
Assad contre Al-Joulani ? Quand Israël et la Turquie célèbrent la victoire d’un djihadiste au passé sanglant.
Publié le 9.12.2024
La chute de Bachar al-Assad semble désormais actée dans les discours triomphants de la coalition turco-israélienne. Mais à quel prix ?
Alors que Damas vacille sous les assauts coordonnés des factions armées, une figure émerge : Abou Mohammed al-Joulani, alias Ahmed Hussein al-Shara, ancien chef d’Al-Qaïda en Irak et leader du tristement célèbre Jabhat al-Nosra. Aujourd’hui à la tête de Hayat Tahrir al-Cham (HTS), ce nouveau « héros » de la scène syrienne est loin d’être un libérateur.

En examinant les faits, l’ironie est cinglante. Israël et la Turquie, prétendument engagés contre le terrorisme, semblent avoir trouvé en al-Joulani un allié de circonstance. Lui, autrefois classé terroriste international par les États-Unis, serait-il soudainement devenu un partenaire respectable ? Sa reconversion apparente en « leader d’une nouvelle ère » en Syrie ne convainc que ceux qui ferment les yeux sur son passé chargé de massacres et d’idéologie extrémiste.
Un curriculum vitae macabre
Al-Joulani n’est pas un inconnu : formé dans les rangs d’Al-Qaïda pendant l’invasion américaine en Irak, il a fondé Jabhat al-Nosra, une branche syrienne du groupe terroriste, avant de le rebrander en HTS.
Malgré un changement d’image orchestré pour le dissocier d’Al-Qaïda, ses méthodes n’ont guère évolué : oppression, exécutions sommaires, et une application féroce de la charia. Comment un tel personnage peut-il être présenté comme un « nouveau Che Guevara du Moyen-Orient » par ceux qui l’encensent aujourd’hui ?
Donc voilà le « nouveau sauveur » de la Syrie, approuvé par « le camp des gentils« .

La mascarade diplomatique
Israël et la Turquie applaudissent bruyamment la chute d’Assad, mais leur soutien tacite à HTS pose une question cruciale : sont-ils prêts à accepter le chaos pour affaiblir leur ennemi commun, quitte à voir un ancien djihadiste gouverner une région stratégique ? Ankara, cherchant à étendre son influence en Syrie, et Tel-Aviv, obsédé par l’idée de limiter l’expansion iranienne, mais surtout du grand Israël, se retrouvent dans une alliance incongrue qui jette un voile d’hypocrisie a tous sur leurs ambitions.
Les oubliés de cette victoire
Pendant ce temps, le peuple syrien paie un prix exorbitant. La glorification d’al-Joulani par certains médias et chancelleries ignore la réalité : une Syrie morcelée, dirigée par des factions radicales, n’apportera ni paix ni stabilité. Ceux qui célèbrent la chute d’Assad aujourd’hui risquent de regretter demain la légitimation d’un homme au passé criminel, entouré d’une idéologie aussi brutale que destructrice.
Un signal désastreux pour la région
Cette victoire symbolique de la coalition turco-israélienne n’est pas seulement un coup porté à Assad. Elle envoie un message dangereux à la région : si un homme avec le parcours d’al-Joulani peut se redéfinir comme un leader légitime, alors aucune ligne rouge n’existe plus.
Assad était peut-être un autocrate, mais il avait un État. Que reste-t-il maintenant ? Des alliances contre-nature, des chefs de guerre célébrés, et un avenir encore plus incertain pour une Syrie déjà brisée.
Même D. Trump l’explique très bien ci-dessous, à sa façon bien sûr, dans son dernier X sur le sujet.
