Histoire : Une femme qui a mis un terme à la mort par ignorance : la biographie de Marie Zakrzewska


Une femme qui a mis un terme à la mort par ignorance : la biographie de Marie Zakrzewska

Publié le 21.2.2026 à 11h47 – Par Luca Giordano – Temps de lecture 5mn

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Personne à New York n’oublia jamais cet après-midi de 1869. Une femme courait le long de la Fifth Avenue, la jupe relevée et un sac en cuir serré contre sa poitrine. Elle s’appelait Marie Zakrzewska, elle avait 43 ans, et tandis que la foule s’écartait pour la laisser passer, tous pensaient la même chose :

« Que peut bien faire une femme ici? »

À terre gisait un homme immobile. Une calèche l’avait renversé. Les gens regardaient, commentaient, montraient du doigt. Mais personne ne savait quoi faire. Jusqu’à ce que Marie s’agenouille.

« Écartez-vous », ordonna-t-elle sans élever la voix.

« Madame, êtes-vous folle? » dit un policier. « Vous n’avez aucune raison d’intervenir. »

« Si je n’interviens pas, il meurt », répondit Marie sans ciller.

Tandis que les autres hésitaient, Marie agit. Elle prit son pouls. Ouvrit sa chemise. Vérifia sa respiration. Elle donna des instructions claires :

« J’ai besoin d’une calèche vide. Et d’une couverture. »

Plusieurs personnes coururent lui apporter ce qu’elle demandait. Marie installa l’homme avec grand soin.

« Ne le bougez pas comme ça », dit-elle en maintenant le cou du blessé. « Nous pourrions endommager la colonne vertébrale. »

Le policier la regarda, confus.

« Qui êtes-vous? »

Marie leva les yeux.

« La femme qui fait ce que vous devriez faire. »

Cet épisode ne lui laissa aucun répit. Cette nuit-là, tandis qu’elle écrivait dans son petit bureau, elle ne parvenait pas à effacer l’image de l’homme évanoui au milieu de la rue.

« Quelle barbarie », pensa-t-elle. « Une ville de milliers d’habitants… et personne ne sait comment aider. »

Marie n’était pas une femme ordinaire. Elle était médecin. Allemande. Et une pionnière qui avait déjà mené mille combats pour être prise au sérieux. Elle savait qu’à New York, la plupart des accidents se terminaient en tragédie parce que personne n’arrivait à temps… ou arrivait sans connaissances.

« Il faut faire quelque chose. »

Et cette idée ne la quitta plus.

Deux semaines plus tard, elle réunit deux médecins et une infirmière dans une petite salle de l’East Side.

« Nous avons besoin d’un corps d’intervention rapide », expliqua-t-elle. « Des personnes formées. Des véhicules adaptés. Du matériel de base. Quelque chose capable d’atteindre n’importe quel point de la ville en quelques minutes. »

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Les médecins échangèrent un regard.

« Une sorte de… brigade médicale mobile? »

« Exactement. »

Il y eut des doutes, des critiques, des rires.

« Marie, ce serait impossible à financer. »

« Marie, la ville n’autoriserait jamais une chose pareille. »

« Marie, personne ne ferait confiance à un système inventé par une femme. »

Marie posa ses deux mains sur la table.

« Alors si la ville ne l’autorise pas, nous le commencerons nous-mêmes. Quiconque se joindra à moi travaillera gratuitement jusqu’à ce que nous prouvions que cela fonctionne. »

Silence. Puis, un à un… les trois dirent:

« J’en suis. »

Le premier « véhicule d’urgence » n’était rien d’autre qu’une calèche renforcée, avec une civière rudimentaire et une caisse en bois remplie de bandages, d’alcool et de quelques pinces chirurgicales.

Marie et son équipe s’entraînèrent sans relâche: comment transporter un blessé, arrêter une hémorragie, immobiliser une fracture, agir dans la panique.

Mais le plus difficile n’était pas l’entraînement. C’était la réaction des gens.

« Voilà les fous du médecin! » criait quelqu’un.

« Qu’est-ce que c’est? Un cirque? » se moquaient d’autres.

Marie ne répondait pas. Elle attendait les faits.

Et les faits arrivèrent.

Le premier appel arriva un samedi. Un enfant était tombé du deuxième étage d’une maison. Les gens hurlaient dans la rue.

La calèche de Marie arriva en quelques minutes.

« Écartez-vous! » cria-t-elle en sautant du véhicule. « Laissez-moi voir! »

Tandis que la mère sanglotait, Marie examina l’enfant.

« Il respire. Il a un pouls. Nous pouvons le sauver. »

Elle l’immobilisa avec des planches, donna des instructions rapides, et ils le transportèrent à l’hôpital. Il survécut.

Ce jour-là, toute la ville changea d’avis.

Ce qui avait commencé comme un « projet fou sans avenir » devint le premier service d’ambulance urbaine moderne. New York adopta le système. Puis Boston. Puis le reste du pays.

Marie ne chercha jamais la reconnaissance. Elle voulait seulement que personne ne meure par ignorance.

Plus tard, lorsqu’on lui demanda pourquoi elle insistait tant, elle répondit:

« Parce que je ne supporte pas de voir des personnes mourir entourées de spectateurs. Nous pouvons tous sauver une vie… si quelqu’un ose commencer. »

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