France : Forte hausse des gestes suicidaires des adolescents en 2021, notamment chez les jeunes filles.


Forte hausse des gestes suicidaires des adolescents en 2021, notamment chez les jeunes filles.

Publié le 14.1.2022 par Nathalie Dieul


Image d'illustration (Pixabay)
Image d’illustration (Pixabay)

Les données indiquant une explosion du nombre de gestes suicidaires chez les jeunes en 2021 viennent de montrer que celle-ci touche particulièrement les adolescentes et les jeunes femmes. Le phénomène est marquant et inédit, « par son ampleur et par sa durée qui est très prolongée au-delà des confinements ».

Les nouvelles données, obtenues par Libération il y a quelques jours, indiquent une forte hausse de gestes suicidaires chez les jeunes femmes entre janvier 2021 et fin octobre 2021, date à laquelle la compilation s’arrête. Ainsi, il y a eu une augmentation de 40 % de filles âgées de moins de 15 ans admises aux urgences pour geste suicidaire par rapport à la moyenne des admissions sur la même période pendant les trois années précédentes.

Chez les 15-29 ans, la hausse est de 22 % par rapport aux données des trois années précédentes. À noter que nos confrères n’ont pas réussi à obtenir des données plus précises permettant de savoir si les plus jeunes de cette tranche d’âge sont plus touchées par le phénomène que les plus âgées.

Et chez les jeunes hommes ?

Du côté des jeunes hommes, le pourcentage d’admission aux urgences pour gestes suicidaires n’a pas changé chez les jeunes de moins de 15 ans, alors qu’il a à peine augmenté (+1 %) chez ceux de la catégorie des 15-29 ans, toujours en comparant avec les 43 premières semaines des trois années précédentes.

« Ce qui ne signifie pas qu’il n’y a pas de souffrance, de mal être, chez les jeunes hommes », précise le psychiatre Charles-Edouard Notredame, en entrevue à France Info. « Peut-être les garçons sont tout autant déprimés, mais que cette détresse s’exprime d’une autre manière », lance Fabrice Jollant, professeur en psychiatrie au GHU Paris psychiatrie et neurosciences.

S’il y a « aux alentours de cinq jeunes femmes pour un homme qui fait une tentative de suicide », cela peut s’expliquer par le fait que les filles utilisent « souvent des moyens qui engagent moins le pronostic vital, des prises médicamenteuses » lorsqu’elles choisissent de mettre fin à leurs jours, remarque Angèle Consoli, spécialiste de la psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière. En comparaison, « pour les suicides qu’on dit « complétés », c’est-à-dire suivis d’un décès, ce sont plus les garçons et les hommes. »

L’impact des mesures anti-Covid ?

« Cette augmentation à la fois des idées suicidaires et des tentatives de suicide est assez marquante et inédite, par son ampleur et par sa durée qui est très prolongée au-delà des confinements », s’inquiète Charles-Edouard Notredame, préoccupé par la situation qui nécessite, selon lui, « notre mobilisation collective ».

« Le facteur déterminant dans cette épidémie c’est l’absence de perspective et la modification de nos organisations de vie ou de travail », remarque le psychanalyste Nicolas De Schryver sur France 3« Le dérèglement global de la société que nous vivons n’est pas un facteur motivant pour avancer. »

Si plusieurs professionnels reconnaissent que l’adolescence est toujours une période difficile, un phénomène plus marqué chez les filles que les garçons, ils remarquent aussi une amplification considérable « uniquement depuis la rentrée 2020 », comme l’a constaté Fabrice Jollant en analysant deux types de données différentes. Les mesures sanitaires auraient donc joué un rôle d’amplificateur de ce mal-être.

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