Q HISTOIRE – Allemagne : Un réseau pédocriminel d’Etat,

sous couvert de pédagogie et de libération sexuelle

Nouveau scandale en Allemagne, même s’il couve depuis quelques années. Il est question cette fois-ci de l’alimentation par les services sociaux de réseaux pédocriminels, en toute impunité pendant 30 ans malgré les alertes. Le tout, organisé par un certain Helmut Kentler, sexologue et pédagogue meneur dans la vague allemande de « liberation sexuelle » à travers laquelle beaucoup ont cherché à transformer les enfants en objets sexuels. Pendant plus de 30 ans, jusqu’en 2003, les autorités allemandes ont continué envers et contre tout à fournir des enfants à des pédophiles, le tout organisé par le Dolto – Kinsey allemand, Helmut Kentler, la star allemande de l’ « éducation sexuelle » (au sens littéral). Cette icône de la « révolution sexuelle » menait officiellement des « expériences » sociologiques avec des pédocriminels et des enfants. Un réseau pédocriminel d’Etat sur la vague de la « libération sexuelle »
Ce psychologue spécialisé dans la pédagogie[1] et sexologue a commencé son expérience à la fin des années 60 avec des enfants récupérés par les services sociaux dans les rues de Berlin Ouest, qu’il faisait placer chez des pédocriminels de tous niveaux sociaux. Selon Kentler, qui disait ne pas être lui-même pédo « phile » mais homosexuel, les « contacts sexuels » adultes-enfants ne sont pas nocifs pour les enfants. En 1970, il réclamé devant le parlement allemand l’impunité totale pour les pédos. Pour justifier son expérience, l’argument avancé était que l’opération était gagnant – gagnant : les enfants ne trainaient plus dans les rues, et les pédos n’auraient plus besoin de chercher d’autres victimes. En plus, ça permettait de « socialiser » ces enfants, toujours selon Kentler. Quant aux pédos, ils recevaient même une allocation pour « s’occuper » des jeunes, apparemment tous des garçons. Cet organisme de placements a fonctionné jusqu’en 2003, et était conçu dans le cadre du « Projet Kentler », selon le principe de Kentler de « vie commune d’un enfant et d’un pédophile ». Evidemment, ce délire a été approuvé aussi bien par des sénateurs que par les services sociaux de Berlin, qui ordonnaient légalement les placements. A partir de 1988, selon l’association EMMA qui a beaucoup enquêté sur ce réseau, des adolescents séropositifs ont été confiés à des couples gays. Et la sénatrice de l’éducation de Berlin Cornelia Schmalz-Jacobsen, du parti libéral (droite) a sollicité Kentler pour évaluer si les couples homosexuels étaient des parents appropriés. 
De nombreuses alertes ont été effectuées au fil des années, par les jeunes, par des éducateurs, par des associations, mais rien n’a bougé. Les autorités n’ont même jamais répondu aux lettres de victimes, qui dénonçaient les viols et la pédopornographie. Des fichiers ont également disparu, et aucun employé de ces administrations n’a jamais été poursuivi, même administrativement. De leur côté, les victimes n’ont évidemment pas été indemnisées. L’un des pédos qui a hébergé une dizaine de garçons était un cambrioleur pédocriminel dénommé Fritz H., né en 1941. Des journalistes ont retrouvé une lettre d’un procureur de Berlin à Fritz H, dans laquelle il l’appelait « Cher Monsieur H. », et l’avisait : « L’enquête contre vous sur des soupçons d’abus sexuels (enfant) a été abandonnée ». Du coup, il a pu héberger des enfants en tant que famille d’accueil jusqu’en 2003, et est mort en 2015. Il les frappait, les violait, n’assurait en rien leur éducation et leurs besoins, et un jeune en est mort. Les victimes avaient souvent le même parcours. Pour l’une d’elles, « Marco », ça a commencé à ses 9 ans quand il a été placé chez Fritz H par les services sociaux de Berlin. Après, toutefois, que Fritz H. se soit assuré qu’il n’avait pas le SIDA. Comme lui, neuf autres garçons entre 1973 et 2003 ont été placés chez Fritz H., qui les coupait systématiquement de leurs proches quand ils en avaient encore. D’après les documents, Fritz H. choisissait lui-même les enfants qu’ils venait chercher dans les foyers de Berlin. A plusieurs reprises, il a embarqué chez lui des garçons, issus de familles difficiles ou récupérés dans les rues. Parfois, on se demande même si Fritz H. n’avait pas repéré les garçons avant qu’ils n’arrivent dans le foyer où ils lui ont été ensuite confiés.  
