
Pétrole, Or et Gunboat Diplomacy : La « Croisade Anti-Drogue » de Trump au Venezuela ou le Grand Jeu Impérialiste ?
Publié le 29.8.2025 à 20h10 – Par Pauline Dupont – Temps de lecture 8 mn
Alors que Donald Trump déploie des destroyers et un sous-marin nucléaire au large du Venezuela sous prétexte de lutter contre les cartels de la drogue, les observateurs avisés ne s’y trompent pas : cette démonstration de force sent davantage le pétrole que la cocaïne. Derrière les discours moralisateurs sur le narcotrafic accusations que Maduro qualifie d’« extravagantes » se cache une vieille recette de la realpolitik américaine : soutenir les intérêts des multinationales comme Chevron, tout en confisquant les ressources stratégiques des nations récalcitrantes.

Le navire d’assaut amphibie USS Iwo Jima de la marine américaine QUITTE Norfolk, en Virginie. Il se dirigerait vers le Venezuela. Des hélicoptères et des AVIONS ont été aperçus sur le pont.
Pourquoi les États-Unis, et pourquoi envahir le Venezuela ?
Pour forcer Maduro à offrir les concessions pétrolières du pays producteurs à Chevron, et pas que, la banque d’Angleterre refuse aussi de rendre à l’état vénézuélien ces centaines de tonnes d’or jadis conservé à la City de Londres. Comprenez-vous ?
Chevron, le bénéficiaire inattendu des « sanctions humanitaires »
Malgré les sanctions économiques imposées au régime Maduro, Washington a discrètement accordé à Chevron une licence pour reprendre ses activités pétrolières au Venezuela, à condition que « pas un dollar ne profite à Maduro ». Une hypocrisie magnifique : alors que Trump accusait Biden d’avoir été « faible » avec Caracas, son administration valide soudainement des accords qui profitent… à Chevron, dont les investissements historiques dans le pays sont considérables. Mieux encore : des élus républicains, jadis fermement opposés à toute concession, applaudissent maintenant ce revirement stratégique. La raison ? Les raffineries du Texas ont besoin du pétrole lourd vénézuélien, et Washington préfère que cet or noir aille à Chevron plutôt qu’à la Chine.
L’or vénézuélien bloqué à Londres : une spoliation légale ?
Pendant ce temps, la Banque d’Angleterre refuse de restituer à Caracas ses 1 milliard de dollars d’or stockés à Londres, une décision validée par la justice britannique, qui reconnaît Juan Guaidó (pourtant sans pouvoir réel) comme légitime destinataire. Le prétexte ? Empêcher Maduro de financer ses « alliés étrangers ». Traduction : priver le Venezuela de ses réserves financières pour asphyxier son économie. Une méthode éprouvée qui rappelle étrangement le gel des actifs iraniens ou afghans…
La « menace chinoise », épouvantail pratique
Face à cette pression, Maduro se tourne vers Pékin, qui fournit au Venezuela un soutien économique, diplomatique et militaire. La Chine, pragmatique, profite des sanctions américaines pour renforcer son emprise sur les ressources vénézuéliennes et étendre son influence en Amérique latine. Ironie de l’histoire : plus Washington serre la vis, plus Caracas se rapproche de Pékin un résultat contraire aux intérêts américains, mais prévisible pour quiconque comprend que la realpolitik l’emporte toujours sur la morale.
Gunboat diplomacy ou théâtre de marionnettes ?
Trump, qui admirait secrètement Maduro pour sa « force », joue désormais les justiciers des Caraïbes. Ses destroyers sont-ils vraiment là pour capturer un « narco-dictateur » ? Ou pour impressionner les électeurs de Floride et satisfaire les faucons du Parti républicain ? Les experts doutent sérieusement d’une invasion : « avec 4 500 hommes, on n’envahit pas un pays de cette taille ». Il s’agirait plutôt d’une opération de communication à grand spectacle un « psyop amateur » selon Christopher Sabatini de Chatham House.
Conclusion : le Venezuela, champ de bataille des puissances
Cette crise résume les contradictions de la politique étrangère américaine : des sanctions qui renforcent la Chine, des discours humanitaires qui masquent des intérêts pétroliers, et une diplomatie de la canonnière qui fait sourire les stratèges de Pékin. Pendant que Washington et Beijing se livrent une guerre par proxy, le peuple vénézuélien paie le prix de ces manœuvres – entre hyperinflation, pénuries et recrutement de milices. Mais comme le rappelle un habitant de Caracas : « après un conflit, ce sont toujours les innocents qui paient ».
#Venezuela #Pétrole #Trump #Impérialisme #China — Parfois, la réalité dépasse la fiction.
Le président vénézuélien Nicolás Maduro en tenue militaire au milieu de soldats de l’armée. Une réponse aux menaces américaines.
