Suisse : Un trafic d’êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle démantelé à Berne


Un trafic d’êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle démantelé à Berne

Publié le 20.5.2025 à 19h48 – Par Clara Lefevre – Temps de lecture 3 mn

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RTS rapporte : La police cantonale bernoise a démantelé un vaste réseau de traite d’êtres humains lié au commerce du sexe. Elle a connaissance d’au moins 146 victimes dans cette affaire. Cinq auteurs présumés impliqués dans ce trafic seront jugés prochainement.

La procureure générale du canton de Berne Annatina Schultz a indiqué lundi lors d’une conférence de presse que des détails seront donnés une fois la mise en accusation des prévenus terminée. Ces personnes sont accusées d’avoir attiré des femmes chinoises en Suisse afin de les contraindre à la prostitution.

Les victimes étaient logées dans des appartements qu’elles n’osaient pratiquement jamais quitter. La plupart sont jeunes, vivent dans la précarité et doivent subvenir aux besoins de leur famille. Ces femmes devaient verser la moitié de leur salaire aux proxénètes présumés.

Assouplir l’échange de données

En évoquant ce cas, le directeur de la sécurité du canton de Berne, le conseiller d’Etat Philippe Müller, et le commandant de la police Christian Brenzikofer ont souligné la complexité de telles enquêtes. Ils ont plaidé en faveur d’une révision de la base légale et d’un assouplissement de l’échange de données.

L’échange d’informations avec des autorités étrangères est parfois presque plus simple qu’avec les autorités d’autres cantons, a relevé le conseiller d’Etat PLR en évoquant les limites juridiques auxquelles sont confrontés les enquêteurs.

Pour le directeur de la sécurité, il faut plus que de l’indignation et de la consternation pour lutter contre cette forme de criminalité. Le commandant de la police a ajouté que sans un soutien du monde politique, la police ne pouvait pas faire efficacement son travail.

Des cas d’exploitation sexuelle importants

L’exploitation liée au commerce du sexe joue un rôle important dans la traite d’êtres humains. Sur les 208 victimes prises en charge l’an dernier par le Centre d’assistance aux migrantes et aux victimes de la traite des femmes (FIZ), 159 ont été identifiées comme victimes à des fins d’exploitation sexuelle.

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Depuis 2008, 41 condamnations au total ont été prononcées dans le canton de Berne pour traite d’êtres humains. La plupart des cas concernaient l’exploitation sexuelle.

>> Lire aussi : Près de 300 victimes de la traite humaine en Suisse

Peu de condamnations

Selon Leila Boussemacer, avocate spécialisée dans la défense des victimes de traite d’êtres humainsau Centre social protestant de Genève, la réalité de ce phénomène en Suisse est « bien plus importante que ce que l’on imagine ».

L’experte attribue le décalage entre le nombre de victimes et celui des condamnations au fait qu’il s’agit de crimes « complexes et difficiles à traiter ». Les victimes ne connaissent souvent pas les auteurs, qui exercent une emprise sur elles dans une « volonté de les isoler dans la méconnaissance ». Des organisations spécialisées doivent aussi pouvoir assurer la protection des victimes.

En outre, l’infraction de traite d’êtres humains est « aujourd’hui interprétée de façon très restrictive et non conforme au droit international », estime dans l’émission Forum Leila Boussemacer, qui appelle à renforcer la sensibilisation de la police et des autorités de poursuite. « Il faut des spécialistes à plusieurs niveaux, tant dans la protection que dans la poursuite de la prévention », insiste-t-elle.

>> Interview dans Forum de Leila Boussemacer, avocate spécialisée dans la défense des victimes de traite au Centre social protestant de Genève et membre de la « Plateforme traite » :

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