Selon Marco, un garçon très handicapé est mort chez ce type[2], ce qui n’a pas empêché qu’on lui confie d’autres victimes. La plupart des éléments sur ce réseau ont été fournis par Marco, arrivé chez Fritz H. en 1989 et une autre des victimes de Fritz H, Sven arrivé en 1991 après avoir été récupéré l’année précédente par la police à Leopoldplatz avec une hépatite[3]. Les deux ont contacté les médias après avoir tenté en vain de parler aux autorités. Selon Marco et Sven, Kentler était en contact étroit avec leur bourreau adoptif, avec lequel il correspondait. D’ailleurs en 1979, une fois où un psychologue a soupçonné une relation tordue entre Fritz et un des jeunes, le pédo a menacé le psy d’appeler Kentler, qui a rédigé plusieurs notes et attestations de bonne vie et moeurs en sa faveur. Le jeune Carsten est arrivé chez Fritz H. en août 1977 à 11 ans, après que sa mère, dépassée, l’ait placé en foyer en 74. Il fuguait souvent et a atterri à la gare du Zoo, quand les services sociaux ont décidé de le placer chez Fritz H., d’où il s’est enfui. Selon Marco, Fritz H. gardait contact avec ses victimes, même s’il n’était plus attiré sexuellement au-delà de 13, 14 ans, simplement pour garder une forme de contrôle et éviter qu’ils ne parlent. Une autre victime de ce réseau, Ulrich, était un adolescent illettré qui se prostituait à la gare du Zoo quand il a été ramené dans le programme de Kentler en 1969. Lui a été placé chez un pédo qui hébergeait de jeunes fugueur contre des relations sexuelles, surnommé Mutter Winter (Maman Hiver). 
Kentler a décidé de faire de Mutter Winter un foyer d’accueil pour lui permettre d’être rétribué, et y a placé un jeune de 13 ans Ulrich, sur lequel il a écrit dans ses notes que « L’avantage était qu’Ulrich allait bien et qu’il aimait le sexe, donc il était capable d’avoir la bonne attitude avec des hommes pédophiles, à qui il donnait quelque chose en retour ». Kentler qualifiait ce jeune de « stupide », incapable de lire ne serait-ce que l’heure, mais qui avait quand-même « l’air incroyablement bien soigné » pour un jeune qui trainait depuis si longtemps dans les rues. Ulrich est resté 4 ans chez ce pédocriminel, en sachant un peu lire et écrire, précise Kentler dans ses notes. Kentler affirmait que ces jeunes garçons n’auraient jamais pu trouver d’âme charitable pour les héberger si l’âme charitable en question n’était pas un pédo, et que ces derniers agissaient parce qu’ils étaient « amoureux » de ces jeunes en difficulté. Cette théorie était répandue à travers un véritable endoctrinement aussi bien du public que des enfants autour de l’ « expérience » de Kentler. Une brillante carrière de propagandiste pédo « phile » Kentler, qui est mort en 2008 à 90 ans et sans jamais avoir été inquiété grâce notamment à la prescription, n’était pas censé être un hurluberlu. Bien au contraire, bien qu’ouvertement gay, il avait pignon sur rue : il était conseiller psychologue pour la police, passait pour un expert du service de protection de l’enfance et de la jeunesse de Berlin, a été expert dans une trentaine de procès de pédocriminalité [4], et fut le chantre de la liberté sexuelle contre la vieille morale. Il était d’ailleurs une icône chez les Verts qui prônaient ce genre de théories machistes qui devaient mettre la sexualité de tous en libre-service pour ces messieurs, pédos et autres. Kentler a participé à deux puissants lobbys pédos de l’époque, la DSAP (Deutsche Studien- und Arbeitsgemeinschaft Pädophilie- Groupe allemand d’étude et de travail sur la pédophilie) et l’AHS (Arbeitsgemeinschaft Humane Sexualität – Groupe de travail sur la sexualité humaine). Bruno Bendig, qui a dirigé les deux groupuscules, a été condamné pour pédocriminalité sur neuf enfants en 1993. Un leader du parti Vert dans les années 80 également lobbyiste pédo et gay, Dirter F. Ullmann, a aussi fréquenté les deux groupes. Il a ensuite été condamné pour des maltraitances sexuelles sur mineurs à six reprises. Bien que sa première condamnation remontait à 1980, il a monté les marches du parti jusqu’à arriver au bureau fédéral en 1985 où il a revendiqué la « liberté des relations sexuelles » adultes-enfants. Kentler disait carrément, comme tous les pédos, que la sexualité était bonne pour les enfants. Il a écrit en 1969, par exemple : « La grande majorité de mon expérience a montré que les conditions pédérastiques peuvent avoir un impact très positif sur le développement de la personnalité d’un garçon, surtout si le pédéraste est un véritable mentor du garçon ». Il n’y avait aucune conséquence aux « relations sexuelles » sur les enfants, selon Kentler et son fan-club pléthorique à l’époque, et tout cela était de « l’amour ». Comme si les pédos étaient fleur bleue. 

