
Démissionner ou être poussé ? Les scénarios auxquels est confrontée Mme Truss au Royaume-Uni.
Publié le 18.10.2022
Au moins quatre députés du parti conservateur de Mme Truss l’ont publiquement exhortée à démissionner à la suite des revirements spectaculaires de son programme économique ces derniers jours.

Les appels se multiplient pour que le Premier ministre britannique, Liz Truss, démissionne ou soit remplacé, après des semaines de tumulte économique et politique autour de son programme économique de réduction des impôts, désormais largement abandonné.
Voici quatre scénarios pour Mme Truss, qui n’a succédé à Boris Johnson à Downing Street qu’au début du mois dernier.
- Truss démissionne –
Au moins quatre députés du parti conservateur de Mme Truss l’ont publiquement exhortée à démissionner à la suite des revirements spectaculaires de son programme économique ces derniers jours.
De nombreux autres ont déclaré aux journalistes que son mandat, qui n’a que six semaines, est effectivement terminé.
Après la décision prise vendredi de limoger son ministre des finances et de le remplacer par Jeremy Hunt, un ancien rival de la direction, Mme Truss pourrait décider que sa crédibilité a été tellement minée qu’elle doit se retirer.
Elle resterait Premier ministre jusqu’à ce qu’un successeur soit choisi.
Cela pourrait signifier une nouvelle course à la direction des Tories, moins de deux mois après la conclusion officielle de la dernière.
Mais le parti pourrait éviter un combat long et diviseur en se consolidant autour d’un seul remplaçant, qui serait choisi lors d’un couronnement.
Theresa May a remplacé l’ex-premier ministre David Cameron en 2016 – au milieu des retombées du référendum sur le Brexit – après que tous les autres prétendants se soient finalement retirés.
Cependant, Mme Truss n’a montré aucun signe de volonté de démissionner, son porte-parole ayant déclaré aux journalistes lundi qu’elle restait « concentrée sur la livraison ».
- Vote de défiance –
Les députés conservateurs pourraient essayer de forcer Truss à quitter son poste, mais cela nécessiterait un effort unifié de la part des 357 législateurs de la Chambre des communes du parti, toujours très divisés.
Les règles du parti conservateur empêchent un nouveau chef de faire face à un vote de défiance de la part de ses collègues au cours de sa première année, car un seul concours peut être organisé par période de 12 mois.
En dehors de cela, il faut normalement 15 % du parti parlementaire – actuellement 54 députés – pour soutenir une élection du chef.
Toutefois, le puissant Comité 1922 des députés conservateurs, qui définit les règles internes du parti, pourrait décider de les modifier pour permettre un vote de défiance à l’égard de Mme Truss.
Dans ce scénario, on ne sait pas quel seuil serait fixé pour déclencher un scrutin.
Si elle perdait cet éventuel vote, Truss ne serait plus chef du parti conservateur mais resterait Premier ministre jusqu’à ce qu’un successeur soit choisi.
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Le Comité 1922 devra se mettre d’accord sur les règles de sélection de ce nouveau leader – qui serait le troisième du parti cette année et le cinquième depuis 2016.
Les rapports suggèrent que les députés conservateurs ne veulent pas d’une compétition prolongée décidée par les membres du parti, et qu’ils pourraient donc tenter de se rallier derrière un seul candidat dit d’unité.
Mais le parti est profondément divisé et pourrait avoir du mal à se rassembler autour d’une seule figure.
- Truss survit –
Bien qu’elle ait sérieusement entamé sa crédibilité, Mme Truss a peut-être réussi à se ménager un espace politique pour stabiliser son poste de premier ministre vacillant, après avoir remplacé vendredi le ministre des finances, Kwasi Kwarteng, par le plus centriste, Hunt.
L’abandon de la quasi-totalité de son mini-budget a calmé les marchés auparavant agités, lui donnant une certaine stabilité financière et du temps pour redresser la situation.
Mme Truss rencontrera différentes factions de son parti mécontent cette semaine, et accueillera le cabinet pour une réception à Downing Street lundi soir.
En outre, M. Hunt détaillera à la fin du mois la manière dont le gouvernement réduira les emprunts à moyen terme, ce qui donnera une nouvelle occasion de rassurer les marchés.
- Élections générales –
Les prochaines élections en Grande-Bretagne sont prévues pour janvier 2025 au plus tard, le gouvernement pouvant décider si et quand déclencher un concours avant cela.
Toutefois, le gouvernement de Mme Truss doit conserver le soutien d’une majorité de députés.
En vertu de la constitution britannique non codifiée, il y aurait trois façons pour les députés de montrer qu’ils ont perdu confiance, notamment en adoptant une motion de défiance ou en rejetant les plans budgétaires du gouvernement.
Dans un tel scénario, le premier ministre devrait soit démissionner, soit demander au roi de dissoudre le parlement, ce qui, en cas d’acceptation, déclencherait des élections générales.
Le principal parti d’opposition, le parti travailliste, est actuellement en tête des sondages, ce qui ne s’est jamais vu depuis des décennies, alors que certains sondages indiquent que les conservateurs devraient perdre des centaines de sièges.
Il est donc très peu probable que les dizaines de députés conservateurs nécessaires pour renverser le gouvernement se joignent aux partis d’opposition pour le faire.
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