Égypte : Exercices navals égypto-turcs en Méditerranée : un nouveau front stratégique se dessine face à l’isolement croissant de Netanyahu


Exercices navals égypto-turcs en Méditerranée : un nouveau front stratégique se dessine face à l’isolement croissant de Netanyahu

Publié le 23.9.2025 à 10h34 – Par Luca Giordano – Temps de lecture 6 mn

5/5 (8 votes)

Alors qu’une vague de reconnaissances de l’État palestinien embrase l’ONU, le rapprochement militaire entre Le Caire et Ankara envoie un message de défiance à un Premier ministre israélien acculé par le temps politique et la diplomatie internationale.

La Turquie et l’Égypte reprennent les exercices navals conjoints après une pause de 13 ans

Le ministère turc de la Défense annonce une coopération militaire majeure et un réalignement stratégique renouvelé. Ils auront lieu du 22 au 26 septembre

Petit exemple d’erreurs de calculs des USA en laissant faire Israël. La Turquie ce sont les Frères Musulmans, l’Égypte de Sisi détestent les Frères Musulmans. Et grâce à Israël, ils se rapprochent.

[NEW YORK, Le 23 septembre 2025] — Dans un timing parfaitement orchestré, la Méditerranée orientale est devenue, ce lundi 22 septembre, le théâtre d’un réalignement géostratégique majeur. Pendant que l’Assemblée générale des Nations unies vibrait des reconnaissances historiques de l’État de Palestine par plusieurs puissances occidentales, les marines égyptienne et turque entamaient des manœuvres navales conjointes, une première depuis treize ans. Ce double coup de force diplomatique et militaire semble sceller l’encerclement progressif d’un Benyamin Nétanyahu dont les options se réduisent comme peau de chagrin.

L’Égypte réaffirme son soutien indéfectible à la création d’un État palestinien et approuve le rapport des Nations unies accusant Israël de génocide.

Son son a également été coupé, tout comme celui de la Turquie et de l’Indonésie. Aujourd’hui, trois dirigeants d’États à majorité musulmane ont vu leurs sons coupés en raison de « problèmes techniques ». Les médias turcs ont accusé les Israéliens de sabotage.

Une démonstration de force qui parle d’elle-même

Baptisé « Friendship Sea » (« Mer de l’Amitié »), cet exercice naval mobilisera jusqu’au 26 septembre des frégates, des vedettes rapides, un sous-marin et des chasseurs F-16 turcs aux côtés d’unités navales égyptiennes. Officiellement, il s’agit de « renforcer la coopération sécuritaire et militaire » entre les deux pays. Mais dans le langage codé de la géopolitique, ce ballet militaire à quelques encablures des côtes israéliennes est un message, on ne peut plus clair : la région s’organise sans et contre les velléités expansionnistes de l’actuel gouvernement israélien.

Traduction du X :
Des manœuvres navales entre la Turquie et l'Egypte ont été annoncées..... Il convient de mentionner qu'elles auront lieu sur les côtes orientales de l'Egypte depuis la mer Méditerranée. La question ici est pourquoi maintenant en conjonction avec la flottille Al-Sumuda ?!

Des experts militaires égyptiens l’assument sans détours : ces manœuvres envoient un message ferme quant aux « illusions d’expansion israélienne », en référence récente à des déclarations de responsables israéliens évoquant des prétentions sur une partie du territoire égyptien. Un général égyptien affirme qu’elles constituent « une réponse opérationnelle puissante à toute menace à la souveraineté nationale ». De quoi faire pâlir d’inquiétude à Jérusalem, où l’on voit se former une alliance régionale inédite.

L’ONU, autre front de l’isolement israélien

À lire aussi :  Turquie : Le consulat israélien à Istanbul attaqué ; 1 tireur mort, 2 blessés lors d’une fusillade avec la police

Pendant ce temps, à New York, le pilier diplomatique de cette offensive se consolidait. Comme prévu, le président français Emmanuel Macron a reconnu, depuis le pupitre de l’ONU, l’État de Palestine, emboîtant le pas au Royaume-Uni, au Canada, à l’Australie et au Portugal la veille. Cette lame de fond, portée par des alliés traditionnels d’Israël, isole un peu plus le gouvernement Nétanyahou, qui ne peut plus compter que sur le soutien indéfectible, mais de plus en plus contraint, des États-Unis.

La réaction israélienne ne s’est pas fait attendre, qualifiant ces reconnaissances de « performance, rien de plus qu’un coup de publicité » et une initiative qui « prolongera la guerre ». Une rhétorique éculée qui semble désormais frapper à l’oreille d’un mur, tant la dynamique internationale a changé. Preuve de cet isolement croissant : l’initiative onusienne était co-présidée par la France et l’Arabie saoudite, un partenaire que Nétanyahu rêvait de rallier à la cause de la normalisation.

L’absence saoudienne : un désaveu cinglant

Le coup de théâtre est venu de Riyad. Alors que sa présence était annoncée, le prince héritier Mohammed Ben Salman a brillé par son absence à la conférence de l’ONU, même en visioconférence. Ce rendez-vous manqué est un désaveu cinglant pour le Premier ministre israélien. L’Arabie saoudite, pierre angulaire de toute stratégie de normalisation régionale, tourne le dos à un gouvernement israélien perçu comme infréquentable et irrécupérable. Elle appelle désormais, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, tous les pays à reconnaître la Palestine, enterrant de fait les Accords d’Abraham dont Nétanyahu se voulait l’architecte.

La course contre la montre d’un Premier ministre acculé

Face à cette double pression, militaire et diplomatique, Benyamin Nétanyahu donne l’impression de jouer son va-tout. Ses menaces d’annexer des parties de la Cisjordanie et de poursuitre la colonisation sentent le baroud d’honneur d’un homme aux abois. Il sait que le temps politique lui est compté. Les élections en Israël approchent à grands pas, et la perspective de la défaite, puis possiblement de poursuites judiciaires, doit lui donner des sueurs froides.

La communauté internationale semble avoir tiré les leçons de l’échec des approches passées. En liant explicitement la reconnaissance de la Palestine au désarmement du Hamas et à des réformes de l’Autorité palestinienne, les puissances occidentales coupent l’herbe sous le pied du discours israélien qui les accuse de soutenir le terrorisme. La feuille de route est claire : un cessez-le-feu immédiat, la libération des otages, un État palestinien viable et souverain, et des garanties de sécurité pour tous, incluant Israël.

Conclusion : Le message est désormais on ne peut plus clair.

Tandis que la Turquie et l’Égypte, hier rivales, unissent leurs flottes pour garantir la sécurité de la Méditerranée orientale, la communauté internationale, menée par des alliés de longue date d’Israël, dessine les contours de l’après-Nétanyahu. Le rideau tombe sur une ère de politique unilatérale, et se lève sur un nouvel équilibre régional où Israël devra, pour exister sereinement, apprendre à composer avec un État palestinien reconnu et des voisins solidaires. La question n’est plus de savoir si ce changement va s’opérer, mais si Benyamin Nétanyahu assistera à cette métamorphose en homme d’État… ou depuis le box des accusés.

✉️ Abonnez-vous pour ne rien manquer de l’actualité géopolitique.


En savoir plus sur L'Informateur

Subscribe to get the latest posts sent to your email.