En 1969, alors responsable d’un département du Centre pédagogique [5] qui est au centre de l’organisation de ce réseau, il a recommandé au bureau de la jeunesse de Berlin d’accueillir des adolescents et des jeunes fugueurs de la gare du Zoo (haut lieu de prostitution de mineurs durant des années) chez des pédos. Les trois premiers « pères d’accueil » qu’il a recrutés étaient concierges et s’étaient rencontrés en prison où ils se trouvaient pour des violences sexuelles sur mineurs. Au milieu des années 70, il est devenu prof à l’Université de Hanovre, puis est devenu président de la « Société allemande de recherche sexuelle » en sciences sociales, a collaboré avec le groupe de travail sur la sexualité humaine, et a mené une brillante carrière jusqu’à sa mort. En 1997, il devait même recevoir le prix de l’émancipation Magnus Hirschfeld, parrainé par le parti socialiste, le SPD. D’ailleurs, le SPD a beaucoup collaboré avec Kentler et favorisé ses délires. Suite à une enquête de l’association de droits des femmes EMMA, la cérémonie du prix a été annulée par le jury un quart d’heure avant de commence

 A cette époque post-68, comme en France, les anciens « révolutionnaires » sont devenus les cadres du système. Le chef du Centre de Protection des Enfants (Kinderschutzzentrum) à Berlin dans les années 70 était Reinhart Wolff, un « sociopédagogue » gay proche des Verts qui voulait absolument détruire la famille (en particulier les mères) pour mieux accéder aux enfants. Ils défendaient aussi la « tolérance » vis—vis de la pédocriminalité et autres violences patriarcales. Lui et sa femme ont développé le concept des « abus d’abus » à partir des années 90 pour contrer les accusations des associations de protection de l’enfance et les féministes contre la sexualité sur les enfants. En 74, Kentler a préfacé le livre « Montre-moi ! », sur l’éducation sexuelle parents-enfants, en 75, ce sont même deux bouquins pédos qui sont sortis en Allemagne : celui de Kentler intitulé « les parents apprennent l’éducation sexuelle » et celui de Cohn-Bendit appelé « Le Grand Bazar », dans lequel il prône les « jeux érotiques » avec les enfants[6]. Kentler, qui avait inventé le concept d’ « éducation sexuelle émancipatrice », était très proche de l’Association de Protection des Enfants (Vorsitzende des Kinderschutzbundes), dirigée par Walter Bärsch qui revendiquait le « droit à l’autodétermination sexuelle » des enfants, y compris avec des adultes bien-sûr. Cette association a collaboré avec le groupe de travail sur la sexualité humaine dont Kentler était un conseiller. Le président du groupe de travail sur la sexualité humaine était Bruno Bendig, qui avait été directeur d’une association pro-pédos, la Deutsche Studien- und Arbeitsgemeinschaft Pädophilie, qui a été dissoute en 1983. Beaucoup de ses membres ont alors rejoint le groupe de travail sur la sexualité humaine. Il y a aussi des rapprochements entre le parti Vert et le Mouvement Pédophile d’Allemagne de l’Ouest qui ont été mis à jour en 2013. Outre les milieux pédos, Kentler fréquentait aussi… les milieux évangéliques. En effet, dans les années 70 et 80 au moins, il a participé aux Journées de l’Eglise évangélique allemande : il était en 1979 au meeting de Nuremberg où il a participé à une conférence sur le thème « homosexualité et évangile » avec le groupe de travail œcuménique « Eglise et Homosexualité », en 1985 à Düsseldorf, en 1987 à Francfort-sur-le-Main, en 1989 à Berlin…  

