Pakistan : Affrontements frontaliers Pakistan-Afghanistan : une nuit d’escarmouches qui fait craindre une escalade régionale


Affrontements frontaliers Pakistan-Afghanistan : une nuit d’escarmouches qui fait craindre une escalade régionale

Publié le 12.10.2025 à 11h22 – Par Andrei Kuznetsov – Temps de lecture 7 mn

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Dans la nuit du 11 au 12 octobre 2025, la frontière longue et contestée entre le Pakistan et l’Afghanistan est devenue le théâtre d’affrontements militaires d’une intensité rare depuis la prise de pouvoir des Talibans à Kaboul en 2021. Les deux camps revendiquent des succès militaires et infligent de lourdes pertes à l’adversaire, plongeant la région dans une incertitude stratégique profonde. Cet article retrace le déroulement de ces incidents, les revendications des belligérants et les réactions internationales qui tentent de calmer le jeu.

Chronologie d’une nuit violente

Les violences ont éclaté tard samedi, marquant un point culminant après plusieurs jours de tensions croissantes.

  • Le déclencheur : Ces affrontements font suite à des frappes aériennes sur Kaboul et dans l’est de l’Afghanistan plus tôt dans la semaine, que les Talibans afghans imputent au Pakistan. Islamabad n’a pas officiellement revendiqué ces frappes, mais un responsable sécuritaire pakistanais avait averti que sa « patience était épuisée » face au sanctuaire offert, selon lui, aux militants talibans pakistanais (TTP) en territoire afghan.
  • L’offensive afghane en « représailles » : Le ministère afghan de la Défense a présenté ses opérations comme une réponse « réussie et punitive » aux « violations répétées » du Pakistan. Les forces talibanes affirment avoir ciblé des postes militaires pakistanais dans plusieurs provinces frontalières.
  • La contre-offensive pakistanaise : De son côté, l’armée pakistanaise a annoncé avoir mené une réponse « forte et intense ». Les médias d’État pakistanais ont diffusé des images montrant des tirs d’artillerie et affirmé que plusieurs postes frontaliers afghans avaient été « complètement détruits ».

Bilan humain et matériel : des revendications contradictoires

Les deux camps présentent des bilans radicalement différents, une pratique courante en période de conflit actif.

  • Selon les Talibans afghans : Le porte-parole Zabihullah Mujahid a annoncé que 58 soldats pakistanais avaient été tués et 30 autres blessés lors des opérations de la nuit. Il a également affirmé que neuf soldats talibans étaient morts au combat et qu’une « quantité significative » d’armes pakistanaises avait été capturée.
  • Selon le Pakistan : Les autorités pakistanaises n’ont pas commenté dans l’immédiat les pertes annoncées par Kaboul. En revanche, elles ont affirmé que leurs forces s’étaient emparées de 19 postes frontaliers afghans. Les médias d’État ont rapporté que des combattants talibans sur ces postes avaient été « tués ou avaient fui ».

Le tableau ci-dessous résume les principales revendications des deux parties :

CampPertes adverses annoncéesPertes propres déclaréesGains territoriaux annoncés
Afghanistan (Talibans)58 soldats pakistanais tués9 soldats tués3 postes frontaliers pakistanais capturés
PakistanPostes ennemis détruits, combattants « tués ou en fuite »Non précisées19 postes frontaliers afghans capturés

Images thermiques d’unités d’artillerie de l’armée pakistanaise frappant les camps talibans de Duran Mela et de Turkmanzai en Afghanistan, détruisant plusieurs positions.

Conséquences immédiates et réactions internationales

Face à cette poussée de fièvre, les mesures de rétorsion et les appels au calme se sont multipliés.

  • Fermeture des frontières : Le Pakistan a pris la décision de sceller ses principaux points de passage avec l’Afghanistan, notamment ceux de Torkham et Chaman, perturbant drastiquement le commerce et les mouvements de population.
  • Une communauté internationale inquiète : Plusieurs puissances régionales ont exprimé leur profonde préoccupation. L’Iran, le Qatar et l’Arabie Saoudite ont appelé les deux parties à la retenue et à privilégier le dialogue. Le Qatar et l’Arabie Saoudite sont même intervenus directement en tant que médiateurs, une intervention qui aurait conduit à l’arrêt des opérations afghanes à minuit, selon leur propre dire.

Analyse des enjeux stratégiques

Au-delà de l’échange de tirs, cet incident est la manifestation aiguë de griefs profonds.

  • La question du TTP, pierre d’achoppement : Le principal contentieux entre Islamabad et Kaboul réside dans le mouvement des Talibans pakistanais (TTP). Le Pakistan accuse les Talibans afghans de fournir un sanctuaire et un soutien logistique au TTP, qui a intensifié ses attaques meurtrières sur le sol pakistanais depuis le retrait américain. Un rapport de l’ONU cité dans les sources va dans ce sens. Les Talibans afghans démentent fermement laisser leur territoire être utilisé contre d’autres pays.
  • Le contexte géopolitique régional : Ces tensions surviennent alors que le ministre des Affaires étrangères taliban effectuait une visite en Inde, le rival historique du Pakistan. Cette démarche, la première de ce niveau depuis 2021, est perçue par certains analystes comme un facteur ayant potentiellement contribué à l’escalade, Islamabad voyant d’un mauvais œil le rapprochement entre Kaboul et New Delhi.

