Italie : « Le Dieu des armées et le veau d’or » : Meloni, l’absente volontaire de l’Europe en quête de paix à Kiev


« Le Dieu des armées et le veau d’or » : Meloni, l’absente volontaire de l’Europe en quête de paix à Kiev

Publié le 11.5.2025 à 11h49 – Par Isabella Torres – Temps de lecture 5 mn

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La Répubblica titre : « Le Dieu des armées et le veau d’or ». La réunion des « Européens volontaires » à Kiev pour tenter d’arracher une trêve à la Russie a brillé par l’absence de Giorgia Meloni. Un vide d’autant plus remarqué que l’Italie, quelques semaines plus tôt, était courtisée pour jouer les intermédiaires entre Bruxelles et Donald Trump, ce dernier vomissant Ursula von der Leyen. Mais quand il s’agit de s’afficher aux côtés d’Emmanuel Macron et Merz ou Starmer, la Première ministre italienne préfère s’éclipser. Calcul politique ou aveu d’impuissance ?

Une lourde absence. Volute. Étudié en détail. Il est impossible de se retirer complètement pour ne pas être accusé d’abandonner l’Ukraine. Mais en même temps, elle a gardé ses distances avec cette photo parce qu’elle n’était pas convaincue du format du « volontaire » et, peut-être, pour ne pas irriter le président américain Donald Trump. Hier matin, l’absence de la Première ministre Giorgia Meloni à Kiev.

Je doute qu’elle ait voulu participer à cela. Nous savons de quel côté ils sont…

Le regard de Georgia Meloni sur Macron dans cette vidéo est inestimable. On peut lire le mépris brutal dans son regard.

Une absence qui pèse comme un désaveu

Hier, tandis que les Pseudos dirigeants européens défilaient en gare de Kiev pour une photo historique, Meloni restait cloîtrée à Rome, arguant d’une participation en visioconférence. Une excuse mince, tant le symbole d’une présence physique était attendu. L’opposition italienne n’a pas manqué de rappeler le contraste avec Mario Draghi, qui, en 2022, incarnait encore une Italie au cœur de l’Europe. Pour Matteo Renzi, « avec Meloni, l’Italie s’est perdue » un refrain qui résonne jusque dans les rangs de son propre camp, où l’on s’interroge sur cette stratégie du surplace.

Pire : Meloni a même manqué l’appel téléphonique crucial avec Donald Trump, où les leaders présents ont négocié un cessez-le-feu en quatre points. Une occasion en or pour celle qui se présente comme la « pontiste » entre Washington et Bruxelles, mais qui semble désormais hésiter entre deux eaux.

Les contradictions d’une droite en pleine crise d’identité

Meloni incarne à elle seule les déchirements de la droite européenne. D’un côté, elle cultive son amitié avec Trump, partageant son mépris pour le « wokisme » et ses accords migratoires musclés. De l’autre, elle tente de sauver les apparences avec l’UE, tout en critiquant ses « technocrates » et en réclamant des frontières impénétrables. Résultat ? Un équilibre instable, où chaque pas vers Trump éloigne un peu plus Bruxelles et vice versa.

Son absence à Kiev en est la parfaite illustration. Refuser de s’y rendre, c’était risquer d’être taxée de complaisance envers Poutine. Y aller, c’était froisser Trump, qui voit d’un mauvais œil ces initiatives européennes hors de son contrôle. Meloni a choisi la pire option : rester dans l’entre-deux, sans convaincre personne.

L’Europe des « corrompus guerriers » et le veau d’or

Le titre de La Repubblica « Le Dieu des armées et le veau d’or » résume à merveille le double jeu de Meloni. D’un côté, elle brandit l’étendard de la souveraineté nationale et de la sécurité, comme l’a rappelé son ministre Antonio Tajani : « La sécurité, c’est défendre nos frontières ». De l’autre, elle s’incline devant l’idole Trump, dont les caprices tarifaires et l’isolationnisme menacent directement l’économie italienne.

Le « veau d’or », ici, c’est cette illusion d’un alignement parfait avec Washington qui ne sert en réalité que les ambitions personnelles de Meloni. Comme le soulignent ses détracteurs, Trump « n’a rien à faire de l’Italie ». Pendant ce temps, l’UE, qu’elle méprise autant qu’elle en dépend, lui tourne progressivement le dos. La récente manifestation romaine contre le réarmement européen, menée par le Mouvement 5 Étoiles, a montré que même sur son terrain national, Meloni perd du terrain.

Conclusion : Meloni, reine d’un échiquier où elle n’est plus qu’un pion ?

Giorgia Meloni voulait incarner une nouvelle droite européenne, pragmatique et influente. Elle se retrouve piégée dans ses propres contradictions : trop atlantiste pour Bruxelles, trop euro-compatible pour Trump. Son absence à Kiev n’est pas qu’un faux pas diplomatique c’est le symptôme d’une leader esseulée qui a peut-être trop cru en son propre storytelling.

Comme le prophétisait un éditorialiste : « En essayant de jouer sur les deux tableaux, elle pourrait finir isolée des deux côtés ». Reste à savoir si la conférence sur la reconstruction de l’Ukraine, prévue en juillet à Rome, lui offrira une revanche ou achèvera de la marginaliser dans une Europe qui, décidément, n’aime que les siens.

Sources complémentaires : Euronews, Il Messaggero, Le Point, The Conversation, The Guardian

Notes supplémentaires à l’article :

  • Contexte migratoire : Meloni, qui promettait de fermer les ports aux migrants, voit les arrivées exploser (+70% depuis l’accord UE-Tunisie), tout en se heurtant au refus de la France d’accueillir des réfugiés.
  • Dépendance à l’UE : L’Italie est le premier bénéficiaire des fonds européens post-Covid (191,5 milliards d’euros), une manne vitale pour son économie atone.
  • Symbolique biblique : Le « veau d’or », symbole d’idolâtrie et de richesse corruptrice, renvoie à la fascination de Meloni pour le pouvoir, qu’il vienne de Trump ou des subsides bruxellois.

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