Pour contrer les accusations qui montaient contre les « pédophiles », des psychanalystes freudiens ont repris allègrement la dénonciation des « abus d’abus » et développé des théories misogynes notamment en matière éducative, familiale ou sexuelle. Pendant tout ce temps, il a été impossible d’alerter sur l’ampleur des violences sexuelles contre les mineurs, ce discours était inaudible. En 1980, la coalition socialistes-libéraux ont même failli supprimer la pénalisation de la sexualité avec des enfants. Comme en France, le mouvement gauchiste machiste-pédophile était puissant jusqu’aux années 80. En 1989, Kentler écrivait « Pères de substitution – les enfants ont besoin de pères », tout à fait dans la veine pédocriminelle et patriarcale… En 2010 le patron de la revue Konkret, la revue phare de la gauche allemande des années 60-70 dissoute en 1973, Klaus Rainer Röhl (marié à une leader d’Action Directe, Ulrike Meinhof, tuée en prison), a été accusé de pédocriminalité par ses propres filles en 2010. Il défendait évidemment des positions pro pédos. Après sa mort, Kentler lui-même a laissé de nombreux documents sur son expérimentation qu’il a qualifiée de « succès ». Il ne semble pas qu’ils aient été exploités à fond.


Affaire étouffée

Pourtant, de 1993 à 1997, l’association EMMA avait dénoncé Kentler et est même parvenue à l’empêcher de recevoir ce prix. L’asso a exposé son rôle clé dans le réseau pédocriminel et plusieurs rapports avaient été transmis aux autorités. Pendant ce temps, Fritz H. et d’autres continuaient à à récupérer des enfants. L’association avait dénoncé toute la bande d’experts et de pédophiles (parfois les mêmes) qui criaient à l’ »abus d’abus », thématique qui n’est pas sans rappeler certains bouquins de Bensussan, comme « le désir criminel ». Kentler a adopté lui-même trois garçons par le circuit berlinois, et a écrit sur l’éducation qu’il leur donnait afin de « développer la fonction sexuelle ». Il faisait cependant attention à n’évoquer que des faits prescrits, comme il l’a précisé dans un document

Mais à cette époque, comme en 2013 quand de nouvelles accusations sont passées dans la presse, les Verts et une grande partie de l’establishment ont minimisé les faits et en grande partie étouffé le scandale[7]. De fait, des Ecolos très connus, comme Volker Beck, accessoirement militant gay, ont réclamé la « dépénalisation » de la « pédosexualité » et dénoncé la « criminalisation » de ces actes jusqu’à la fin des années 80. Cette nouvelle enquête a été menée non pas par la police, ni par la justice, mais par des chercheurs de l’Université d’Hildesheim qui ont plongé à la demande du département de la jeunesse de Berlin dans les archives et ont interrogé un maximum de témoins, après que deux premières victimes aient tenté de dénoncer le réseau. Cependant, ils n’ont eu accès qu’à une partie des dossiers, et ceux qu’ils ont obtenus étaient souvent caviardés, notamment les noms des protagonistes. Cela, après de premiers travaux universitaires sur le sujet, qui avaient montré l’implication des Verts (dont faisait partie Cohn-Bendit par exemple) et de l’Association de protection de l’enfance [8]. Ils ont conclu qu’il existait un « réseau au sein des institutions éducatives », des services sociaux et du Sénat de Berlin, dans lequel ce genre d’actes pédocriminels était « accepté, soutenu, défendu »

