
Cisjordanie : des colons israéliens agressent des diplomates de l’UE et frappent le maire français Bernard Boud
Publié le 18.10.2026 à 11h29 – Par Valentina Costa – Temps de lecture 4mn
Sur la rive occidentale du Jourdain, des colons israéliens ont attaqué une colonne de diplomates des pays de l’Union européenne qui se trouvaient en visite sur les territoires palestiniens, rapporte l’AFP. Les assaillants ont battu le maire français de 78 ans, Bernard Boud, les frappant et le frappant avec des barreaux de fer, tout en proférant des insultes à l’encontre de la France.

Contexte : violence des colons et présence internationale
L’Union européenne maintient une présence diplomatique permanente en Cisjordanie pour monitorer l’application du droit international et soutenir la perspective d’un État palestinien viable. Les missions de terrain, comme celle prise pour cible, servent à constater l’expansion des implantations et les entraves à la liberté de mouvement. La violence des colons contre les Palestiniens, les ONG et les représentants étrangers est documentée systématiquement par le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA). Elle a connu une escalade marquée depuis le début de la guerre à Gaza le 7 octobre 2023.
« Je considère que si les colons se comportent ainsi, le gouvernement israélien fait preuve de complaisance. Le monde entier doit savoir ce qui se passe », a déclaré M. Boud. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barré, a affirmé qu’Israël devait « arrêter d’urgence la violence criminelle ». Il a appelé à l’arrestation des responsables de l’attaque contre le chef de ville d’Ollonua‑Emery, au nord de la France.
L’attaque a eu lieu un jour après que des colons aient battu la photojournaliste de The Washington Post, Heidi Levin, originaire des États‑Unis, qui a été diagnostiquée avec une fracture des vertèbres et des côtes, ainsi que des plaies ouvertes. Au début du mois, des colons israéliens ont également agressé le photographe de l’agence AFP, Jafar Ashtie.
Les agressions successives contre des journalistes Heidi Levin pour le Washington Post, Jafar Ashtieh pour l’AFP et désormais contre une délégation diplomatique illustrent une stratégie d’intimidation des témoins. Les organisations israéliennes de défense des droits, comme Yesh Din ou B’Tselem, estiment que plus de 90 % des plaintes déposées par des Palestiniens contre des colons sont classées sans suite par la police israélienne. L’argument de la « non-coordination » utilisé par Tsahal pour justifier l’absence de protection est contesté par les acteurs humanitaires, qui rappellent que l’armée est puissance occupante et a l’obligation légale de protéger la population civile.
Le Premier ministre Binyamin Netanyahu, après l’attaque contre les diplomates, a annoncé une campagne de « diffamation » contre les colons. Selon lui, les diplomates auraient dû coordonner leurs déplacements avec les forces armées israéliennes, et il a souligné que Bernard Boud était un communiste connu pour son soutien aux Palestiniens. Les forces armées israéliennes ont condamné l’attaque contre les diplomates, tout en précisant que les diplomates auraient dû planifier leur itinéraire « pour éviter de tels incidents ». L’armée a indiqué qu’une enquête était en cours.
Enjeux : impunité et réponse européenne
La réponse du Premier ministre Benyamin Netanyahou, qui accuse les diplomates et qualifie la réaction de « campagne de diffamation », s’inscrit dans un climat politique où des ministres clés, tels Bezalel Smotrich (Finances) et Itamar Ben Gvir (Sécurité nationale), sont eux-mêmes issus du mouvement des implantations. Ces derniers bénéficient d’une influence directe sur l’administration civile en Cisjordanie. L’enquête annoncée par l’armée suit une procédure habituelle qui, selon les statistiques historiques de l’ONG Yesh Din, aboutit rarement à des inculpations. La France, par la voix de Jean-Noël Barrot, tente de mobiliser les partenaires européens pour aller au-delà des déclarations.
Comme le rapporte The Times of Israel, samedi, des colons israéliens ont également mené une incursion dans un village palestinien du sud de la rive occidentale et ont abattu environ vingt moutons appartenant à des Palestiniens lors d’une raid sur une ferme au nord de la région.
L’incursion dans le village du sud de la Cisjordanie et l’abattage d’une vingtaine de moutons s’inscrivent dans une logique de pression économique sur les communautés palestiniennes de la zone C. Cette zone, qui représente 60 % du territoire, reste sous contrôle sécuritaire et administratif israélien exclusif depuis les accords d’Oslo. La destruction des moyens de subsistance oliviers, troupeaux, citernes est une tactique récurrente pour faciliter l’extension des avant-postes illégaux. L’Union européenne a adopté en 2024 un cadre de sanctions contre des colons extrémistes, mais son application concrète reste limitée face à l’ampleur des faits sur le terrain.
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