Q INFOS – Les réseaux pédocriminels n’existent pas… vraiment ?


L’affaire des mères françaises réfugiées en Suisse

Le C.I.D.E. n’a pas cherché à enquêter sur les réseaux pédophiles. Ce sont eux qui sont venus à lui, dès le milieu des années 1990, avec notamment plusieurs affaires dans la région de Nice-Monaco. Elles concernaient au moins trois enfants victimes d’un important et puissant réseau pédophile basé principalement dans le sud de la France. L’une de ces affaires, l’affaire « Kamal », a défrayé la chronique et a été largement médiatisée à l’époque.

Le parcours de ce père, Karim Kamal, est exceptionnel à plus d’un titre. D’abord par l’acharnement et le courage de cet homme dans son combat pour extirper sa fille embrigadée par la mère dans un réseau pédocriminel sur la Côte d’Azur. Malgré de nombreuses expertises et certificats médicaux, Karim Kamal n’obtiendra jamais l’aide de la justice française. Bien au contraire, il subira pressions, menaces, garde à vue arbitraire… Son avocat lui-même, Me Miguel Grattirola, sera en butte aux plus incroyables pressions pour « lâcher » le dossier.

Face à une situation sans issue en France, Karim Kamal s’envole avec sa fille à destination des Etats-Unis, en 1994, pour la mettre à l’abri. Il demande dès son arrivée l’asile politique pour sa fille (âgée alors de cinq ans) et pour lui. Mais la mère, aidée du vice-consul de France, va réussir en deux temps (la première tentative échouera de justesse) un « contre-enlèvement » de la petite, via le Mexique où elle réussit à s’enfuir.

Karim Kamal a été séparé de son enfant depuis lors, sans plus aucune possibilité de la protéger du pire… Piètre consolation et fait tout à fait exceptionnel basé sur les pièces du dossier français: il obtiendra l’asile aux Etats-Unis en 2001.

C’est l’avocat de Karim Kamal, Me Miguel Grattirola, qui prend contact avec le C.I.D.E. vers 1995. Constatant notamment des blocages au sein de la presse française (qui peine à aborder ce dossier), l’homme de loi a l’espoir de faire bouger les choses par la Suisse. Le C.I.D.E. empoigne le dossier et mobilise ses enquêteurs et experts. La presse suisse est alertée. Un article du «Journal de Genève» (très lu dans certains cercles en France) va notamment recevoir un écho certain dans l’Hexagone.

Des témoignages de mères françaises qui se disent prises au même piège pour avoir voulu dénoncer des abus commis sur leur(s) enfant(s) parviennent aux bureaux du comité àLausanne. Certaines, désespérées, demandent même la protection du C.I.D.E. pour elles et leur(s) enfant(s). Compte-tenu de certains dossiers, il semble effectivement urgent et évident de « mettre à l’abri » quelques-unes d’entre elles et les enfants victimes. Le comité s’y emploie, leur trouve toit et protection.

Mais c’est l’emballement. Le bouche-à-oreille fait son oeuvre, certaines associations françaises vont aiguiller elles aussi certaines mères vers Lausanne. D’autres mamans débarqueront sans même avertir, avec enfant(s) et bagages. Les médias s’emparent du phénomène, la situation est politiquement délicate (une mère déposera même une demande d’asile officielle), le dossier remonte jusqu’au gouvernement suisse à Berne et le tout devient « l’affaire des mères françaises (réfugiées en Suisse) ».

Le président du C.I.D.E., Georges Glatz, qui a par ailleurs à cette époque des fonctions officielles en matière de protection de l’enfance au sein de l’administration du canton de Vaud et qui est également député vaudois, est sous pression.

Dans un article du quotidien «24 Heures» (15.08.2002), Anne Giroud, cheffe du Service de la protection de la jeunesse (SPJ) du canton de Vaud, raconte: « Au début, M. Glatz les hébergeait chez des amis à lui et chez des militants de son organisation. Mais ils ont été rapidement débordés par le nombre de femmes qui arrivaient accompagnées de leurs enfants. Il a alors commencé à écrire à beaucoup de monde pour trouver des solutions ».

