
La Colonisation et ses Conséquences, de la Palestine à la Nouvelle-Calédonie.
Publié le 20.10.2024
Françoise Vergès fille de l’avocat Maitre Vergès. Tout est dit ! Bravo Madame ! C’est clair et pourtant, ce n’est pas compliqué.

Sarah Benali : « Qu’est-ce que c’est que la colonisation en 2024, pour les peuples décolonisés et les anciennes puissances occupantes ? Dans le 7ème épisode de l’éléphant dans la pièce, @francoise_verges_decoloniale nous parle de la nécessité de décoloniser nos esprits et nos politiques. Entretien intégral dans le lien en bio… »
La transcription, complète ci-dessous
Vous êtes pour la liberté de circulation, pour la migration, mais que répondez-vous aux Israéliens qui vous disent : « Nous sommes venus ici en tant que migrants, comme nous aurions pu partir aux États-Unis, etc. » ? Non, ils sont venus comme colons. Ils sont venus en disant : « C’est mon pays. » Aucun migrant n’arrive en disant : « C’est mon pays. » Ils sont arrivés en disant : « Ça sera comme on veut. »
Et d’abord, en général, les victimes, qui peuvent dire un peu ce qu’elles veulent, vont dire : « Voilà, comment on va, si on veut vivre ensemble, voilà, comment ça va se passer. » Mais la question, c’est qu’au départ, vous n’étiez pas chez vous, vous avez pris des terres. Donc, si vous voulez rester là, et après tout, pourquoi pas, il faut que vous partagiez pour que ça soit possible, il faut que vous soyez plus un colon. Vous n’êtes pas d’accord ? Vous ne pouvez pas vivre là, parce que dans ce cas, vous restez des colons, et rester un colon, c’est prendre la terre de l’autre, prendre l’eau, prendre son bétail, prendre, couper les arbres, installer des platanes, parce que les palmiers, ça ne va pas. Imposer ma langue, et tous les petits-enfants vont parler la langue du colonisateur, sinon ils ne trouveront pas de travail, ils ne seront pas considérés comme les autres.
C’est comme si je voulais dire, vous me prenez quelque chose là, vous me volez, et puis vous dites, bon, bah, vous pouvez quand même venir, en jouir, de temps en temps, comme ça, de loin. Mais attendez, mais c’est à moi, voulait que vous me le rendez sans condition, sans condition, parce que vous me l’avez volé. Depuis quand le voleur impose les conditions en disant, bah tiens, je t’ai volé ça, alors je te le rends, mais à condition que tu en fasses, si, et ça, mais non, tu me le rends, j’en fais ce que je veux.
C’est vrai qu’on reproche aux gens du sud de beaucoup parler de la Palestine au détriment d’autres conflits, d’autres endroits, etc. Mais quand on est migrant du sud vers le Nord, notamment en France, on a du mal à comprendre parce qu’on appelait autrefois les dom-tom, c’est-à-dire que, en tant qu’ancien colonisé, pendant une année où il y a eu les bombardements à Gaza, il y a eu les événements de la Nouvelle-Calédonie, et on s’est dit, ah tiens, là, peut-être, il y aura quelque chose, il y aura, il y aura, on, on va être confronté à un fait colonial.
On sait que la Nouvelle-Calédonie a quand même un petit statut particulier dans la constitution. La Nouvelle-Calédonie, la Kanakie, c’est vraiment une colonisation de peuplement. Mayotte aussi d’ailleurs, la Guyane aussi, parce qu’il y avait un peuple, le peuple Kanak, enfin bon, et qui est là depuis 3000 ans, enfin, je veux dire, qui est là depuis toujours, et la France arrive, dit, maintenant, c’est à nous, et aujourd’hui, les Français qui vont. Bah, ils sont chez eux, mais ils ne sont pas chez eux. Donc, dès le 19e siècle, vol de terre, repousser, mettre des frontières, hum, à l’intérieur, enfin mettre des barrières, euh, des possessions des peuples.
Et puis c’est la seule colonie, euh, française où il y a eu des réserves, comme des, comme aux États-Unis pour les Natives Americans, c’est là, la Kanakie a connu ça, les territoires Kanak du coup, comme les territoires palestiniens, comme les territoires, oui, voilà, enfermés, vous êtes enfermés, vous êtes enfermés dans cette réserve. La Kanakie est une colonisation de peuplement aujourd’hui au vingt-et-unième siècle, toujours. Et c’est pour ça que la relation entre Palestine et Kanakie a été faite quand même par certains.
Mais euh, c’est vrai que, hum, la Kanakie est beaucoup plus, hum, est moins connue, euh, et reste quand même un peu marginal dans la conscience politique, alors qu’elle pose, ça pose des questions à l’État français, là, c’est directement à l’État français, parce que vous avez même des colons en Kanakie qui disent, mais on a qu’à couper l’île en deux, le Nord pour les Kanaks, le sud pour nous, c’est-à-dire qu’il, il propose un petit apartheid en deux-mille-vingt-quatre sans problème.
Stérilisation forcée, avortement et contrôle de l’État : Françoise Vergès tire le signal d’alarme
« Vous ne voulez pas vous faire ligaturer les trompes ? Vous faites trop d’enfants. » C’est ce que des médecins suggèrent en 2023 à des femmes racisées en France métropolitaine et à Mayotte, dans un silence médiatique quasi complet. Françoise Vergès tire le signal d’alarme et rappelle que le contrôle du « ventre des femmes » par l’État français a déjà conduit des milliers de femmes réunionnaises à se faire avorter et stériliser de force, sans consentement.
En savoir plus sur L'Informateur
Subscribe to get the latest posts sent to your email.


Vous devez être connecté pour poster un commentaire.