Parmi les « pères d’accueil » il y avait des universitaires réputés, notamment du Max Planck Institute, de l’Université Libre de Berlin et de l’Ecole Odenwald, où un scandale de pédocriminalité a été révélé il y a quelques années entraînant la fermeture de l’école. Mais, leurs noms n’ont pas encore été révélés publiquement. On ignore toujours le nombre, même approximatif, des victimes. Et celui des pédocriminels qui ont obtenu des enfants, parce que les auteurs du rapport de l’Université d’Hildesheim n’ont pas enquêté sur les « pères d’accueil » hormis Fritz H. « Au sous-sol de l’administration, il y a encore environ 1 000 dossiers qui n’ont pas encore été traités », explique Wolfgang Schröer, expert de Hildesheim pour la protection de la jeunesse et membre du groupe qui a réalisé l’étude. La sénatrice responsable des recherches sur le projet Kentler a dit que les victimes pourront être indemnisées, ce qui serait une première car toute procédure leur a été refusée jusqu’à présent au nom de la prescription. Mais, les fils « adoptifs » de Fritz H. aimeraient surtout que la lumière soit faite sur les responsabilités, en particulier au niveau de l’Etat. Selon « Marco », l’un des responsables probables, chef d’un bureau d’aide à la jeunesse à l’époque, est toujours en vie mais aucune enquête n’a été ouverte jusqu’à présent, sur aucun suspect. « Ils ont atteint leur objectif, aucun nom n’a été donné. Ils ont protégé leur système », résume Marco, âgé aujourd’hui de 40 ans. Lui et Sven ont ouvert une cagnotte fin 2019 pour entamer des procédures contre l’Etat. Le rapport de l’université de Hanovre demande toutefois de poursuivre les investigations.


L’affaire de l’école d’Odenwald

Des enfants du réseau Kentler ont aussi été confiés à Gerold Becker, directeur de l’école d’Odenwald de 1972 à 1985 qui a violé des dizaines de garçons[9]. Il s’agissait d’ailleurs probablement du même réseau autour de la « pédagogie », alimenté par des garçons de Berlin, car parfois c’est directement de bureau d’aide à la jeunesse de Berlin qui envoyait les garçons à Odenwald, un foyer éducatif dispensant une pédagogie qui se voulait « réformatrice » et libérale, comme les fumeux « lieux de vie » français[10]. Gerold Becker passait lui aussi pour une star de la pédagogie alternative, et était proche des évangléiques. Il était soutenu dans sa démarche à l’école d’Odenwald et dans ses positions par son mentor Hartmut von Hentig, pédo »phile » et star de la pédagogie d’après-guerre (beaucoup se sont demandé s’ils n’étaient pas amants) [11]. En fait, il semble que la réforme pédagogique et l’Eglise évangélique allemandes sont très liées même si les conenxions n’ont pas vraiment été explorées et qu’une vétiable omerta règne à ce sujet. Et comme dans l’église catholique, les cas d’abus sexuels commis par des membres de l’église évangélique sont nombreux: 600 répertoriés officiellement depuis 1950, ce qui n’est évidemment que la partie immergée de l’iceberg. L’école d’Odenwald était même soutenue publiquement par les élites protestantes pour sa pédagogie novatrice. Cela s’explique en partie par le fait que l’église protestante cherche pour étendre son pouvoir à avoir de l’influence sur les meilleures écoles et sur l’évolution de l’enseignement qu’elle cherche à modeler selon ses principes. A la fin du XIXe siècle, ils ouvraient déjà des sortes de communautés à but éducatif pour les jeunes vagabonds ou délinquants.

Dès la création de l’école en 1910, la pédagogie était particulière, appelée la « pédagogie de la réforme », qu’on pourrait qualifier de « très libre ». Très rapidement, des plaintes de parents concernant des agressions sur leurs enfants ont commencé auprès des autorités de l’école. Les autorités de Berlin payaient l’école pour l’internat des jeunes qui y étaient placés ou envoyés en internat. Pourtant, certains ont été expulsés de l’école par Becker à 14 ou 15 ans, sans que personne ne s’inquiète de ce qu’ils étaient devenus. Des accusations d’agressions sexuelles ont commencé à émerger publiquement en 1998, pour des faits remontant aux années 70 et 80. Mais ils étaient prescrits et la procédure a été stoppée en 1999. Becker, lui, a quitté l’école d’Odenwald en 1985 pour devenir « expert » en éducation. Comme au Coral, par exemple, les éducateurs n’étaient généralement pas formés ou diplômés pour intervenir auprès des jeunes, et un certain nombre était sujet à des addictions ou même des agresseurs sexuels connus. Certains ont démissionné ne pouvant supporter l’ambiance dans l’école. Le scandale a éclaté en 2011, après que la nouvelle directrice ait ouvert une enquête interne communiquée à la justice. Fin 2010, six anciens enseignants de l’école et un ancien élève ont été mis en examen mais 18 auteurs avaient été identifiés.

