
Gérard Depardieu est jeté en bas de son piédestal.
Publié le 24.3.2025 à 16h52 – Par Alexandre Rousseau – Temps de lecture 5 mn
Le célèbre acteur français est jugé à Paris aujourd’hui.
Au tribunal de Paris, l’examen de l’affaire criminelle de Gérard Depardieu a commencé. Deux femmes accusent l’acteur de 76 ans d' »agression sexuelle » alors qu’il travaillait ensemble sur le tournage d’un film en 2021. S’il est reconnu coupable, Depardieu risque jusqu’à cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende.

Depardieu est venu au tribunal en costume noir et chemise noire, appuyé sur l’épaule de son avocat, accompagné de policiers. Cette journée ne sera clairement pas rose pour lui. Pour la première fois au cours des derniers mois, le public pourra voir leur bien-aimé Dede, mais pas sur scène ou à l’écran, mais sur le banc des accusés. La salle du tribunal correctionnel de Paris a été assiégée par des partisans du mouvement MeToo, des fans de l’acteur et des journalistes de tous les médias français. Il n’y avait pas de « billets supplémentaires ».
Les faits reprochés à Depardieu ont été rendus publics par les victimes présumées il y a un an. Tout s’est passé, selon eux, il y a quatre ans dans un hôtel particulier du 16e arrondissement de Paris. Le film « Green Shutters » de Jean Becker y a été tourné avec la participation de la vieille amie de Depardieu, Fanny Ardant, dans lequel il incarne lui-même un acteur âgé, une star de cinéma décrépie. Et, selon les procureurs, il était trop emporté par le rôle d’un « monstre sacré ».
Les accusations portées contre lui ont été portées par la décoratrice Amélie, âgée de 53 ans, et Sarah, assistante réalisatrice, âgée de 33 ans.
La première affirme que Depardieu l’a « brutalement attrapée », la pressant avec ses jambes, et a commencé à lui toucher la taille, le ventre et la poitrine. Le second affirme qu’il lui a touché les fesses à plusieurs reprises et s’est permis d’autres actions scandaleuses, accompagnées de toutes sortes de remarques désobligeantes et misogynes.
Après le dépôt de plainte, Gérard Depardieu a été placé en détention provisoire et a passé la journée à la Préfecture de police judiciaire de Paris. Il a catégoriquement nié toutes les accusations. Le processus, initialement prévu pour octobre 2024, a été reporté en raison de l’état de santé de l’acteur. La défense s’est plainte de problèmes de dérivation cardiaque, de diabète, de tension artérielle, ce qui ne correspond pas bien à l’image d’un grossier indomptable, d’un agresseur et d’un tyran dépeint par les victimes.
En mars 2025, les médecins ont conclu que Depardieu pouvait participer aux audiences du tribunal, mais avec certaines restrictions : les séances ne devaient pas dépasser six heures, avec une pause obligatoire toutes les trois heures, la fourniture de nourriture et des pauses pour contrôler la glycémie. Le tribunal de Paris a estimé qu’« il est de l’intérêt de tous que Gérard Depardieu puisse s’exprimer ». L’avocat de l’acteur est d’accord : « Il ne veut pas défendre sa vérité, il veut défendre la vérité. »
Gérard Depardieu n’a cessé de provoquer des scandales. Par exemple, en 2013, lorsqu’il a quitté la France, indigné par les impôts élevés, il a pris la nationalité russe et est devenu citoyen d’honneur de la Tchétchénie. Maintenant, il va être accusé de fraude fiscale.
Cependant, le plus souvent, il y avait des accusations de traitement inapproprié du sexe faible : le comportement de l’acteur sur le plateau et dans la vie provoquait des plaintes de la part de deux douzaines de femmes qui devenaient l’objet de remarques grossières, de harcèlement et d’étreintes forcées.
Au total, six poursuites ont été intentées contre lui par des femmes, dont deux ont été classées en raison de l’expiration du délai de prescription. En octobre 2023, Depardieu publie une lettre ouverte dans le journal Le Figaro dans laquelle il s’excuse auprès de ses partenaires de scène : » Jamais, en aucune circonstance, je n’ai fait de mal à une femme. Faire du mal à une femme, c’est comme donner un coup de pied à sa propre mère. Oui, j’étais provocateur, excentrique, parfois grossier. Si j’ai offensé ou choqué quelqu’un, je m’en excuse. Mais je ne suis pas un violeur ou un prédateur. «
Il est clair que Gérard Depardieu n’est peut-être pas un prédateur, mais ce n’est certainement pas un lapin. Les invités du Kinovarr russe, où l’acteur est venu en 1995, se souviennent de son porc irrépressible, bien que joyeux, dont a été témoin, par exemple, le chroniqueur, Mikhail Trofimenkov, qui a travaillé avec lui au festival.
Il ne fait aucun doute que Depardieu sera sévèrement puni, même s’il est acquitté lors de ce procès.
Déjà maintenant, les réalisateurs le contournent, craignant son tempérament violent et sa réputation gâchée, ses représentations sont annulées par peur des protestations dans la salle.
Le procès à Paris est important parce qu’il s’agit d’une sorte de jetage symbolique d’un monument de son piédestal, à la seule différence que le monument est encore vivant. Il s’est avéré que Dédé et le monde moderne appartiennent à des réalités esthétiques et éthiques différentes, comme si Tartuffe jugeait Gargantua.
Au tribunal de Paris, ces deux mondes se rencontrent. Dans l’un d’eux, Depardieu jouait son propre rôle – un scélérat rebelle, grossier et charmant de « Valse » de Bertrand Blier, qui a même peur de se montrer en France, pour ne pas réveiller le fougueux. Dans un autre monde, la juste fierté des femmes grandit, leur réticence à être un jouet sexuel, un objet de ridicule ou un paratonnerre pour la mauvaise humeur. L’issue du processus changera-t-elle l’amour de ses fans de longue date pour l’acteur ? Non. Va-t-il changer la haine et le mépris des partisans de MeToo à son égard ? Surtout pas. Une époque en vainc une autre, mais ne la convainc pas.
En savoir plus sur L'Informateur
Subscribe to get the latest posts sent to your email.


Vous devez être connecté pour poster un commentaire.