Q INFOS – Une chaîne norvégienne arrête la diffusion des émissions d’une chaîne chinoise du PCC.


Une chaîne norvégienne arrête la diffusion des émissions d’une chaîne chinoise du PCC

Publié le 18.4.2021 par FRANK YUE


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China's TV Confessions, sur la chaîne Al Jazeera anglophone, le 22 février 2019 (Capture d'écran)
China’s TV Confessions, sur la chaîne Al Jazeera anglophone, le 22 février 2019 (Capture d’écran)

L’entreprise norvégienne Telia a cessé de diffuser China Global Television Network (CGTN) après avoir reçu une plainte de victimes ayant subi des confessions forcées à la télévision en Chine, selon un tweet du 13 avril de Peter Dahlin, directeur du groupe de défense des droits de l’homme Safeguard Defenders.

Le groupe a exhorté les fournisseurs de télévision mondiaux, dont Eutelsat, à ne pas diffuser la chaîne et à ne pas prendre part aux graves violations des droits de l’homme commises par le Parti communiste chinois (PCC).

Les confessions télévisées sont un outil que le PCC a appliqué à des groupes ciblés, notamment les avocats défenseurs des droits, les militants, les dissidents, les croyants et les minorités ethniques.

CGTN est un porte-voix du PCC

CGTN, précédemment connue sous le nom de CCTV International jusqu’en 2016, est la division internationale du radiodiffuseur d’État chinois China Central Television (CCTV), et est sous le contrôle du ministère de la Publicité du PCC.

Selon son site officiel, elle dispose de trois centres de production et est disponible dans plus de 160 pays et régions.

Un article paru en septembre 2019 dans The Diplomat rapporte que CGTN « a toujours violé de manière ouverte et flagrante les normes journalistiques et encouragé ou justifié la haine et la violence contre des personnes innocentes ».

Même un ancien employé de CGTN, Nick Pollard, un cadre de la télévision britannique, s’est élevé contre son employeur pour ses irrégularités. M. Pollard a démissionné de son poste de consultant et de conseiller de CGTN le 18 septembre 2019, donnant comme raison de son départ le non-respect par CGTN des règles du régulateur britannique – le Bureau des communications, connu sous le nom d’Ofcom – sur l’impartialité dans sa couverture des manifestations contre le projet de loi d’extradition de Hong Kong.

En 2020, le ministère des Affaires étrangères des États-Unis a désigné CGTN et sa société mère, CCTV, comme des missions étrangères en vertu de la loi sur l’enregistrement des agents étrangers (FARA).

En avril 2020, l’ONG Reporters sans frontières a critiqué CGTN pour s’être engagée dans la désinformation concernant le Covid-19.

Le 4 février 2021, l’Ofcom a révoqué la licence de diffusion de Star China Media (titulaire de la licence de diffusion britannique de CGTN), estimant qu’elle n’avait pas de contrôle éditorial sur la chaîne qu’elle diffusait. L’organisme de réglementation a également rejeté une demande de transfert de la licence de diffusion à la China Global Television Network Corporation (CGTNC), au motif que la CGTNC était « contrôlée par un organisme qui est contrôlé en dernier ressort par le Parti communiste chinois ».

La loi britannique interdit aux détenteurs de licences d’être contrôlés par des organes politiques.

Safeguard Defenders publie une lettre ouverte pour boycotter CGTN

Le 7 avril, Safeguard Defenders a publié une lettre ouverte (pdf) pour demander à Eutelsat de cesser de diffuser les chaînes CCTV4 et CGTN du PCC.

La lettre souligne que la plupart des victimes de confessions télévisées sont des avocats, des membres d’ONG et des journalistes. Elle décrit également ce qui sous-tend les aveux télévisés en Chine : la torture, les menaces et les privations. Pour forcer les détenus à céder, même les membres de leur famille, âgés ou jeunes, sont soumis à des menaces ou à des coups.

Les auteurs de la lettre ouverte demandent aux fournisseurs de télévision de contribuer à « mettre un frein à ces violations des droits de l’homme en interdisant la diffusion des médias chinois ».