Traduction du X :
Les combattants de l’opposition en Syrie, dans un mouvement sans précédent, ont pris le contrôle de nombreuses villes, dans une offensive hautement coordonnée, et sont maintenant aux abords de Damas, se préparant manifestement à faire un très grand pas en avant pour renverser Assad. La Russie, parce qu’elle est tellement impliquée en Ukraine, et avec la perte de plus de 600 000 soldats là-bas, semble incapable d’arrêter cette marche littérale à travers la Syrie, un pays qu’elle protège depuis des années. C’est là que l’ancien président Obama a refusé d’honorer son engagement de protéger la LIGNE ROUGE DANS LE SABLE, et l’enfer a éclaté, avec l’intervention de la Russie. Mais maintenant, ils sont, comme Assad lui-même peut-être, contraints de partir, et c’est peut-être la meilleure chose qui puisse leur arriver. La Russie n’a jamais tiré grand profit de la Syrie, à part faire passer Obama pour un idiot. En tout cas, la Syrie est un désastre, mais elle n’est pas notre amie, et les États-Unis ne devraient rien y voir. CE N’EST PAS NOTRE COMBAT. LAISSONS-LE SE DÉROULER. NE VOUS IMPLIQUEZ PAS !
Abou Mohammad al-Joulani : un « radical pragmatique » au centre d’une victoire controversée
La chute présumée de Bachar al-Assad sous l’impulsion des forces rebelles, orchestrée par Abou Mohammad al-Joulani et Hayat Tahrir al-Sham (HTS), marque un tournant troublant dans le conflit syrien. Loin d’incarner un vent de liberté ou une nouvelle ère démocratique, cette victoire pose de sérieuses questions sur l’avenir de la Syrie et sur la légitimité d’un leader au passé djihadiste notoire.
Un parcours marqué par le terrorisme
Abou Mohammad al-Joulani, de son vrai nom Ahmed Hussein al-Shara, est tout sauf un inconnu sur la scène internationale. Né à Damas dans une famille aisée, il a rejoint les rangs d’Al-Qaïda en Irak après l’invasion américaine de 2003, avant de revenir en Syrie pour fonder le Front al-Nosra, affilié à Al-Qaïda. Malgré une rupture proclamée avec l’organisation en 2016, HTS reste classé comme groupe terroriste par la communauté internationale, et les exactions de ses membres, incluant des crimes de guerre selon l’ONU, jettent une ombre sur son discours de modération.
Un changement d’image stratégique, mais non sincère
Depuis quelques années, al-Joulani a entrepris de lisser son image, troquant son turban djihadiste contre un uniforme militaire ou un costume civil. Il multiplie les gestes symboliques, comme des promesses de sécurité aux chrétiens ou la création d’une administration civile dans les territoires qu’il contrôle. Cependant, cette transformation est largement perçue comme une stratégie de « bonne politique » plutôt qu’une réelle évolution idéologique. Des experts, comme Aron Lund, qualifient cette manœuvre de pragmatique, mais insincère, soulignant que ses racines idéologiques restent profondément radicales.
La coalition turco-israélienne face à ses contradictions
La célébration de cette victoire par des acteurs comme la Turquie et Israël révèle une hypocrisie flagrante. En soutenant tacitement un ancien djihadiste, ces nations semblent prêtes à sacrifier leurs principes de lutte contre le terrorisme sur l’autel de leurs objectifs géopolitiques. La Turquie, cherchant à étendre son influence en Syrie, et Israël, visant à contrer l’Iran, participent à l’ascension d’un homme dont le passé et les méthodes contredisent leurs intérêts déclarés de stabilité et de sécurité.
Un avenir incertain pour la Syrie
La chute d’Assad, si elle se confirme, laisse une Syrie fragmentée et gouvernée par des factions au passé criminel. L’élévation d’al-Joulani au rang de « libérateur » envoie un signal inquiétant : les standards moraux et les préoccupations humanitaires sont relégués au second plan face à des objectifs stratégiques à court terme.
Conclusion : une victoire empoisonnée
Loin d’être une avancée pour la paix ou la démocratie, cette offensive marque une étape supplémentaire dans la désintégration de la Syrie. La communauté internationale, en fermant les yeux sur le passé d’al-Joulani et les exactions de HTS, porte une lourde responsabilité dans la légitimation de leaders extrémistes. Si l’objectif était de mettre fin au régime d’Assad, le prix à payer pourrait être un nouveau cycle de violence, d’oppression, et de chaos.
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