
« Pourquoi les Arabes perdent les guerres ?«
Publié le 20.4.2024
Un petit résumé de l’écrit du colonel américain Norvell B. De Atkine, ancien instructeur américain dans diverses armées arabes et en tant qu’attaché militaire américain au sein des pays arabes.
Culturelle :

Le rôle de la culture dans les évaluations stratégiques a souvent été mal interprété, étant souvent le résultat d’un mélange de méconnaissance, de vœux pieux et de mythologie, elle conduit souvent à des conclusions erronées. Enfin, l’auteur souligne que la culture est difficile à définir et ne se résume pas à la race ou à l’identité ethnique individuelle. Les exemples des armées romaine et ottomane montrent que ce qui compte vraiment dans la guerre, ce sont la formation, l’entraînement, l’esprit, l’élan, la discipline et le moral, et non l’origine individuelle des soldats.


Les arabes au début de l’ère islamique étaient des maîtres de l’évasion, du combat léger indirecte. Malgré l’importance de la culture dans les conflits, elle est actuellement peu intégrée dans la formation militaire des armées arabes. La non-application de ce schéma de comportements issus de la culture arabe dominante a contribué de manière significative à l’efficacité limitée des armées arabes de 1945 à 1991 (armée trop lourde, peu flexible, avec peu de manœuvre). L’auteur précise qu’il est nécessaire de comprendre la mythologie culturelle de l’ennemi, son histoire, son attitude envers le temps, etc., ce qui demande un investissement substantiel en temps et en argent.
Information
L’auteur observe qu’au sein des armées arabes, une tendance à la rétention de l’information par certains officiers pour maintenir leur pouvoir et prestige, pour se montrer irremplaçable. L’officier ne partage pas nécessairement l’information à l’ensemble de l’unité, craignant perdre sa position dominante au sein de leur unité. Cette rétention de l’information se traduit par un manque de formation croisée, perturbant ainsi le bon fonctionnement des armées arabes. L’officier arabe veut être la seule source de l’information et empêche toute source de connaissance indépendante.
L’éducation
Le personnel souffre de l’inefficacité du système éducatif arabe, pour l’auteur, il s’agit d’une approche axée sur la mémorisation et le manque de stimulation intellectuelle. Les cours se déroulent généralement sous forme de conférences magistrales, où les étudiants prennent des notes abondantes et sont évalués sur la base de ce qu’ils ont appris par cœur, ce qui limite la capacité des étudiants à raisonner ou à analyser de manière critique. À cela se rajoute une crainte généralisée de l’humiliation publique si le soldat ou l’élève officier n’est pas apte à répondre dans un environnement souvent paranoïaque.
Commandement
Selon l’auteur, même si les officiers arabes sont bien formés sur le plan technique, ils manquent de leadership et de sens de l’initiative (manque de concepts originaux ou de nouvelles idées) pour commander ses troupes à cause d’un système de classe rigide basée sur un système de caste social et d’absence des sous-officiers. Les soldats sont souvent maltraités et les conditions de vie sont souvent précaires, sans activité sociale ou divertissement pendant leur permission, les officiers considèrent les soldats comme des sous-hommes. Ces problèmes contribuent à un manque de confiance des soldats envers leurs officiers, ce qui peut compromettre l’efficacité militaire. Les armées arabes imposent la discipline par la peur.
Prise de décision et responsabilité
La centralisation extrême des décisions et l’absence de délégation d’autorité rend rigide les décisions sur le terrain. Le conformisme (ordre) est la norme sociale écrasante ; le clou (initiative) qui dépasse est martelé. Les ordres et les informations circulent principalement du haut vers le bas, sans possibilité de réinterprétation ou de modification. Les officiers dotés d’initiative et d’une propension à l’action unilatérale représentent une menace pour le régime, ce rajoute à ça les rivalités qui existent dans les quartiers généraux militaires arabes.
En cas d’échec, la responsabilité est rarement assumée, et les officiers arabes ont tendance à rejeter la faute sur des facteurs extérieurs. La politisation des armées arabes conduit souvent à des décisions motivées par des facteurs politiques plutôt que militaires, ce qui entrave leur efficacité opérationnelle.
Opérations interarmes
Le manque de confiance bien connu des Arabes envers toute personne en dehors de leur propre famille/clan/tribu/localité nuit aux opérations offensives.
Le manque de coopération dans les armées arabes se manifeste principalement par leur incapacité à réussir les opérations interarmes. Bien que les soldats individuels puissent être compétents, la coordination entre les différentes armes et services est souvent absente, ce qui nuit à l’efficacité militaire.
Trois facteurs principaux contribuent à ce problème :
- le manque de confiance entre les membres des forces armées,
- la complexité des structures tribales et sectaires qui influencent les affectations et les promotions,
- les stratégies des dirigeants pour maintenir leur autorité en fragmentant les forces armées.
Cette fragmentation entraîne une méfiance entre les différentes branches de l’armée et empêche le développement de la coopération interarmes nécessaire pour des opérations efficaces sur le terrain.
Tout exercice à grande échelle des forces terrestres est une préoccupation du gouvernement et est étroitement observé, en particulier si des munitions réelles sont utilisées, pour obtenir l’autorisation des convois routiers, obtenir des munitions et effectuer des exercices, signifie que pour qu’un coup d’État réussisse, il faudrait un nombre massif de conspirateurs fidèles.
Les dirigeants arabes comptent régulièrement sur des techniques de maintien du pouvoir basées sur l’équilibre des pouvoirs pour maintenir leur autorité. Ils utilisent des organisations concurrentes, des agences doublées et des structures coercitives dépendantes du bon vouloir du dirigeant. Les régimes arabes ont appris à se prémunir contre les coups d’État.
En conséquence, les exercices conjoints sont rares, et les unités militaires manquent souvent de coordination et de cohésion lorsqu’elles sont engagées dans des opérations réelles.
Sécurité et paranoïa
Les régimes arabes tendent à classer secrètement une grande partie des informations militaires, ce qui entrave la communication et la coordination, par exemple les promotions sont considérées comme top secrètes dans les armées arabes.
Pour l’auteur, les officiers Arabes croient que les moindres détails à leur sujet sont d’une manière ou d’une autre transmis au Mossad via une ligne directe secrète. Les instructeurs américains sont soumis à des monologues sur la domination juive présumée aux États-Unis.
Indifférence à la sécurité
Selon l’auteur, il y a un laxisme général, une apparente négligence et indifférence face aux accidents lors des entraînements, dont beaucoup auraient pu être évités par des efforts minimes. Les armées arabes semblent indifférentes aux pertes humaines et adoptent une approche apparemment désinvolte en matière de sécurité lors des entraînements. Selon l’auteur, lorsque la direction politique supérieure fait preuve d’un complet désintérêt pour le bien-être de ses soldats, de telles attitudes filtrent jusqu’aux rangs inférieurs.
Conclusion
Les instructeurs militaires américains trouvent des élèves qui absorbent avec enthousiasme leurs leçons, mais ils sont réticents à appliquer les leçons apprises. Les cultures politiques et militaires arabes sont enracinées dans la méfiance et la stratification sociale, ce qui limite la coopération et l’innovation. Tant que ces cultures politiques ne changeront pas, les armées arabes auront du mal à s’adapter aux exigences de la guerre moderne.
Les opinions exprimées ici sont strictement les opinions de cet ancien officier et instructeur américain diplômé d’études supérieures en études arabes de l’Université américaine de Beyrouth.
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