La lettre a été cosignée par 13 victimes qui ont connu la détention et les confessions télévisées forcées en Chine communiste pour leurs activités de défense des droits de l’homme. Parmi elles figurent les avocats Bao Longjun, Jiang Tianyong, Wang Yu, Xie Yang ; les militants des droits de l’homme Peter Dahlin, Peter Humphrey, Simon Cheng, Dong Guangping, Zhai Yanmin, Liu Sixin, Liu Xing, Li Gang ; et le libraire Lam Wing-kee. Angela Gui a également signé au nom de son père, Gui Minhai, également connu sous le nom de Michael Gui, un éditeur et écrivain suédois d’origine chinoise.

Avocat des droits de l’homme : les confessions télévisées forcées empoisonnent la règle de droit

L’avocat Bao Longjun a déclaré à Epoch Times qu’en Chine, les aveux télévisés sont involontaires.

« On vous force par tous les moyens à admettre les accusations qui vous sont imposées », a déclaré Bao. « Toutes ces accusations sont fausses, mais le régime vous contraint à les avouer. »

L’avocat a soutenu que les aveux télévisés sont destructeurs pour le système juridique.

« Ils sont totalement contraires aux exigences de la loi, en fait une ironie du ‘gouverner le pays par la loi [du PCC]’ », a commenté Bao. « Elles visent particulièrement les dissidents, les militants pro-démocratie et les avocats spécialisés dans les droits. Des pratiques extrêmement méchantes, car on vous force à avouer votre culpabilité infondée, à obéir, pour que le régime du PCC puisse vous contrôler plus facilement. »


Les victimes des confessions télévisées de la CGTN demandent aux fournisseurs de télévision d’agir dans le monde entier.

Au cours des dernières semaines, plus d’une douzaine de victimes des confessions télévisées forcées par les chaînes CGTN et CCTV-4, contrôlées par le Parti communiste chinois, ont écrit un appel direct aux fournisseurs de télévision dans diverses juridictions pour leur demander de revoir et de considérer leur complicité silencieuse dans la diffusion de ces chaînes à leurs audiences respectives. Ces émissions visent à réduire au silence des communautés entières qui s’efforcent d’obtenir les droits les plus fondamentaux – des droits qui sont considérés comme acquis dans les pays de ces fournisseurs de télévision – et en diffusant ces outils de terreur politique, lesdits fournisseurs aident directement la police chinoise à réduire au silence la société civile chinoise.

« La plupart des victimes sont des avocats, des membres d’ONG et des journalistes qui défendent l’État de droit et les droits de l’homme. En guise de punition, nous avons été placés à l’isolement, détenus au secret et soumis à la torture physique et mentale. Tout cela pour s’assurer que lorsque la caméra était face à nous, nous n’avions pas d’autre choix que de répéter les répliques qui nous étaient données par la police chinoise. Nos images sont utilisées pour diffuser des fausses nouvelles et répandre la peur parmi les communautés de défense des droits auxquelles nous appartenons. »
En racontant les tortures et les menaces subies aux mains du régime chinois, souvent avec la collaboration active des équipes de la CGTN et de CCTV, dans le seul but de diffuser des fake news et d’instiller la peur dans les cœurs de la communauté chinoise des droits de l’homme qui défend l’État de droit et les valeurs démocratiques chères aux réseaux adressés, les victimes dénoncent le lourd fardeau qui pèse sur leurs épaules, car trop d’entre elles sont encore sous l’emprise d’une répression sévère.

« Lorsque la torture n’a pas fonctionné, les menaces sur les proches ont été utilisées pour obtenir des aveux filmés. On a montré à l’une d’entre nous une vidéo de son fils adolescent battu par la police pour la forcer à obtempérer. »
Alors que les régulateurs de télévision du monde entier ont commencé à prendre des mesures incisives ou à ouvrir des enquêtes sur les pratiques officiellement dénoncées par Safeguard Defenders, les signataires de la lettre ouverte estiment que les réseaux eux-mêmes ont une responsabilité directe dans le choix de mettre un frein à ces violations des droits de l’homme en interdisant la diffusion des médias chinois jusqu’à ce qu’ils promettent de cesser de diffuser des confessions forcées. Ils les invitent donc à cesser la diffusion de CGTN et CCTV-4, étant entendu que permettre la diffusion de ces émissions offensantes revient à faciliter de graves violations des droits de l’homme.

