Q SCOOP – LÉric Dupond-Moretti convoqué devant les juges le 16 juillet en vue d’être mis en examen.


Éric Dupond-Moretti convoqué devant les juges le 16 juillet en vue d’être mis en examen

Publié le 5.7.2021 par Jean-Michel Décugis et Vincent Gautronneau 


Cette convocation arrive après la perquisition qui a eu lieu jeudi place Vendôme dans le cadre d’une enquête ouverte sur des soupçons de prise illégale d’intérêt concernant le garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti. REUTERS/Gonzalo Fuentes 


Les magistrats de la Cour de justice de la République (CJR) n’ont pas traîné. Selon nos informations, le garde des Sceaux a été convoqué le 16 juillet prochain en vue d’être mis en examen par les magistrats de cette juridiction, seule autorisée à pouvoir enquêter et auditionner un ministre sur des faits commis lorsqu’il était en poste. La convocation a été remise à Éric Dupond-Moretti en marge de la perquisition menée jeudi dernier place Vendôme par les gendarmes de la prestigieuse section de recherche de Paris et les juges de la CJR. Cette visite au sein du ministère de la Justice avait été décidée dans le cadre de l’enquête menée pour des soupçons de prise illégale d’intérêts visant Éric Dupond-Moretti.

Jeudi, durant quinze heures, une vingtaine d’enquêteurs avaient perquisitionné le bureau du garde des Sceaux, mais aussi ceux de la direction des services judiciaires (DSJ) et de la Direction des affaires des criminelles et des grâces (DACG). Sur place, gendarmes et juges avaient attendu l’arrivée d’un serrurier pour pouvoir ouvrir, à la disqueuse, de vieux coffres-forts installés dans le propre bureau du ministre. À l’occasion, les données du téléphone professionnel du ministre ont été saisies.

La CJR avait lancé des investigations après les plaintes de trois syndicats de magistrats et de l’association Anticor, qui suspectent le garde des Sceaux d’avoir eu une influence sur des dossiers qu’il a eus à traiter en tant qu’avocat. Plusieurs collaborateurs du ministre, mais aussi l’ex-associé de l’ancien avocat, ont été auditionnés comme témoins par les magistrats ou les gendarmes. Le Premier ministre, Jean Castex, a lui aussi été entendu le 7 juin, comme l’a révélé le Canard enchaîné.

Au cœur des investigations figure l’enquête administrative ordonnée par le ministre en septembre contre trois magistrats du Parquet national financier (PNF). Tous avaient participé à une enquête préliminaire visant à identifier la taupe susceptible d’avoir informé l’ex-président Nicolas Sarkozy et son avocat Thierry Herzog qu’ils étaient sur écoute dans une affaire de corruption. Le PNF avait été mis en cause pour avoir épluché les relevés téléphoniques détaillés de ténors du barreau, dont Éric Dupond-Moretti, ami de Thierry Herzog.

Dupond-Moretti «extrêmement serein»

Mais, selon nos informations, c’est l’enquête administrative déclenchée à l’encontre du magistrat Édouard Levrault, aujourd’hui en poste à Nice, qui semble la plus embarrassante pour le ministre. Selon nos informations, le magistrat a été auditionné durant de longues heures par les enquêteurs. Avant d’arriver place Vendôme, Éric Dupond-Moretti avait été l’avocat d’un haut policier monégasque.

Dans ce cadre, il avait dénoncé les « méthodes de cow-boy » du magistrat détaché à Monaco qui avait mis en examen son client. Ce juge s’était exprimé à la télévision sur cette affaire après son départ forcé de la principauté et s’en était aussi plaint auprès de la chancellerie. Convoqué par sa hiérarchie (avant la nomination d’Éric Dupond-Moretti) il avait refusé de répondre aux questions. Une fois nommé, le ministre avait saisi l’Inspection générale de la justice. Selon nos informations, Édouard Levrault a été auditionné durant de longues heures par les juges de la CJR et s’est montré très prolixe.

Dans l’entourage du ministre, on s’étonne de la rapidité des investigations et de la notification de la convocation au ministre le jour même de la perquisition, alors qu’aucun document n’avait pu être encore analysé. Le garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti, s’est déclaré « extrêmement serein » après la longue perquisition effectuée jeudi dans ses bureaux au ministère de la Justice et a mis en cause, sans le nommer, le principal syndicat de magistrats.

« L’un des syndicats de magistrats qui a déposé plainte avait déclaré, après ma nomination, qu’elle était une déclaration de guerre. Ce même syndicat a dit jeudi que la plainte n’a été déposée que dans le seul but que je sois mis en examen. Tout est là », a dénoncé M. Dupond-Moretti dans le Journal du dimanche. Contactés, les avocats du ministre de la Justice, Me Christophe Ingrain et Me Remi Lorrain n’ont pas donné suite.


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