« Ce vendredi et samedi, « nous aurons une nouvelle journée d’enrôlement ». Assez de gens et de Fusion sont là ! Comme l’a dit Bolivar : « Citoyens, donnez-nous en ce moment une nouvelle preuve de votre loyauté, de votre amour et, de votre patriotisme, pour profiter perpétuellement de la sécurité et de la liberté que vous désirez, et pour lesquelles j’aspire tant ». Je vous appelle tous à vous enrôler ! » – N. Maduro
« Le peuple vénézuélien, avec l’engagement de ses hommes et de ses femmes, est présent aujourd’hui, vendredi 29 août, et demain, samedi 30 août, à la Grande Journée de l’enrôlement pour la défense de la paix et de la liberté que la patrie mérite. » – N. Maduro
« Le chemin commence : étudier et se préparer. Le Venezuela a besoin d’eux pour construire à partir de zéro le style moderne du 21ème siècle, garantissons-nous d’être à la hauteur et à l’avant-garde ! » – N. Maduro
Les commandos vénézuéliens annoncent qu’ils « donneraient leur vie » pour leur pays et pour Maduro.



Le ministre vénézuélien de la Défense, López, rencontre l’ambassadeur chinois Lan Hu.
Les discussions portent principalement sur la coopération bilatérale. Alors que les navires de guerre de Trump se rapprochent du pays
La marine américaine se rassemble au sud de la mer des Caraïbes, avec sept navires de guerre et un sous-marin.
La Maison-Blanche a affirmé que les États-Unis sont prêts à utiliser tous les leviers de leur puissance contre le régime vénézuélien.
« Au nom du libérateur Simón Bolívar et de notre commandant suprême Hugo Frías, j’ai promu l’ambassadeur de Colombie, Martínez Mendoza, général de division du centre de commandement des forces armées nationales bolivariennes pour la planification de l’opération binationale de souveraineté, de paix et de sécurité absolue qui a été activée dans la nouvelle phase de. ! Nous continuons sur la voie de la paix ! » – N. Maduros
« Le président Trump a envoyé sept navires de guerre transportant 4 500 hommes dont trois destroyers lance-missiles et au moins un sous-marin d’attaque dans les eaux au large du Venezuela. – Axios
« Il s’agit à 105 % de narco-terrorisme, mais si Maduro se retrouve écarté du pouvoir, personne ne versera une larme », a déclaré un responsable de l’administration Trump au fait des discussions stratégiques.
Un autre responsable administratif avait un avis différent. « Cela pourrait être un remake de Noriega », a déclaré le fonctionnaire, évoquant l’opération militaire américaine de 1989 pour capturer le président panaméen Manuel Noriega, qui comme Maduro était accusé par les États-Unis de trafic de drogue.
Cependant, le déploiement de Trump inclut bien 2 200 Marines, la branche « boots-on-the-beach » (forces de débarquement) de l’armée. Ce qui n’a rien de typique dans la lutte antidrogue.
En décembre 1989, les États-Unis ont envahi le Panama avec une force de 27 000 soldats, regroupant l’armée de terre, la marine, les Marines, l’armée de l’air, les garde-côtes et 300 aéronefs lors de l’opération Just Cause. La force d’invasion a été confrontée aux 16 000 hommes des Forces de défense du Panama (FDP).
Le Panama a été vaincu après un mois de combats, avec 23 soldats américains tués (deux par tir ami) et 314 soldats des FDP morts, près de 2000 étant capturés. Le dictateur panaméen Manuel Noriega a été capturé et envoyé aux États-Unis par George H.W. Bush pour y répondre des charges de trafic de drogue.
Le Venezuela, en revanche, est un pays bien plus grand que le Panama et dispose d’une armée bien plus importante, avec 137 000 soldats (toutes branches confondues) en plus d’environ 3 millions de miliciens.
En 1989, lors de l’invasion du Panama, Manuel Noriega n’avait aucun allié. Nicolas Maduro en a, comme la Colombie de Gustavo Petro, qui a déjà déployé quelque 25 000 soldats dans la région du Catatumbo au cas où les États-Unis voudraient attaquer le Venezuela via le lac Maracaibo.
Un autre allié est le Brésil de Lula da Silva, bien qu’il ne contribuerait pas directement avec des troupes brésiliennes à la défense du Venezuela en cas de guerre, mais pourrait envoyer une aide humanitaire et militaire, et la Chine, la Russie ne sera certainement pas très loin, BRICS oblige désormais.
La manœuvre réelle de l’administration Trump consistera probablement à bombarder l’armée vénézuélienne depuis les Îles Sous-le-Vent. Trois îles clés au large du Venezuela sont les îles néerlandaises d’Aruba, de Curaçao et de Bonaire. Un autre allié des États-Unis est Trinité-et-Tobago à l’est du Venezuela, les seules autres îles des Îles Sous-le-Vent disposant d’une base aérienne étant celles de Nueva Esparta/Margarita, contrôlées par le Venezuela.
Pendant que l’US Air Force et l’US Navy bombarderont l’armée vénézuélienne, des soulèvements civils et des mutineries au sein de l’armée seront encouragés.
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