
Chabahar : Quand Trump fragilise l’Inde et renforce la Chine.
Publié le 22.2.2025 à 17h36 – Par Isabella Torres – Temps de lecture 3 mn
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La décision récente de Donald Trump de mettre fin à la levée des sanctions contre le port iranien de Chabahar, un projet stratégique pour l’Inde, pourrait avoir des conséquences géopolitiques majeures. En fragilisant les ambitions indiennes dans la région, cette mesure risque non seulement de saper la cohésion du Quad (alliance entre les États-Unis, l’Inde, le Japon et l’Australie), mais aussi de renforcer la position de la Chine en Asie centrale et au Moyen-Orient.

Le port de Chabahar, situé dans le sud-est de l’Iran, est un pilier de la stratégie indienne pour accroître son influence en Asie centrale. Développé et exploité par l’Inde dans le cadre d’un accord de 10 ans signé en 2024, ce port permet à New Delhi de contourner le Pakistan et d’ouvrir des voies commerciales vers l’Afghanistan et au-delà. Pour l’Inde, Chabahar est bien plus qu’un projet économique : c’est un atout stratégique qui contrebalance l’influence croissante de la Chine dans la région, notamment via le port pakistanais de Gwadar, où Pékin a investi massivement.

Pourtant, le 6 février, Trump a surpris en ordonnant au secrétaire d’État Marco Rubio d’« annuler ou de modifier les dérogations aux sanctions » contre Chabahar. Cette décision, qui s’inscrit dans la campagne de « pression maximale » de l’administration américaine contre l’Iran, menace directement les intérêts indiens. En effet, l’Inde a déjà investi des milliards de dollars dans ce projet, qui inclut également un chemin de fer et des zones de libre-échange.

La réaction de New Delhi a été mesurée, mais la révocation des dérogations pourrait pousser l’Inde à réévaluer son engagement dans ce projet crucial. Si les dérogations sont complètement annulées, l’Inde pourrait être contrainte de réduire ses ambitions à Chabahar, ce qui affaiblirait sa position stratégique dans la région. En parallèle, cette décision pourrait profiter à la Chine, qui verrait son rival indien perdre du terrain, tandis que son propre projet à Gwadar gagnerait en importance.

Cette situation risque également de fragiliser le Quad, une alliance formée pour contrer l’influence croissante de la Chine dans l’Indo-Pacifique. L’Inde, déjà critiquée pour sa position neutre sur la guerre en Ukraine et son soutien indirect à la Russie, pourrait se sentir marginalisée par cette décision unilatérale des États-Unis. Une telle discorde au sein du Quad pourrait affaiblir sa cohésion à un moment où la Chine intensifie ses ambitions régionales.
En somme, la décision de Trump de durcir les sanctions contre l’Iran pourrait avoir des conséquences imprévues. En fragilisant l’Inde, les États-Unis risquent de renforcer indirectement la Chine, tout en sapant les alliances clés dans la région. Alors que Washington cherche à contenir l’influence de Pékin, cette mesure pourrait finalement produire l’effet inverse, en affaiblissant un partenaire stratégique et en ouvrant la voie à une Chine plus puissante en Asie centrale et au-delà.
Dans ce contexte, la question se pose : cette décision est-elle une erreur stratégique ou une manœuvre délibérée ? Quoi qu’il en soit, elle illustre les tensions croissantes dans la géopolitique mondiale, où chaque action peut avoir des répercussions en cascade, souvent au détriment des alliés et au bénéfice des rivaux.
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