Et le journal d’expliquer que « Le canton de Vaud a mis en place un groupe de travail. Le SPJ est intervenu et a demandé aux femmes de se signaler. Il a débloqué une aide financière ponctuelle. L’optique était qu’elles repartent. La justice de paix a aussi désigné un curateur responsable pour défendre les intérêts des enfants. Jusqu’ici, une dizaine de cas ont été signalés au SPJ. Mais les associations qui les défendent estiment que plus d’une vingtaine de mères sont actuellement en Suisse. »

Au coeur de cette « affaire des mères françaises », il y a systématiquement les mêmes « ingrédients »: une mère (parfois un père) qui met en évidence des abus sexuels commis sur son (ses) enfant(s), des procédures judiciaires qui ne permettent pas d’assurer la protection des enfants concernés mais qui, au contraire, maintient le droit de visite, voire donne la garde au père (parfois une mère) abuseur et se retourne contre la parent dénonciateur.

Et pourtant, les nombreux dossiers reçus et examinés au C.I.D.E. le prouvent: derrière un certain nombre de ces drames se trouve un groupe de personnes en lien avec une structure pédocriminelle. L’analyse transversale des principaux dossiers réalisée par le C.I.D.E. en 2002 l’a montré (lire au chapitre suivant), de même que l’avait déjà prouvé l’identification d’un certain nombre d’enfants sur les CD-ROM de Zandvoort, lors de la séance mise sur pied à la police genevoise en 2000.

De fait, le C.I.D.E. – qui n’a toujours eu qu’un seul souci, celui de protéger des enfants – a permis à un certain nombre d’entre eux, en organisant leur hébergement en Suisse, d’échapper aux sévices, souvent innommables, subis au sein d’un groupe pédocriminel. Certains, devenus adultes, sont toujours en Suisse – légalement – en 2012.

Dans leur livre « Le livre de la honte – les réseaux pédophiles » Laurence Beneux et Serge Garde racontent (p. 89) comment ils ont été confrontés aux mêmes situations, au fil des nombreux dossiers étudiés:

« Certaines décisions (ndlr: de justice) ne s’expliquent pas.

Comment justifier que, face à un enfant qui fait un récit circonstancié, qui présente de nombreux signes cliniques évoquant l’agression sexuelle (…), des juridictions civiles prennent le risque de transférer le droit de garde du parent protecteur (qui n’est pas toujours la mère, précisions-le) vers le parent suspect? Sans même attendre la fin de l’enquête pénale, dérogeant ainsi au principe que « le pénal tienne le civil en l’état »? La justification est toujours la même: le parent protecteur donnerait une mauvaise image de l’autre parent, il serait hystérique… et cela nuirait à l’intérêt de l’enfant. Dans quelle mesure la justice nuit-elle à l’intérêt de l’enfant si ce dernier dit vrai? Si le parent qui dénonce a raison?

Des dossiers instruits entièrement à décharge, avec des expertises qui se perdent, des pièces qui disparaissent, des juges qui s’ajustent une casquette de psychologue, nous en avons trop vu. Parfois, on constate simplement de la négligence ou de l’indifférence de la part de magistrats surchargés de travail dans des tribunaux sinistrés. Les dégâts sont considérables ».

