Histoire : Le Mirage IIIV : l’ambition VTOL supersonique de la France face au supersonique


Le Mirage IIIV : l’ambition VTOL supersonique de la France face aux géants de l’aviation

Publié le 30.8.2025 à 09h20 – Par Marc Dufresne – Temps de lecture 5 mn

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Dans l’histoire de l’aviation militaire, la course aux avions à décollage et atterrissage verticaux (VTOL) a été marquée par des innovations audacieuses et des échecs tragiques. Parmi ces projets, le Dassault Mirage IIIV et son prédécesseur, le Balzac V, symbolisent l’audace technologique de la France dans les années 1960. Capables de rivaliser avec les projets britanniques, américains et soviétiques, ces avions ont brièvement fait de la France un acteur clé du domaine VTOL supersonique. Pourtant, malgré des records de vitesse impressionnants, des problèmes de conception et des accidents ont condamné leur carrière opérationnelle. Retour sur une aventure méconnue, où l’ambition française a frôlé l’impossible.

Mirage IIIV crash, 1966, Pannes de vol – Dassault Mirage IIIV. Crédit on vidéo

Contexte : La course VTOL et le défi de l’OTAN

Dans les années 1960, l’OTAN lance le NATO Basic Military Requirement 3 (NBMR-3), un appel à projets pour un avion de combat VTOL supersonique. Les spécifications sont exigeantes : un rayon de combat de 460 km, une vitesse de croisière de Mach 0.92 et une capacité d’emport de 910 kg de charge utile. Deux projets émergent : le British Hawker Siddeley P.1154 (ancêtre du Harrier) et le Dassault Mirage IIIV français. Ce dernier, bien que techniquement plus complexe, bénéficie d’un soutien politique grâce à son approche multinationale, impliquant notamment la British Aircraft Corporation.

Le Balzac V : Un démonstrateur risqué

Avant le Mirage IIIV, Dassault développe le Balzac V, un démonstrateur VTOL basé sur le prototype du Mirage III. Équipé de huit moteurs de levage Rolls-Royce RB.108 et d’un moteur principal Bristol Orpheus, il effectue son premier vol stationnaire en octobre 1962. Dès mars 1963, il réalise avec succès la transition du vol vertical au vol horizontal. Cependant, deux accidents mortels surviennent :

  • janvier 1964 : Perte de contrôle lors d’un vol stationnaire à basse altitude, entraînant la mort du pilote Jacques Pinier.
  • septembre 1965 : Second accident lors d’une évaluation par un pilote américain, probablement dû à une panne hydraulique et à une panne en carburant.

Malgré ces revers, le Balzac V prouve la faisabilité du concept, ouvrant la voie au Mirage IIIV.

Le Mirage IIIV : Une ingénierie audacieuse

Le Mirage IIIV est une version agrandie et supersonique du Balzac V. Il intègre :

  • Neuf moteurs : Un turboréacteur principal SNECMA TF106 (dérivé du Pratt & Whitney JTF10) pour la propulsion horizontale, et huit moteurs de levage Rolls-Royce RB162-1 pour le décollage vertical.
  • Une cellule agrandie : Fuselage plus long et aile à flèche composée pour supporter la charge supplémentaire.
  • Des portes deflectrices : Pour diriger les gaz chauds lors des phases verticales et éviter les ingestions de débris.
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Le premier prototype effectue son vol stationnaire en février 1965, et atteint Mach 1.32 en vol horizontal. Le second prototype, équipé d’un moteur TF306 plus puissant, pulvérise un record en septembre 1966 en atteignant Mach 2.04, restant à ce jour l’avion VTOL le plus rapide de l’histoire.

Des défauts fatals : Complexité et accidents

Malgré ses performances, le Mirage IIIV souffre de problèmes structurels :

  1. Complexité mécanique : Neuf moteurs exigent une maintenance lourde et réduisent la fiabilité.
  2. Pénalités de poids : Les moteurs de levage alourdissent l’appareil, limitant son rayon d’action et sa charge utile.
  3. Instabilité en vol stationnaire : Les « puffer pipes » (systèmes de stabilisation) se révèlent insuffisants à basse altitude.

Le 28 novembre 1966, le second prototype s’écrase lors de tests d’instabilité latérale. Cet accident, couplé à l’annulation du programme NBMR-3 par l’OTAN, sonne le glas du projet.

Héritage et leçons d’un échec

Bien que le Mirage IIIV n’ait jamais été produit en série, il influence l’aviation moderne :

  • Retombées technologiques : Son système de contrôle de vol et ses innovations électriques sont réutilisés dans le Dassault Mirage F1.
  • Preuve de concept : Il démontre que le VTOL supersonique est réalisable, même si le coût opérationnel est prohibitif.
  • Concurrence internationale : Face au Harrier britannique (simple et plus fiable) et aux projets soviétiques comme le Yak-38, la France choisira finalement de se concentrer sur des avions conventionnels comme le Rafale.

YAK 38 soviétique
Harrier Britannique

Conclusion : L’audace d’un rêve vertical

Le Mirage IIIV incarne l’ambition française de rivaliser avec les grandes puissances aéronautiques. Si ses défauts pratiques l’ont condamné, il reste un témoignage de l’innovation audacieuse des ingénieurs de Dassault. Dans l’épopée des « flying failures », il rappelle que les échecs sont souvent les précurseurs des réussites futures. Aujourd’hui, exposé au Musée de l’Air et de l’Espace du Bourget, il inspire toujours autant qu’il interroge : et si la France avait persévéré ?.

Points de vue personnels :
Cet article reflète mon analyse des défis techniques et historiques du Mirage IIIV. Les images et vidéos utilisées proviennent de sources publiques ou de collaborations avec des historiens de l’aviation. Merci aux créateurs qui ont partagé leurs archives pour perpétuer la mémoire de ces machines extraordinaires. Pour en savoir plus, consultez les ressources historiques de Dassault Aviation et les archives de l’OTAN sur les programmes VTOL des années 1960.

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