
Opération Rubicon, la meilleure opération d’espionnage du 20ᵉ siècle.
Publié le 26.11.2023
Derrière ce nom de code se cache l’un des plus audacieux systèmes de renseignement. Une société suisse de cryptage aurait permis à la CIA d’espionner pendant près d’un demi-siècle plus de 120 pays, parmi lesquels l’Iran, le Pakistan et même le Vatican.

C’est le coup du siècle”, conclut notamment un rapport de l’agence américaine auxquels les médias en question ont pu avoir accès
Mais revenons sur cette société.
Crypto AG est née pendant la Seconde Guerre mondiale. Son produit phare : une machine de cryptage à l’apparence d’une boîte à musique.
L’armée américaine étant à la recherche d’un moyen d’envoyer des messages sécurisés, elle passe avec l’entreprise un contrat d’une valeur de 8,6 millions de dollars.
C’est le Suédois Boris Hagelin qui en 1952 prend la tête de la société et décide de l’installer en Suisse afin de profiter de l’image de neutralité du pays.
Après-guerre, la société se développe et conçoit des appareils plus perfectionnés. Les États-Unis craignent alors que des pays concurrents bénéficient du même système et tentent une approche.
Petit à petit, la CIA augmente sa participation financière dans Crypto AG.
En 1967, la grande supercherie peut commencer puisque la société suisse propose un nouveau modèle de cryptage entièrement conçu par la NSA, agence cousine de la CIA.
Les États-Unis profitent ainsi d’une faille laissée dans le système pour récupérer des informations.
Dans le même temps, les renseignements français et ouest-allemands sont informés de ces pratiques et tentent de racheter Crypto AG.
L’offre est rejetée, mais les Allemands reviennent à la charge avec cette fois-ci la bénédiction des États-Unis.
Paris est exclu de l’opération et un accord est signé entre la CIA et l’agence de renseignement ouest-allemande BND pour racheter la société à parts égales.
Une opération qui reste secrète.
En parallèle, les ventes explosent et le nombre de pays touchés augmentent.
Grâce à cette entreprise, jusqu’à 40 % des câbles diplomatiques internationaux ont pu être exploités par la CIA et la BND.
Mis à part les alliés les plus proches, de nombreux pays ont été espionnés, dont des membres de l’Otan comme l’Espagne, la Grèce, la Turquie ou l’Italie. Mais, les deux plus gros clients de Crypto AG sont l’Arabie saoudite et l’Iran, même si Téhéran finira par avoir des doutes.
Grâce à Crypto AG, la CIA a surveillé la crise des otages à l’ambassade américaine de Téhéran en 1979, fourni des informations sur l’armée argentine à la Grande-Bretagne pendant la guerre des Malouines en 1982 ou suivi les campagnes d’assassinats des dictateurs sud américains.
Un des meilleurs vendeurs de la société, Hans Bühler, sera d’ailleurs emprisonné et torturé pendant plusieurs mois par l’Iran, le soupçonnant d’être un espion.
Il sera finalement relâché au bout de plusieurs longs mois.
A la succession de Boris Hagelin, celui-ci ne laisse pas son fils reprendre le flambeau. Étant au courant des affaires, Boris craint qu’il soit trop instable et vende le secret au monde entier.
Ce sont donc des dirigeants dans la poche des services américains qui sont placés.
Le fils sera retrouvé mort dans un accident de voiture quelques mois après la succession.
Accident ou élimination d’un élément dangereux pour l’opération ? Personne ne le sait aujourd’hui.
Mais à la fin de la guerre froide, des divergences apparaissent entre Allemands et Américains.
Les premiers craignent notamment que leur participation soit révélée et provoque un tremblement de terre au sein de l’Union européenne.
Ils s’opposent aussi à Washington sur les pays à espionner.
“Les États-Unis voulaient traiter avec les alliés tout comme ils traitaient avec les pays du tiers-monde”, aurait regretté un responsable de la BND.
L’agence allemande revend ainsi ses parts en 1993.
Finalement, en 2018, les progrès de la technologie en matière de cryptage conduisent la CIA à se désengager de la société.
La société suédoise Crypto International, qui a repris les activités commerciales de Crypto AG, a qualifié l’enquête de “très alarmante”, assurant qu’elle n’avait “aucun lien avec la CIA ou le BND”.
Sa licence générale d’exportation a été suspendue par la Suisse “jusqu’à ce que les clarifications qui s’imposent aient été effectuées”.
Le fondateur, Boris Hagelin, décède finalement en 1983.
Peu avant sa mort, il aurait dit : « je suis le plus grand espion du 20ᵉ siècle ».
Mais, le plus drôle avec l’opération Rubicon, c’est que non seulement ,il aura permis à la NSA de déchiffrer les communications de plus d’une centaine d’États (Crypto AG fournissait 40% de son renseignement technique), mais de surcroît avec des machines trafiquées payées par les États espionnés.
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