Gerold Becker a eu la bonne idée de mourir en juillet 2010, et on a considéré que tout était prescrit. Des victimes et des journalistes ont continué à travailler sur le dossier, et l’Université de Rostock a évalué à au moins 200 le nombre de victimes de Becker. Dans cette affaire, 132 victimes ont été officiellement recensées entre 1966 et 1991 dans cette école, mais certains estiment que 500 à 1000 mineurs y ont été agressés. Un peu comme le Coral, les Tournelles, le Cheval pour Tous, l’Ecole en Bateau chez nous… L’école a fermé en 2015 par manque d’argent apparemment. Cohn-Bendit a été un de ses élèves (il y est entré en 1958), et est resté fidèle à sa « pédagogie » [12]. D’après l’association des victimes « Briser la glace », beaucoup de victimes n’ont encore jamais parlé de ce qu’il leur est arrivé dans l’école. 573.000 € ont tout de même été versés à celles qui ont fait la démarche de se faire connaître officiellement, et d’ouvrir un dossier pour obtenir cette indemnisation. Là encore, on peut s’interroger sur l’efficacité des autorités en matière de protection de l’enfance. L’enquête a monté que des alertes ont été ignorées à 23 reprises. Il y a aussi des enfants qui ont parlé à leurs parents, mais n’ont pas été entendus car ceux-ci étaient aveuglés par ces nouvelles pédagogies. Le plus grave restant l’absence d’enquête approfondie après le scandale de 1999. L’association « Briser la glace » souligne que « Le système derrière tout cela n’a pas encore été clarifié », que le rôle des institutions reste encore très flou et que d’autres institutions sont concernées par ce même système. Gerold Becker était également proche de Martin Bonhoeffer, théologien protestant qui accompagnait des « voyages scolaires » de l’école d’Odenwald et en profitait pour agresser des gamins. Becker était même « courtisé par les milieux évangéliques », selon Die Zeit, et il avait invité un certain nombre de dignitaires à son enterrement, qui n’a finalement pas eu lieu en grande pompe car survenu en plein scandale. Il a participé à des comités de l’église évangélique allemande devenant même membre du présidium des journées de l’église évangélique de 1993 à 1997, où il partageait ses lumières en matière d’éducation. Comme Kentler il s’est exprimé à plusieurs de leurs congrès, apparaissant comme une sorte de théologien pédagogue axé sur la libération sexuelle et la « pédagogie réformiste ».

Le projet Kentler n’a pas livré tous ses mystères, loin de là. Mais on comprend déjà que la pédo »philie » ne choquait pas grand monde, dans certains milieux politiques, dans le domaine de la pédagogie ou même dans l’église protestante. On comprend que quand l’opinion publique a failli se réveiller, on s’est empressé d’étouffer ce qui pouvait encore l’être, notamment l’implication de l’Etat dans ces réseaux pédocriminels. Cet épisode rappelle beaucoup ce qu’il s’est passé en France à la même époque, quand cette pseudo « libération sexuelle » portée par une nouvelle garde patriarcale et pédocriminelle a envahi les écrans, les ondes et les librairies. Tout cela ne venait pas de nulle part: il s’agissait d’un lobbying bien organisé, coordonné, destiné livrer les enfants aux pervers. Si ce lobby se fait désormais plus discret, moins direct, on aurait tort de croire qu’il a disparu.

[1] Il a mené des recherches auprès de Klaus Mollenhauer, qui verse désormais dans les théories sur le genre et l’autonomie des enfants.

[2] Le Berliner Zeitung expliquait en février qu’en 1994, Fritz H. a accueilli Sasha, un jeune gravement handicapé, qui était en fauteuil roulant et pouvait à peine parler. Le pédo l’a gravement négligé, à peine nourri, et il est mort après 7 ans chez Fritz H. à 18 ans, malgré l’aide qu’ont pu lui apporter ses « frères adoptifs ». On était en 2001, et personne n’a jugé utile de regarder de plus près comment cet adolescent avait été traité chez Fritz H. D’ailleurs, le document d’autopsie est absent du dossier. Quelques mois plus tard, en mars 2002, Fritz H. demandait à nouveau à avoir un garçon handicapé.

[3] Sven a donc été emmené à l’hôpital, et c’est là que Frotz H. est venu le voir pour la première fois avec de la bière en cadeau.