Et rien n’a changé depuis le début des années 2000, comme le démontrent, ici ou là, des affaires médiatisées ces dernières années sur Internet, mais surtout les témoignages recueillis tout récemment encore par le journaliste français Jacques Thomet, qui s’est intéresséparticulièrement à l’affaire d’Outreau (voir plus bas). Il écrit sur son blog: (http://www.jacquesthomet.com/):

« En pleine écriture de mon livre sur les conséquences funestes d’Outreau pour les enfants victimes de sévices sexuels en France, je suis submergé de témoignages sur les scandaleux refus par des juges de poursuivre les violeurs présumés de mineurs, preuves à l’appui, et je les dénoncerai un à un, comme j’ai commencé à le faire, pour avoir dans certains cas remis l’enfant victime…à son prédateur. » (15.04.2012).Trois jours plus tôt, il publiait le témoignage d’une mère baptisée « Marianne », qui se termine par cette conclusion désespérée:

« Tant que je ne serai pas morte, il continuera à nous faire du mal. Je demande une seule chose, qu’il me tue et qu’il cesse de faire du mal à mes enfants. Je pense qu’à ce moment-là, la France sera à même de protéger mes enfants. »

On pourrait citer encore d’autres exemples récents, dont un dossier parvenu au C.I.D.E. en 2011, celui d’un jeune mannequin employé dans une grande agence parisienne. Un témoignage qui, sous réserve de sa véracité, nous replonge dans le monde des groupes sectaires satanistes.

D’autres affaires dénoncées sur Internet démontrent que ces pratiques se perpétuent sans rien pour les empêcher.

Peut-on établir des liens entre les nombreux dossiers ?

C’est la question que se pose le C.I.D.E. en 2002, face à l’amoncellement des affaires qui parviennent sur ses bureaux à Lausanne. Il décide alors de mandater un journaliste pour tenter d’y répondre. Objectif visé: établir si des liens peuvent être confirmés entre ces différents dossiers par des analyses transversales. Le but est d’étayer la thèse de l’existence de réseaux pédocriminels français (avec connections internationales) à caractère commercial et/ou satanique, de mieux les cerner, mais aussi d’apporter (si possible) des éléments permettant de soutenir des procédures en cours ou à venir dans certains des dossiers examinés.

L’enquêteur réalise dans un premier temps un travail de synthèse informatique de ces dossiers, base indispensable aux analyses à venir. Il entreprend ensuite une opération de recoupement entre les différents dossiers, recueille des témoignages complémentaires en collaboration, notamment, avec un commissaire français à la retraite, mène certaines investigations pour tenter d’identifier des lieux décrits par les enfants. Une partie de ce travail a été faite dans la région parisienne à fin juin 2002.

Après plusieurs mois de travail, l’enquêteur remet un rapport au comité le 15.07.2002.

Il a pu établir une liste précise de plusieurs dizaines de liens entre des affaires qui, à l’origine, ne semblaient n’en avoir aucun – ne serait-ce que par les régions parfois très éloignées dans lesquelles elles ont vue le jour. – Ces liens sont établis par un certain nombre de faits, mais surtout par de nombreux témoignages (d’enfants abusés ou d’adultes qui les défendent) tendant à confirmer très clairement l’existence de connections entre la plupart des dossiers.

Mais force est de constater qu’il n’est toujours pas possible de pouvoir prouver de manière irréfutable les liens entre ces différents dossiers (hormis les certitudes quant à l’utilisation d’un certain nombre d’enfants dans des filières de pédophilie à caractère commercial), tout comme il n’est pas possible (malgré les nombreux témoignages concordants des enfants) d’apporter la preuve de l’existence de pratiques sataniques avec tortures et sacrifices d’enfants. Il manque des preuves irréfutables, qui pourraient être notamment du matériel photo et vidéo, que certains témoins ont promis mais jamais transmis…

Cela nécessiterait un travail d’enquête supplémentaire important, que le C.I.D.E. n’est pas en mesure de réaliser, et pour cause: il s’agit d’un travail de police. Celui, précisément, que la police n’a pas fait (ou mal) – quelle(s) qu’en soi(en)t la ou les raison(s). – En fait, seule une structure policière serait à même d’apporter les preuves, sur la base d’informations comme celles qui sont à cette époque en main du C.I.D.E. et d’autres organisations.


Source : AIVI