Q INFOS – En 2000 l’Humanité révélait « l’existence d’un cédérom de 8 500 clichés!


Le 24 février 2000, le journal l’Humanité révèle « l’existence d’un cédérom de 8 500 clichés dont la police néerlandaise a tiré un fichier de 472 portraits de mineurs. Images parmi lesquelles des viols d’enfants, parfois de bébés, et des scènes de torture. » Les portraits de ces plus de 470 enfants avaient été publiés par le journal. A la suite de quoi deux mères françaises ont dit avoir reconnu leur enfant disparu. La police néerlandaise avait été accusée de négligence.Les autorités françaises avaient appris ces informations par voie de presse, le pays n’étant pas concerné par cette affaire selon la police des Pays-Bas.

Pourtant, des adresses françaises avaient été retrouvées dans les carnets de Gerrit Ulrich, au même titre que d’autres pays européens. Si statistiquement nous connaissons tous des victimes, nous connaissons aussi tous des pédocriminels. Ils ne sont pas des individus isolés, ils sont des monsieur-tout-le-monde, faisant partie intégrante de notre société.

Et sur Internet, ce phénomène connaît un essor dramatique


Pédocriminalité : enfants traqués sur Internet

Louise Bur & Johan Maviert — 26 juin 2020

« Ça dépasse tout ce que vous pouvez imaginer », prévient-on au sujet de la pédocriminalité sur Internet. Aucune sphère de la société n’échappe aux abus sexuels sur mineurs. Et la toile n’y fait pas exception. Cet univers numérique semble être un terrain de chasse de choix pour ces prédateurs. Que ce sur soit Facebook, Snapchat, Instagram ou encore Tik Tok, de nombreux réseaux pédocriminels se constituent en ligne, faisant des avances aux enfants et les manipulant pour arriver à leurs fins.

Des réseaux déjà anciens

Les réseaux pédocriminels n’ont pas attendu que les réseaux sociaux deviennent les incontournables des adolescents pour s’étendre aux quatre coins du globe. L’affaire dite du fichier Zandvoort avait glacé le sang de l’Europe tout entière bien avant l’apparition des réseaux sociaux. Les faits ? En juin 1998, la police néerlandaise découvre un logement rempli de plusieurs milliers de photos pédopornographiques – le propriétaire, Gerrit Ulrich, avait été assassiné quelques mois plus tôt. Il aurait organisé tout un réseau marchand d’échanges d’images et de vidéos d’enfants abusés sexuellement.

Le 24 février 2000, le journal l’Humanité révèle « l’existence d’un cédérom de 8 500 clichés dont la police néerlandaise a tiré un fichier de 472 portraits de mineurs. Images parmi lesquelles des viols d’enfants, parfois de bébés, et des scènes de torture. » Les portraits de ces plus de 470 enfants avaient été publiés par le journal. A la suite de quoi deux mères françaises ont dit avoir reconnu leur enfant disparu. Mais ces cris maternels seront tus par la justice qui conclura à un non-lieu, en 2013, en raison de la date de prise des photos qui ne concorderait pas avec l’âge de l’enfant.

La police néerlandaise avait été accusée de négligence. « Le fichier établi par [les policiers] néerlandais n’avait en effet pas fait l’objet d’une transmission à Interpol, organisme de coopération policière internationale entre les Etats. » Les autorités françaises avaient appris ces informations par voie de presse, le pays n’étant pas concerné par cette affaire selon la police des Pays-Bas. Pourtant, des adresses françaises avaient été retrouvées dans les carnets de Gerrit Ulrich, au même titre que d’autres pays européens. Mais cette affaire n’est qu’un triste exemple parmi tant d’autres.20%des enfants européens sont victimes de violences sexuelles

La pédocriminalité n’est pas un phénomène épars. En 2016, un rapport du Conseil de l’Europe estimait à un cinquième, soit 20%, le nombre d’enfants européens victimes de violences sexuelles. Si statistiquement nous connaissons tous des victimes, nous connaissons aussi tous des pédocriminels. Ils ne sont pas des individus isolés, ils sont des monsieur-tout-le-monde, faisant partie intégrante de notre société. Et sur Internet, ce phénomène connaît un essor dramatique.

Des proies à portée de clic

La vaste majorité des élèves possèdent un téléphone portable, et ce de plus en plus tôt. Entre jeux, réseaux sociaux et autres applications, beaucoup cherchent à s’évader. Qu’y aurait-il à craindre d’un réseau social dont l’objectif annoncé est de se faire des amis ou d’une application de rencontre pour connaître l’amour auprès de jeunes de son âge ? Nous serions tentés de répondre « rien ». Et pourtant, les risques sont considérables tant les pédocriminels sont actifs sur Internet, assurent les acteurs associatifs et les lanceurs d’alerte. En effet, qui nous dit que notre amie Facebook de 13 ans, avec laquelle nous parlons depuis un mois ou deux, n’est pas en réalité un homme de 40 ans aux intentions bien loin de celles d’une jeune fille ?