[4] A ce sujet il a déclaré à un média national : « Je suis très fier que jusqu’à présent, tous les cas dans lesquels j’ai été expert aient été résolus en mettant fin aux procédures ou même en acquittant les parents ». Bref, il était dans la vague fort médiatisée et très bien financée de Richard Gardner (inventeur de la théorie bidon du Syndrome d’Aliénation parentale), Ralph Underwager (inventeur de la théorie bidon des faux souvenirs), Hubert Van Ghijseghem (qui a formalisé les auditions de mineurs victimes de manière à ce qu’ils ne parlent pas), ou Bensussan (qui a tout fait pour que l’on oublie les vraies victimes d’Outreau), qui tous sont payés par les pédos pour les défendre dans les tribunaux.

[5] Le Centre Pédagogique formait les chercheurs en pédagogie. Il a été créé en 1965 par le Sénat de Berlin, sous la direction du socialiste Willy Brandt (futur chancelier) pour stimuler les réformes éducatives et sociales du pays. Trois sénateurs socialistes du SDP ont aussi joué un rôle clé dans les projets de Kentler : Carl-Heinz Evers, Kurt Neubauer et Kurt Exner. De 1966 à 1974, Kentler y a dirigé le département de pédagogie sociale pour stimuler les réformes éducatives et sociales.

[6] Cohn Bendit reconnaitra seulement que ce torchon était « mal écrit » et qu’il cherchait à « provoquer »…

[7] Par exemple, le bureau européen de Cohn Bendit a imposé à la fondation Heinrich Boll qui détient la plupart des archives des écolos allemands de ne pas ouvrir les dossiers le concernant aux chercheurs et journalistes. Ces archives ont même été fermées au public pendant 60 ans, comme s’il s’agissait d’un véritable secret d’Etat. Il y a aussi des textes explicites dans le magazine Frankfurter Linken « Pflasterstrand », dont Cohn-Bendit contrôlait le contenu. Les financements de la part des Verts à des groupes de pédos n’ont pas été éclaircis non plus.

[8] En 2016, une autre université a aussi lancé des travaux sur cette affaire, l’université de Göttingen, mais beaucoup de questions restaient sans réponses (combien d’enfants concernés, qui sont les responsables, qui a pris les décisions, quels liens avec l’école d’Odenwald…) et ces chercheurs ont demandé une enquête complémentaire. Ces recherches avaient été initiées à la demande du Sénat, mais un certain nombre de données étaient restées inaccessibles bien que rangés aux archives. Il était cependant apparu qu’au moins deux anciennes victimes étaient devenues à leur tour des pédos. Une hotline pour les victimes présumées avait alors été mise en place.

[9] Au total, 86 agressions et viols lui étaient reprochés, sur des garçons âgés de 11 à 14 ans. Sa plus jeune victime avait 7 ans.

[10] L’école a été créée en 1910 par un couple, les Geheeb, dont l’épouse était fille d’un conseiller municipal de Berlin, et qui avait inventé une pédagogie. Les élèves étaient autonomes, devaient se débrouiller, avaient leur mot à dire, les filles et les garçons étaient mélangés. On y pratiquait aussi le sport nu, comme à Sparte, en commun, avec « bains d’air » quotidiens dans la prairie. L’école a eu une renommée internationale jusque dans les années 30, accueillant des enseignants d’Angleterre et des Etats-Unis. Pendant la guerre, l’école a plus ou moins cessé de fonctionner, et a été reprise en 1946 par Minna Specht avec la bénédiction des Geheeb. En 1963, l’école est devenue une école de projet de l’UNESCO et est revenue sur le devant de la scène de la « pédagogie alternative ». Dans les années 60, l’école a commencé à former des menuisiers et des serruriers, a a créé un lycée technique et un diplôme secondaire et a élargi sa palette au fil du temps jusqu’à devenir réputée dans de nombreux domaines et à accueillir les enfants de la bourgeoisie.

[11] Von Hentig a déclaré après la mort de Becker -et le scandale- qu’il ignorait tout des viols et agressions des élèves de l’école par son fidèle ami, mais que celui-ci « avait probablement été séduit par les victimes », auxquelles il a carrément demandé de « pardonner » à Becker.

[12] Si on en croit la page wikipedia sur l’école, beaucoup de gens assez connus, des écrivains, des scientifiques, des pédagogues, des artistes notamment y sont passés, ainsi que de futurs industriels comme Wolfgang Porsche, ou des politiques comme le ministre de la Culture (66-73) puis des Cultes (79-88) Klaus Gysi.


Source 1: papafalco

Source 2: dondevamos