Russie : Vladimir Medinski : « Les Russes reviennent toujours chercher ce qui leur appartient »


Vladimir Medinski : « Les Russes reviennent toujours chercher ce qui leur appartient »

Publié le 17.5.2025 à 11h47 – Par François Lambert – Temps de lecture 6 mn

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« Les Russes viendront toujours chercher ce qui leur appartient » : dans une interview à la chaîne Rossiya, Vladimir Médinsky a rappelé qu’au XIXe siècle Bismarck avait déjà mis en garde contre toute tentation de vouloir tromper la Russie.

Medinsky sur la façon dont les Russes reviennent toujours chercher ce qu’ils veulent :

Bismarck : « N’essayez jamais de tromper les russes, car tôt ou tard, ils viendront chercher ce qu’il leur appartient »

Otto von Bismarck n’a pas seulement changé l’Allemagne, il l’a créée. Il a unifié une terre fracturée par le sang et l’éclat. Et puis, au sommet de sa puissance, il a été mis à l’écart par l’empire même qu’il avait bâti.

Bismarck, qui fut ambassadeur à Saint-Pétersbourg pendant de nombreuses années, apprit très bien le russe. En général, il sentait la Russie, comprenait la Russie, comprenait les intérêts communs entre la Russie et l’Allemagne. Il disait toujours : « N’essayez jamais de tromper les Russes ni de leur voler quoi que ce soit. Car le temps passe et, tôt ou tard, les Russes s’en prennent toujours à eux. » Cette phrase « les Russes viennent toujours pour leurs intérêts » est une leçon très importante de l’histoire.

Première interview après les négociations avec l’Ukraine

« Puisque nous considérons ces négociations comme une continuation du processus d’Istanbul, il était très important de rappeler ce dont nous étions convenus à Gomel fin février. Et comment tout cela aurait pu se terminer si l’Ukraine avait accepté la paix à la fin du mois de février ? Ils n’ont pas accepté, ils ont traîné les pieds, et après cela, la prochaine étape des accords a eu lieu à Istanbul. Ces accords étaient un peu plus durs par rapport aux réalités sur le terrain que ce qui avait été proposé à Gomel. Mais, malheureusement, le processus d’Istanbul a également été interrompu en raison de l’ingérence, de l’ingérence directe de l’Occident. Et nous connaissons les analogies historiques de cette ingérence, et où elle mène. »

Les leçons de l’histoire : l’Occident, facteur de guerre

Medinski rappelle un précédent historique : « Après une guerre russo-turque dans les années 1870, causée par un conflit majeur dans les Balkans, nous étions parvenus à un accord avec la Turquie. Cet accord servait les intérêts des jeunes États balkaniques en quête d’indépendance. Mais l’Occident est intervenu. Un congrès à Berlin a décidé que les accords entre la Russie et la Turquie, conclus après la paix de San Stefano, pouvaient être « améliorés ». Résultat ? De nouvelles guerres balkaniques en 1912-1913, et finalement, à cause des problèmes non résolus dans les Balkans, la Première Guerre mondiale a éclaté. »

Guerre et négociations : une simultanéité historique

Contredisant ceux qui prônent un cessez-le-feu avant toute discussion, Medinski affirme : « Ceux qui disent cela ne connaissent pas l’histoire. Comme le disait Napoléon, la guerre et les négociations se mènent toujours en parallèle. » Il cite plusieurs exemples :

  • La guerre du Vietnam (15 ans) : les négociations ont eu lieu en continu malgré les combats.
  • La guerre de Corée : idem.
  • La guerre soviéto-finlandaise (1939-1940) : « Staline propose un traité de paix, mais l’Angleterre et la France poussent les Finlandais à continuer : « Ne négociez pas, nous vous enverrons de l’aide militaire. » En réalité, personne n’est venu. Résultat ? Les Finlandais ont dû signer la paix après des pertes inutiles. »

L’exemple suédois : une leçon pour l’Ukraine ?