Bien que difficilement quantifiable, la pédocriminalité sur Internet « est partout » assure Homayra Sellier, présidente et fondatrice de l’association Innocence en danger. Et pour cause, « 15% des moins de 15 ans ont déjà reçue des sollicitations sexuelles sur internet » révèle l’association Colosse aux pieds d’argile qui « a pour missions la prévention et la sensibilisation aux risques de pédocriminalité et de bizutage en milieu sportif, la formation des professionnels encadrant les enfants, l’accompagnement et l’aide aux victimes. »

La donne a changé. Un prédateur d’enfant n’a plus à attendre devant la sortie d’une école ou dans une aire de jeux, la victime se trouve à portée de mains, dans sa poche ou sur son bureau. Désormais, l’enfant vient à lui, et non l’inverse. Homayra Sellier explique « qu’Internet a cassé toutes les barrières qui séparent le violeur de l’enfant. » Elle regrette qu’aucune mesure de protection n’ait été prévue pour mettre en garde les enfants des dangers du web.

Les risques sont nombreux et pas toujours apparents. Certains pédocriminels dissimulent leur véritable identité derrière le compte d’une agence artistique fictive. Ils proposent à l’enfant de prendre quelques photos comme on lui proposerait de passer un casting. Pendant la quête d’identité et la construction de soi qui s’opère à l’adolescence il est aisé, pour un enfant, de se laisser séduire par la proposition. Mais derrière l’artiste se cache un prédateur au plan calibré et millimétré : très vite les menaces tombent, l’enfant est pris dans un engrenage destructeur.

« Plus terrorisant qu’un film d’horreur »

Steven Moore*, lanceur d’alerte et « intercepteur de pédocriminels » tel qu’il se nomme, a enquêté sur le sujet pendant douze ans. Depuis le début de l’année 2019, il intercepte des pédocriminels sur Internet avec la Team Moore, créée pour contrer ce fléau.

Et ce qu’il a vu l’a considérablement bouleversé et révolté. On ne peut imaginer les actes et leur ampleur qu’en y étant confronté assure-t-il. « Ce que j’ai vu est bien plus terrorisant que les films d’horreurs qu’on peut voir ». Des images s’échangent et se vendent à la vitesse de la lumière. Des photos d’enfants nus à des viols de nourrissons en passant par la torture de jeunes garçons et filles, le panel des horreurs est vaste. Et tout cela, à portée de clic, sur les réseaux sociaux.

D’autres mécanismes sont également à l’oeuvre. Certains viols d’enfants ne restent pas dans l’ombre mais se retrouvent sur des milliers d’écrans d’ordinateur à travers le monde. Un autre pas dans l’horreur est franchi : le viol retransmis en ligne. « Des milliers de personnes voient ce viol », se révolte Homayra Sellier. C’est ce qu’il s’est passé entre décembre 2018 et février 2020 en Corée du Sud. Dans cette affaire, nommée NTH Room, 260 000 personnes ont visionné des vidéos montrant des jeunes filles subissant des atrocités et servant d’esclaves sexuelles. Le nombre de participants impliqués dans ce dossier révèle qu’il ne s’agit pas d’un phénomène isolé, mais d’un fléau répandu, derrière lequel se trouvent des intérêts mercantiles.

Il s’agit avant tout d’un business. Un véritable commerce de viol s’est développé et le phénomène prend de l’ampleur selon les associations de victimes. « Le viol d’un enfant en Asie du Sud-Est par live streaming coûte entre 30 et 100 dollars américains, rarement au-delà. Plus l’enfant est jeune, plus le prix augmente. Le tarif du viol d’un enfant de 2 ans, ou moins, coûte aux alentours de 100 dollars. Nous avons des cas d’enfants âgés seulement de quelques mois », explique Yann Le Goff, commissaire divisionnaire et attaché de sécurité intérieure à l’ambassade de France à Singapour, dans une interview accordée à TV5MONDE.