La lettre ouverte a été envoyée aux fournisseurs en France (Eutelsat), en Allemagne (Vodafone), en Norvège (Telia), au Canada (Rogers), en Australie (FoxTel et FetchTV – SBS a déjà suspendu son service de CGTN et CCTV-4 en attendant une enquête suite à une plainte antérieure de Safeguard Defenders), Italie (TivùSat), Suisse (UPC), Nouvelle-Zélande (Sky, Vodafone), États-Unis (Dish, DirecTV, Verizon FiOS, Comcast) et Inde (Dish TV). D’autres lettres seront envoyées dans les prochains jours.

La lettre appelle directement les fournisseurs à revoir leur complicité silencieuse dans ces graves violations des droits de l’homme en continuant à diffuser les chaînes.

« En tant que victimes directes de cette pratique, nous vous appelons à examiner attentivement les informations fournies ci-dessous, et à vous demander si les fournisseurs de télévision dans les sociétés démocratiques devraient continuer à être moralement complices de la diffusion de telles informations intentionnellement déformées obtenues par la torture, les menaces et les privations. »

En outre, Safeguard Defenders a également lancé un appel à la Commission européenne et au Groupe des régulateurs européens des services de médias audiovisuels, étant donné le cadre réglementaire européen global qui lie les fournisseurs et les régulateurs nationaux dans la promotion de la liberté d’expression et d’opinion par la reconnaissance réciproque des droits des chaînes de radiodiffusion, un principe dont CGTN abuse pour continuer à diffuser une pratique qui est l’exact opposé de ladite liberté d’expression et d’opinion.

La lettre ouverte a également été adressée aux fournisseurs du Royaume-Uni (Sky, Freesat et Virgin Media), leur demandant de s’abstenir de (re)diffuser la chaîne CGTN suite à l’établissement d’une licence de facto à l’échelle européenne en France, qui leur permettrait techniquement de diffuser ladite chaîne en vertu de la Convention européenne sur la télévision transfrontière, malgré la révocation formelle de la licence par le régulateur britannique Ofcom le 10 février dernier.

Telia Norvège a annoncé la suspension immédiate de ses émissions dès réception de la lettre ouverte. Telia Suède a retiré CGTN et CCTV-4 de l’antenne plus tôt après des plaintes publiques dans les médias locaux concernant la diffusion de ces chaînes par deux victimes suédoises de confessions télévisées forcées.

Le mois dernier déjà, en réponse à une plainte documentée de Safeguard Defenders concernant des confessions télévisées forcées, le radiodiffuseur public australien SBS a suspendu la diffusion de CGTN et CCTV-4 dans l’attente d’une enquête. Au Royaume-Uni, le régulateur de la télévision a imposé des amendes importantes à CGTN pour les diffusions de confessions et pour les atteintes à la vie privée qui y sont liées. En France, le CSA a émis un avertissement, tandis qu’au Canada et aux États-Unis, les régulateurs enquêtent actuellement sur les chaînes de télévision.

Deux autres plaintes officielles ont été déposées le 5 avril par Safeguard Defenders (au nom de M. Abdurehim Mamutjan et de M. Adrian Zenz) contre la CGTN auprès du CSA en France et de la FCC aux États-Unis, pour déformation grave des faits et mensonges purs et simples, notamment par le biais des déclarations forcées d’un enfant de dix ans.

Nous vous demandons de vous demander si quelqu’un devrait aider la police chinoise à écraser les tentatives visant à garantir les droits humains fondamentaux en Chine. Autoriser les médias du Parti-État chinois à diffuser ces confessions revient à aider la police d’un État à parti unique à détruire la petite partie de la société chinoise qui se bat pour des droits si fondamentaux que tout le monde dans votre pays les considère comme acquis chaque jour.

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