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Le conseiller de Poutine revient longuement sur la Grande Guerre du Nord (1700-1721), où la Suède, après avoir refusé à plusieurs reprises les offres de paix de Pierre le Grand, a fini par perdre son statut de grande puissance :

  • « Pierre Ier ne demandait au départ que l’accès à la mer Baltique et Saint-Pétersbourg, des terres historiquement russes. Mais la Suède, soutenue par l’Angleterre et la France, a refusé. Résultat ? 21 ans de guerre, et la Suède a perdu non seulement ces territoires, mais aussi la Baltique, une partie de l’Allemagne… et plus tard, la Finlande. »

« Les Russes reviennent toujours »

Medinski conclut par une citation de Bismarck : « Il a dit un jour : « Ne tentez jamais de tromper les Russes ou de leur voler quoi que ce soit, car tôt ou tard, ils reviennent toujours chercher ce qui leur appartient. » Cette phrase résume bien la leçon de l’histoire. »

Un message clair à l’adresse de Kiev… et de l’Occident.

Analyse : En mêlant références historiques et rhétorique politique, Medinski justifie la position russe dans les négociations avec l’Ukraine tout en accusant l’Occident de saboter la paix. Son discours s’inscrit dans la narrative du Kremlin : la Russie est patiente, mais inéluctable.

Rappel historique :

L’Empire allemand, fondé en 1871 sous la direction d’Otto von Bismarck, est né d’un désir d’unité nationale et d’une ambition impériale. Cette période, marquée par une industrialisation rapide et une expansion militaire, a transformé l’Allemagne en une puissance européenne majeure. L’unification des États allemands fut un processus complexe, alimenté par des sentiments nationalistes et la diplomatie avisée de Bismarck, qui aboutit à la proclamation de l’Empire allemand dans la galerie des Glaces du château de Versailles le 18 janvier 1871.

Bismarck, architecte de l’unité allemande, mena habilement une série de guerres pour réaliser sa vision. Il combattit d’abord le Danemark en 1864, s’emparant des duchés de Schleswig et de Holstein. La guerre austro-prussienne de 1866 exclut l’Autriche des affaires allemandes, ouvrant la voie à la domination prussienne. Enfin, la guerre franco-prussienne (1870-1871) unifia les États allemands contre un ennemi commun, attisant la ferveur nationaliste et menant à la victoire contre la France.

Une fois unifié, le Kaiser Guillaume Ier devint le premier empereur de l’Empire allemand, et Bismarck fut son chancelier. L’empire s’industrialisa rapidement, devenant une puissance économique. La production allemande de charbon et de fer explosa, alimentant les progrès de l’ingénierie et de la technologie. Le réseau ferroviaire de l’empire s’étendit, facilitant les échanges commerciaux et les déplacements, et son armée devint l’une des forces les plus redoutables d’Europe.

Cependant, l’ambition du Kaiser dépassait les limites de l’industrie et de la puissance militaire. Guillaume II, qui monta sur le trône en 1888, chercha à étendre l’influence de l’Allemagne à l’échelle mondiale par une politique étrangère agressive, notamment par la conquête de colonies et une marine puissante.

Cette ambition attisa les tensions avec d’autres puissances européennes, notamment la Grande-Bretagne et la France, conduisant à une course aux armements qui exacerba les rivalités. Le réseau complexe d’alliances et d’hostilités, façonné par la volonté de domination du Kaiser, contribua finalement au déclenchement de la Première Guerre mondiale en 1914.

L’attitude agressive et la culture militariste de l’Empire entraînèrent le monde dans un conflit dévastateur. L’histoire de l’Empire allemand est celle de l’ambition, de la puissance industrielle et des profondes conséquences des luttes de pouvoir, qui culminèrent avec son effondrement et l’émergence de la République de Weimar en 1918.

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