Le recours à l’intimidation

Le chantage est également monnaie courante. Lorsqu’un pédocriminel commence à échanger avec un enfant, il peut lui demander d’envoyer des photos qui paraissent au début innocentes : un visage ou une tenue. Mais très vite, l’engrenage infernal s’enclenche : on demande à l’enfants d’envoyer des parties de son corps et, s’il ne le fait pas, des menaces de représailles lui sont adressées. « Envoie moi une photo de ton corps ou je tue tes parents » n’est, par exemple, pas une exception. Ces menaces poussent les enfants à se murer dans le silence et à s’engager dans un processus dont ils sont victimes, car pas assez protégés sur les réseaux sociaux. Ce genre de messages ont été plusieurs fois constatés par les « intercepteurs de pédocriminels ». Un enfant d’une dizaine d’années peut-il faire preuve de discernement face à de tels messages ?

Ces pédocriminels, au-delà des photos envoyées et demandées, peuvent donner des rendez-vous auxquels certains enfants se rendent. En se faisant passer pour des adultes protecteurs, ils prennent, parfois définitivement, les enfants dans leurs griffes. C’est le cas d’Alicia Kozakiewicz, une jeune fille de 13 ans qui, en 2001, avait été enlevée, séquestrée et violée par un homme de 38 ans, qui se faisait passer pour un jeune homme de son âge. Steven Moore assure être plusieurs fois tombé sur de potentiels kidnappeurs et tueurs d’enfants. Et pour cause, ce sont environ 50 000 enfants qui, chaque année, disparaissent. Si la grande majorité reparaît dans les heures ou les jours qui suivent, ce n’est pas le cas de tous. En 2016, « 687 [signalements] font l’objet de disparitions « inquiétantes » ». « Ils sont où ? », s’interroge avec rage Steven Moore. Il estime que certains d’entre eux sont probablement tombés dans des réseaux pédocriminels et va jusqu’à parler de « trafic d’enfants ».

Des traqueurs traqués

Si en France l’éveil à ces sujets est récent, au Royaume-Uni cela fait plus de dix ans qu’une prise de conscience concernant l’ampleur de ce fléau a été réalisée. De nombreux internautes ont décidé de prendre les choses en main en créant de faux profils sur les réseaux sociaux et ainsi piéger les prédateurs sexuels qui pourraient s’en prendre à des enfants. Ces intercepteurs de pédocriminels britanniques travaillent de concert avec la police. Ils sont à l’origine de la moitié des arrestations de prédateurs sexuels. Mais en France aussi des activistes de l’ombre protègent nos chères têtes blondes, les 20 unités françaises de cyber patrouilleurs étant trop peu nombreuses pour s’occuper de tout, estime Steven Moore. Ce dernier agit pour pallier les manques de la justice française.

Pour lui, tout commence le 6 mars 2019 quand il décide de créer, sur Facebook, le profil d’une enfant virtuelle nommée Alicia. Tout est calibré, de la photo à l’histoire de cette enfant de 12 ans. L’attente de ce père de famille de quarante ans ne sera pas longue. Quelques vingt minutes plus tard, un premier pédocriminel contacte Alicia. Le lendemain, ce sont plus de dix individus qui discutent avec elle. « Ils ne se cachent même pas », déplore Steven Moore face à la facilité avec laquelle ces prédateurs agissent.

Il affirme même que l’enfant dont il a pris l’identité sur Facebook serait déjà morte à l’heure qu’il est si jamais elle avait été à l’un de ces rendez-vous. Certains hommes lui proposaient de vivre dans un chalet isolé où elle serait enfermée pour toujours – mais pour son « bien ». D’autres lui proposaient de manière plus frontale des relations sexuelles dans des caves.

Afin de mettre un « filet de protection » entre de potentielles victimes et ces prédateurs, ce lanceur d’alerte a décidé de ne pas rester seul. Il a déjà formé 1 600 personnes désormais capables de se faire passer pour de vrais enfants sur les réseaux sociaux. L’objectif était d’opposer « une armée formée » aux prédateurs présents dans les poches des enfants par l’intermédiaire de leur téléphone portable. Mais certains soldats de cette « armée » ont posé les armes. Face à l’horreur de ce qu’ils ont eu sous les yeux, « certains sont aujourd’hui en burn out, c’est tout à fait normal, reconnaît Steven Moore. Tous ont été choqués, certains ont des stress post traumatiques. On ne dort pas la nuit après ça ».

Les bénévoles de la Team Moore n’en restent pas à des échanges numériques. Les adultes derrières les faux comptes d’enfants se rendent aux rendez-vous donnés par les pédocriminels pour le mettre face à la réalité de ses actes. Le déni des prédateurs est extrêmement courant explique Steven Moore : ils peuvent prétendre qu’ils ont été victimes d’un piratage, tandis qu’ils ont envoyé des photos de leur visage, de leurs corps et de leur sexe à des profils d’enfants. Mais le travail ne s’arrête toujours pas pour ces activistes. Ils continuent de suivre ces individus qui récidivent bien qu’ayant été mis face au fait accompli, assure-t-il.

