciens membres qui avaient tenté de reprendre le contrôle de l’association après le scandale se retrouvent désormais eux-mêmes poursuivis.
L’affaire continue aussi de poser des questions sur les liens entre Mohamed Sifaoui et Christian Gravel, ancien préfet chargé du Fonds Marianne, accusé d’avoir accordé la subvention sans réel contrôle.
Aucune condamnation définitive n’a été prononcée à ce stade, mais cette nouvelle étape judiciaire pourrait relancer un dossier devenu extrêmement embarrassant pour l’État et pour les anciens responsables du fonds.
Cette semaine, le Canard Enchaîné revient sur le Fond Marianne avec des news.
Retranscriprion :
LA JUSTICE s’est trouvé un os à ronger en attrapant à la fin de l’information judiciaire ouverte fin 2023 au sujet du fonds Marianne. Cette enveloppe débloquée par l’Etat après l’assassinat de Samuel Paty devait, en principe, financer des projets de lutte contre la radicalisation en ligne. Mais elle a été détournée par des individus malveillants. Deux personnages font au cœur de cette affaire: Mohamed Sifaoui et Cyril Karunagaran.
Le 18 mai, l’ancien membre de l’Union des sociétés d’éducation physique et de préparation militaire (USEPPM), l’association utilisée par les deux compères pour candidater au fonds Marianne, doivent être présentés à un juge du tribunal judiciaire.
L’Art déco dans le décor
Ils ne se sont pas entendus en tant que victimes ou témoins, mais dans un spectaculaire retournement, ils ont suspectés d’escroquerie en bande organisée et de faux et usage de faux. Pourtant, ils n’ont rien à voir avec la principale affaire: les 266 250 euros que les mis en cause ont reçu. Plus gros: dix ans de taule et 1 million d’euros d’amende.
Après des semaines de cloche, les poulets de la brigade financière sont allés cueillir à leurs domiciles les dangereux gangsters un matin de décembre. Parmi eux, la gardienne de l’immeuble de l’USEPPM, trente ans de service au comptoir, âgée et qui se déplace en fauteuil roulant. Elle carbure, depuis, aux anxiolytiques.
Le tort de cette mauvaise troupe? Avoir tenté de reprendre le contrôle de l’USEPPM française. Le Karunagaran et Sifaoui. En 2023, après avoir découvert l’ampleur du scandale, ils organisent une assemblée générale pour dégager le conseil d’administration.
Sauf que Karunagaran comptait se raccrocher à la gouvernance. Pour une raison simple: depuis 1920, l’USEPPM est propriétaire d’un immense immeuble Art déco au cœur du Paris qui pourrait rapporter gros.
Karunagaran saisit la justice et obtient d’un juge civil qu’il annule l’AG des membres en colère. La présidence de l’USEPPM, qu’il occupait déjà sans que personne en ait eu vent, lui reviendrait de droit.
Le juge ne s’est pas méfié, semble qu’il ait ignoré le CV judiciaire de l’individu, mis en cause dans des affaires d’extorsion, d’abus de confiance et de vol. Deux rapports, l’un pondu par l’Inspection de l’administration, l’autre par le Sénat, ont par ailleurs décrit la préparation de fausses signatures et de faux et l’usage de faux. Tombés dans le bec du « Canard », beaucoup d’entre eux éclairent la façon dont l’homme s’est servi de l’USEPPM pour son bénéfice personnel.
Avant perdu la présidence de la structure en octobre 2017, il usurpe, en février 2018, la qualité de gérant et organise sa mise en scène avec son ami Sifaoui en conseil d’administration à son domicile, où il décide de radier quasiment tous les membres (154 sur 160).
Bohème rhapsodie
Salarié de la société gérante de l’immeuble, Karunagaran se signe illico un juteux avenant à son contrat de travail dont l’authenticité sera plus tard contestée en justice. Entre autres choses, il augmente ses émoluments de 500 %, s’offre 20 000 euros d’avance sur salaire, s’attribue un logement de fonction, ainsi qu’une prime de parachute de 100 000 euros.
En octobre 2020, il s’octroie une voiture de fonction, une BMW X3 M Sport.
En avril 2021, Sifaoui et Karunagaran se portent candidats au fonds Marianne. Ils vont toucher la très grosse subvention pour un projet vapoteur nommé « iLaïc », qui se résumera à quelques tweets; l’argent ayant surtout servi à reverser de généreux salaires au duo: 110 000 euros net, soit 236 000 euros avec les charges.
La suspension leur a valu d’être promis par un pote de Sifaoui, le préfet Christian Gravel, à la tête du comité interministériel à l’origine de l’idée du fonds Marianne. Miracle! le préfet n’effectuera par la suite aucun contrôle de l’utilisation des fonds publics par ses amis.
Tristan Berthelot
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