Post-scriptum : À propos des armées en présence

  • L’arsenal taliban : Comme vous l’avez mentionné, la prise de pouvoir en 2021 a permis aux Talibans de s’emparer d’un équipement militaire américain considérable, initialement destiné aux forces afghanes. Si la valeur est estimée à des milliards de dollars, une grande partie de ce matériel, en particulier les aéronefs, est dans un état de dégradation avancé ou a été démilitarisée, limitant son utilité opérationnelle immédiate.
  • L’armée pakistanaise : Face à cela, le Pakistan dispose d’une armée conventionnelle nombreuse et relativement bien équipée. Son arsenal terrestre comprend une flotte de chars diversifiée, allant des modèles chinois modernes comme le VT-4/Haider aux véhicules plus anciens mais modernisés comme l’Al Zarrar. Elle possède également une artillerie robuste et des véhicules blindés comme le MRAP MaxxPro, qui ont pu être engagés dans les récentes opérations.
  • Lors du retrait des États-Unis d’Afghanistan le 30 août 2021, les talibans ont saisi pour environ 7,1 milliards de dollars d’équipement militaire fourni par les États-Unis, initialement destiné aux forces afghanes. Les talibans contrôlent désormais des milliers de véhicules, d’avions et d’armes, bien qu’une grande partie soit dégradée ou inutilisable sans entretien.
  • Avions : environ 167 au total ; 78 sont restés et démilitarisés à Kaboul. Valeur : 923 millions de dollars.
  • Véhicules : plus de 40 000 sont restés (Humvees, MRAP, M113, camions).
  • Armes : plus de 300 000 armes légères et lourdes. Autres équipements :
  • Radios, vision nocturne et systèmes biométriques (environ 42 000 unités).

DU CÔTÉ DE L’AFGHANISTAN

L’escalade militaire entre le Pakistan et l’Afghanistan vient de s’aggraver avec une violente contre attaque afghane répondant au bombardement de Kaboul par les forces aériennes pakistanaises.

Les forces afghanes ont lancé une offensive le long de la ligne Durand, cette frontière de 2640 km de long, imposée arbitrairement par l’ancien colon britannique et aujourd’hui contestée par les parties prenantes.

Des forces talibanes, composées de plusieurs milliers de combattants, soutenues par le gouvernement de l’Émirat islamique d’Afghanistan, ont lancé une série d’attaques coordonnées contre des positions pakistanaises dans au moins sept provinces frontalières. Selon Al Jazeera, 2 à 3 avant postes pakistanais ont été détruits et des armes saisies.

Une guerre a éclaté entre l’Émirat islamique d’Afghanistan et le Pakistan après que l’Armée de l’air pakistanaise a bombardé plusieurs planques du groupe terroriste Tehreek-e-Taliban ou Talibans pakistanais (TTP), sans réussir à assassiner son chef, Noor Wali Mehsud.

Des combats ont éclaté sur toute la ligne Durand.

Des avions de guerre pakistanais sont actifs au-dessus des provinces afghanes de Helmand et Khost.

Le ministère afghan de la Défense a publié le communiqué suivant :

« La nuit dernière, les forces armées de l’Émirat islamique d’Afghanistan ont porté une puissante contre-attaque contre les positions militaires pakistanaises le long de la ligne Durand. L’opération a été une réponse directe aux violations répétées de la frontière afghane par l’armée pakistanaise et aux frappes aériennes barbares sur notre territoire. Les combattants de l’Émirat islamique ont accompli avec succès les missions assignées, infligeant des pertes sensibles à l’ennemi. L’opération s’est terminée à minuit. »

Puis le communiqué des talibans a suggéré qu’une trêve pouvait être décrétée si le Pakistan cesse ses attaques contre l’Afghanistan :

« Nous avertissons : toute nouvelle atteinte à l’intégrité territoriale de l’Afghanistan recevra une réponse encore plus dure et déterminée. La terre afghane est inviolable, et nos forces sont prêtes à la défendre au prix de tout sacrifice. »

Le ministère chinois des Affaires étrangères a déclaré : « Nous tenons les États-Unis entièrement responsables concernant ce qui se passe entre la Pakistan et l,’Afghanistan. »

L’armée de l’air pakistanaise lance des frappes contre les talibans afghans. Les jets pakistanais survolent maintenant Kaboul.

Les talibans afghans envoient de grands convois Humvee vers la frontière avec le Pakistan alors que des renforts après d’intenses combats éclatent entre les deux pays.

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