Mais les résultats sont là. Le mouvement qu’il a initié depuis plus d’un an a permis l’arrestation de plus d’une vingtaine de pédocriminels sur trois continents (à la Réunion, en France et au Canada). Certains parquets ont tout de suite accepté de se charger des dossiers qu’il avait montés. Mais certaines autres juridictions n’ont pas souhaité reconnaître ses documents comme des preuves. Steven Moore conclut qu’il pourrait donner les noms de cent à deux cents pédocriminels à la justice française. C’est le nombre de dossiers constitués par les personnes françaises qu’il a formé et qui composent le réseau (r)évolution. Homayra Sellier reconnaît elle-même que la « Team Moore fait avancer la protection des enfants. Il y a des résultats »« Donnez nous un cadre légal et on va changer les choses », en appelle de ses voeux Steven Moore.

Des contenus signalés… qui ne disparaissent pas

Steven Moore explique qu’au cours du confinement, les bénévoles ont passé 80% de leur temps à signaler des contenus pédopornographiques. Comment expliquer cela au vu des politiques de modération mises en place sur les réseaux sociaux ?

Selon Homayra Sellier et Steven Moore, il y a une sorte de « laissez-faire » sur internet, un paradoxe entre les signalements faits, par les associations, de contenus à caractère pédopornographique, et la modération réellement effectuée par les réseaux sociaux. Selon Steven Moore, de nombreux contenus signalés sur Facebook par lui ou d’autres membres de ses équipes n’ont pas été réellement supprimés de la plateforme. Homayra Sellier, si elle n’a pas directement été victime du même processus, témoigne de retours de vidéos ou photos à caractère pédopornographique qui avaient pourtant été signalés. Des lacunes concernant la modération et le signalement des contenus pédopornographiques ou pédocriminels sur les réseaux sociaux semblent se faire sentir.

Contacté par L’Alter Ego, un porte-parole de l’entreprise Facebook a répondu que le réseau social avait une politique de « tolérance zéro sur les images à caractère pédopornographique » et que les contenus incriminés étaient retirés dès leur identification. La plateforme affirme qu’ »assurer la sécurité des enfants est [leur] priorité absolue » et que « près de 99,5 % des contenus pédopornographiques«  retirés « ont été détectés par [leurs] technologies, avant qu’ils ne [leur] soient signalés ». Le porte-parole ajoute : « Nous ne souhaitons pas que des personnes utilisent Facebook pour favoriser tout type de comportement violent. C’est la raison pour laquelle nous avons des règles qui interdisent les menaces d’atteinte physique directe, et d’autres qui protègent les données personnelles des utilisateurs s’ils sont par exemple humiliés publiquement. Nous retirerons tout contenu qui viole ces règles dès lors qu’il nous est reporté. » Comment expliquer alors les observations faites par Steven Moore et Homayra Sellier ? Comment des contenus pédopornographiques signalés ont-ils pu réapparaître, pour certains plusieurs fois ?

À l’évocation d’un exemple concret – une publication signalée par la Team Moore qui n’avait pas été supprimée par Facebook au motif que « la photo a été examinée, et bien qu’elle n’enfreigne aucun de nos Standards de la communauté spécifiques, vous avez bien fait de nous en informer. » – le réseau social répond qu’« après analyse avec [leurs] équipes, il semblerait que ce contenu ait été retiré. » Le conditionnel semble avoir son importance.

Autre point troublant dans leur réponse : l’existence des profils détenus par « une personne condamnée pour abus sexuels sur mineurs » susceptibles d’être retirés. L’information concernant ces profils est faite par « les signalements de [leur] communauté ou ceux des autorités« . La question des profils détenus par des personnes encore non condamnées pose question.

CRÉDITS PHOTO : CAPTURE D’ÉCRAN DE STEVEN MOORE TRANSMISE À L’ALTER EGO.

