Q SCOOP – La maire de Paris perd un 2ème adjoint, P.Aidenbaum (ex-président de la Licra).


INFO -Après C.Girard,mis en cause pr avoir soutenu l’écrivain accusé de pédocriminalité Matzneff, la maire de #Paris perd un 2ème adjoint, P.#Aidenbaum (ex-président de la Licra). Le parquet a ouvert une enquête pr agression sexuelle le visant.


Soupçonné d’agression sexuelle, un deuxième adjoint d’Anne Hidalgo contraint de démissionner

Denis Cosnard

Pierre Aidenbaum, à Paris, en 2014.
Pierre Aidenbaum, à Paris, en 2014. JOEL SAGET / AFP

Après un été bousculé par l’« affaire Girard », Anne Hidalgo et son équipe espéraient une rentrée apaisée. C’est raté. Un mois et demi après la « mise en retrait » sous pression de son « M. culture », Christophe Girard, la maire socialiste de Paris a annoncé, lundi 14 septembre, la démission d’un autre de ses trente-sept adjoints, Pierre Aidenbaum, « à la suite de la révélation de possibles faits de harcèlement sexuel ». De son côté, le parquet de Paris a officialisé, peu après, l’ouverture d’une enquête, non pas pour harcèlement, mais pour « agression sexuelle ». Des faits que l’intéressé nie résolument.Lire aussi Accusé d’abus sexuels, Christophe Girard dénonce des allégations « sans fondement »

A 78 ans, Pierre Aidenbaum est une figure de la politique parisienne. Conseiller de Paris depuis trente et un ans, il a en outre présidé, de 1993 à 1999, la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra). Elu maire du 3e arrondissement dès 1995, le socialiste a conservé son fauteuil durant un quart de siècle, jusqu’en juin de cette année. Dans le cadre de la fusion de son arrondissement avec trois autres (1er, 2e et 4e), il s’est alors effacé derrière un autre socialiste, Ariel Weil, devenu maire du nouveau secteur appelé « centre ».

L’ex-édile du 3e n’a pas quitté la politique pour autant, et s’est fait réélire au Conseil de Paris, dont il est le doyen. En juillet, Anne Hidalgo a décidé de l’inclure dans son équipe exécutive, en créant pour lui un poste d’adjoint, chargé de la Seine. C’est ainsi que, le 3 septembre, le nouvel adjoint a présenté, dans Le Parisien, ses ambitions pour les années à venir. Son objectif ? « J’espère que les Parisiens se baigneront dans le fleuve en 2024. »

« La municipalité demeurera intraitable »

Il n’aura pas le temps de mener à bien son programme. Jeudi 10 septembre, une des plus fidèles collaboratrices de Pierre Aidenbaum à la mairie du 3e puis à l’Hôtel de ville s’est confiée, très secouée, à un intermédiaire.

Alertée vendredi matin, Anne Hidalgo a estimé avec sa garde rapprochée qu’elle devait saisir la justice de ces « possibles faits de harcèlement sexuel », comme le prévoit l’article 40 du code de procédure pénale, qui fait obligation à toute autorité constituée, officier public ou fonctionnaire, de signaler les crimes ou délits dont il a connaissance dans l’exercice de ses fonctions. Dès l’après-midi, un signalement a été transmis au procureur de la République. Et lundi, Pierre Aidenbaum a remis sa démission de son poste d’adjoint, tout en restant membre du Conseil de Paris.Article réservé à nos abonnés Lire aussi Harcèlement sexuel au travail : « Au-delà de la sanction, la prévention est aujourd’hui indispensable »

« La municipalité demeurera intraitable avec tous types de faits de harcèlement moral ou sexuel, quelle que soit la qualité de leur auteur », affirme la Mairie dans un communiqué publié dans la foulée. Depuis 2016, la Ville s’est dotée d’un service d’accueil des victimes, qui « a démontré sa pleine efficacité en permettant une réaction immédiate dès le signalement des faits incriminés », ajoute le texte.

« On est en plein contrecoup de l’affaire Girard, analyse pour sa part Valentine Rebérioux, une des deux avocates de Pierre Aidenbaum. Comme la maire ne veut pas se retrouver accusée à nouveau de couvrir quoi ou qui ce soit, elle dégaine l’artillerie lourde sans que mon client ait pu s’expliquer. »

« Une relation qui a dérivé »

Harcèlement, agression sexuelle de la part d’un élu à la personnalité forte et aux colères légendaires, et dont certaines collaboratrices se méfiaient ? Son avocate, connue pour défendre plutôt des victimes de violences sexuelles, donne une autre version des faits. Elle évoque « une relation qui a dérivé au fil des années, passant d’une collaboration solide à une amitié, puis une amitié amoureuse ».

Selon Pierre Aidenbaum, cette proximité n’a pas débouché sur une relation intime. « Il n’y a eu aucun passage à l’acte ni aucun propos, aucun geste relevant du harcèlement ou de l’agression sexuelle, assure son avocate. Il n’y a rien non plus de sexuel dans les SMS échangés entre eux. » Averti vendredi qu’il était soupçonné de faits graves, l’ancien adjoint se dit « abasourdi ».

Pour Anne Hidalgo, cette affaire survient au mauvais moment. En juillet, certaines écologistes tout juste élues au Conseil de Paris avaient contesté la nomination de Christophe Girard comme adjoint à la culture, alors que celui-ci était mis en cause pour ses liens avec l’écrivain accusé de pédocriminalité Gabriel Matzneff. « Pas d’adjoint à la culture du viol », tel était le mot d’ordre de la manifestation qu’elles avaient organisée le 23 juillet en marge du Conseil de Paris. Le dossier avait provoqué de très fortes tensions entre Anne Hidalgo et ses alliés écologistes.Article réservé à nos abonnés Lire aussi Affaire Matzneff : Anne Hidalgo a appris l’existence de repas entre Christophe Girard et l’écrivain avant sa démission

Après la démission de Christophe Girard, désormais soupçonné en outre d’agression sexuelle, les socialistes souhaitaient clore ce pénible chapitre, ressouder la majorité rose-rouge-verte, et se consacrer enfin à la lutte contre le Covid-19 et aux projets pour lesquels ils ont été élus. L’enquête ouverte sur un deuxième adjoint complique la donne. « Et ce n’est peut-être pas fini, anticipe un ancien de la Mairie. La parole est en train de se libérer à l’Hôtel de ville. Qui sait jusqu’où cela ira ? »


Source : Denis Cosnard, Le monde