Une enquête révèle que 21 membres du personnel de l’OMS ont abusé de plus de 80 femmes en République démocratique du Congo


Une enquête révèle que 21 membres du personnel de l’OMS ont abusé de plus de 80 femmes en République démocratique du Congo

Publié le 30.9.2021 par Katabella Roberts


Des femmes congolaises portant un bandeau blanc et tenant des drapeaux congolais organisent une manifestation demandant la paix dans l'est du pays, à Kinshasa, en RD Congo, le 23 novembre 2012. (Junior D. Kannah/Getty Images)
Des femmes congolaises portant un bandeau blanc et tenant des drapeaux congolais organisent une manifestation demandant la paix dans l’est du pays, à Kinshasa, en RD Congo, le 23 novembre 2012. (Junior D. Kannah/Getty Images)

Une enquête indépendante a révélé que des dizaines de femmes ont été exploitées sexuellement et abusées par des travailleurs humanitaires de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pendant l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC) entre 2018 et 2020.

L’enquête a été lancée en octobre dernier par une commission indépendante coprésidée par Aïchatou Mindaoudou, ancienne ministre des Affaires étrangères et du Développement social du Niger, et Madame Julienne Lusenge, militante des droits de l’homme et défenseur des survivants de violences sexuelles dans les conflits, originaire de RDC.

L’enquête a porté sur des allégations d’exploitation et d’abus sexuels au cours de la gestion de la dixième épidémie de virus Ebola dans deux provinces de l’est de la RDC, le Nord-Kivu et l’Ituri. De graves allégations d’abus, dont 9 allégations de viol, ont été formulées par 83 femmes et filles âgées de 13 à 43 ans, l’âge moyen étant de 20 ans.

Mardi, le panel mandaté par l’OMS a déclaré avoir constaté que 21 de ces allégations visaient spécifiquement des employés de l’OMS liés à la mission 2018-2020. Les auteurs de l’OMS comprenaient des membres du personnel local et international.

Les victimes se voyaient promettre un emploi en échange des rapports sexuels et les actes avaient lieu dans des hôtels et autres logements loués par les auteurs. La plupart des victimes n’ont pas obtenu les emplois promis et ont été continuellement abusées sexuellement par les auteurs. Certaines femmes qui ont repoussé les avances sexuelles ont ensuite été licenciées.

D’après le rapport, les abus ont entraîné 29 grossesses et 22 naissances réelles, certains des auteurs forçant les femmes à avorter.

L’enquête a été lancée suite au fait que plus de 50 femmes se sont manifestées, affirmant que des travailleurs humanitaires de l’OMS et d’autres grandes ONG les avaient abusées en exigeant des rapports sexuels en échange d’un emploi pendant la crise du virus Ebola au Congo, selon une enquête menée par The New Humanitarian et la Fondation Thomson Reuters.

L’organe des Nations unies a annoncé que, sur la base de ses conclusions, l’organisation interdira aux auteurs identifiés de travailler à nouveau avec l’OMS et en informera l’ensemble du système des Nations unies.

Quatre des auteurs identifiés qui travaillaient encore pour l’organisation au moment où les allégations ont été révélées verront également leur contrat résilié.

Une fille court alors qu’un hélicoptère de l’ONU atterrit dans un camp de réfugiés à Kiwanja, en République démocratique du Congo, le 7 novembre 2008. (Uriel Sinai/Getty Images)

Les autorités nationales de la RDC mèneront également des enquêtes complémentaires sur cette affaire, d’autre part l’OMS donnera le signalement des auteurs présumés aux autorités nationales concernées.

L’OMS a affirmé ne pas connaitre l’identité des victimes et des survivants mais qu’elle se préoccupait de leur apporter un soutien, notamment médical et psychosocial, et une aide pour l’éducation de leurs enfants.

Bien que l’enquête de la commission indépendante soit désormais terminée, l’OMS a rappelé qu’elle disposait toujours d’un mécanisme de signalement anonyme permettant aux victimes de remonter les cas d’exploitation et d’abus sexuels.

L’OMS a également reconnu que certains membres du personnel avaient fait preuve de négligence et n’avaient pas réagi de manière appropriée aux allégations d’abus, ce qui constituait une « faute professionnelle » qui était « aussi grave que les événements eux-mêmes ».

La commission a formulé plusieurs recommandations, dont une enquête visant à identifier les personnes responsables de l’absence d’activation des procédures d’enquête. Elle a par ailleurs constaté que deux membres du personnel de haut niveau ont été placés en congé administratif pendant que l’enquête se déroulait.

D’autres membres du personnel qui ont été identifiés comme pouvant être impliqués dans la faute professionnelle font également l’objet d’une enquête.

L’OMS affirme vouloir également réexaminer ses politiques et procédures en matière d’exploitation et d’abus sexuels et identifier les « lacunes » qui ne protègent pas suffisamment les personnes.

Le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, au siège de l’OMS à Genève, le 3 juillet 2020. (Fabrice Coffrini/AFP via Getty Images)

Le Directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a déclaré que cette faute n’était pas seulement une « trahison ignoble des personnes que nous servons » mais aussi une trahison de « nos collègues qui s’exposent au danger pour servir les autres ».

« C’est un jour sombre pour l’OMS. Mais en mettant en lumière les défaillances des individus et de l’organisation, nous espérons que les victimes auront le sentiment que leur voix a été entendue et qu’il y a été donné suite », a poursuivi M. Ghebreyesus.

« Je suis désolé. Je suis désolé pour ce qui vous a été fait par des personnes employées par l’OMS pour vous servir et vous protéger. Je suis désolé pour la souffrance permanente que ces événements doivent causer. Je suis désolé que vous ayez dû les ressentir en parlant de vos expériences à la Commission. Je vous remercie du courage dont vous avez fait preuve en le faisant », a-t-il ajouté.

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