Du côté du gouvernement, si des propositions ont été faites pour pallier ce problème, elles restent insuffisantes aux yeux des acteurs associatifs. La proposition de loi contre les contenus haineux sur Internet, plus connue sous le nom de loi Avia, adoptée à l’Assemblée Nationale le 13 mai dernier est susceptible de faire changer la donneMais cette dernière a été largement retoquée par le Conseil Constitutionnel le 18 juin. La loi obligeait les opérateurs de plateforme en ligne et les moteurs de recherche à retirer dans un délai d’une heure, après notification, les contenus pédopornographiques, entre autres. Si cela n’était pas fait, les plateformes pouvaient être passibles d’une amende allant jusqu’à 1,25 million d’euros. Toutefois, la question de ce qui constitue un contenu pédopornographique restait à la portée des plateformes, et non des juges. Pour Steven Moore, la loi Avia est un « écran de fumée », elle contourne le problème et ne propose pas de réelles solutions. Ce que confirme Homayra Sellier. Elle juge que la loi ne va pas assez loin et que la situation n’est pas en passe de changer tant qu’aucun coupable n’a été désigné directement dans ces situations. Internet n’est pas adapté pour les enfants et les plateformes ne semblent pas prendre conscience du problème : « si Google ne nous aide pas, quels sont nos moyens d’agir ?« , se demande Homayra Sellier.

Par ailleurs, le droit et les politiques de modération des plateformes ne permettent pas d’améliorer fondamentalement le problème de la pédocriminalité sur les réseaux sociaux. Selon Steven Moore, il y a « une complicité active de Facebook » et des autres « autorités qui ne font rien« . Et ce, d’autant plus que la plateforme aurait supprimé des publications de la Team Moore dénonçant l’inaction de Facebook après le signalement de contenu pédocriminel.

La France est à la traîne par rapport à d’autres pays européens estime Homayra Sellier. La France est conduite dans « une voiture qui a quarante ans« , avec des dysfonctionnements et un manque de compréhension face à l’ampleur de ce phénomène. De plus, les mots ne sont pas encore mis sur les violences sexuelles subies sur Internet. Il faut que les plateformes soient désormais mises au pied du mur face à ce sujet, pour les acteurs associatifs. Créer de réelles instances juridiques et mettre en place des méthodes efficaces, en s’inspirant de la méthode de Steven Moore par exemple, pouvant réguler et condamner de tels contenus apparaît être une nécessité. Les modalités de condamnation seraient aussi à revoir selon les associations. Aujourd’hui, un individu coupable de détention d’images à contenu pédopornographique peut se voir accorder un sursis ou une peine légère. Ce fut notamment le cas en 2019, lorsqu’un individu de 25 ans avait été retrouvé en possession de contenus pédopornographiques en grande quantité sur son ordinateur. Il avait alors été condamné à 18 mois de prison avec sursis et obligation de soins. De même, en mars dernier, un habitant du Touquet était condamné à neuf mois de prison avec sursis pour possession de contenus à caractère pédocriminel, impliquant des viols d’enfants.

La pédocriminalité sur internet est donc un phénomène récurrent. Il est rare qu’un pédocriminel soit traduit en justice pour des actes commis sur Internet. Selon les associations, la difficulté à condamner et à contrôler la pédocriminalité sur le web est révélatrice des lacunes de la justice française. Le manque de moyen, le manque de formation et de lois mettant les coupables hors de nuire empêchent la résolution du problème. « Au total, c’est 0,3% des victimes qui arrivent à condamner leur agresseur. 0,3%. Autant dire qu’en France, la pédocriminalité est un crime quasi impuni » explique Anna Ravix, journaliste à Konbini. Aujourd’hui « 4 affaires de violences sexuelles sur 10 sont des agressions sexuelles sur mineur » explique le ministère de la justice. « 46 % des victimes [de violences sexuelles] avaient moins de 15 ans au moment des faits et plus globalement 62 % étaient mineures. […] Et plus des deux tiers [des victimes d’agressions sexuelles avaient] moins de 18 ans. » explique le ministère de la justice. Dans les affaires de viol, 52% des victimes avaient moins de 18 ans.

Et pourtant, la pédocriminalité n’est pas une fatalité. Une meilleure protection des victimes, un encadrement complet des agresseurs et une sensibilisation de toute la société pourraient conduire à une diminution de ces phénomènes. Avec le développement des réseaux pédocriminels sur Internet, le préventif semble être la voie à privilégier au curatif. Sur la toile, les enfants ne sont pas le public cible, il s’agit d’un territoire dangereux qui n’a pas été adapté à leurs besoins. Des livres aux contenus douteux sont vendus sur Amazon, des vidéos YouTube avec des personnages de dessin-animé s’adonnent à des rapports sexuelles et les réseaux sociaux se démocratisent chez les préadolescents. Internet ne protège pas les enfants. Des solutions sont donc à mettre en place pour sécuriser la navigation de ces derniers sur les plateformes et adapter le web dans un monde où avoir un téléphone ou un ordinateur dans les mains se fait dès les premières années.

* PSEUDONYME QU’IL SE DONNE LUI-MÊME.


Source : Lalterego