Q INFOS – Rumeurs, démenties, zones d’ombre: la thématique des fraudes électorales

Rumeurs démenties, zones d’ombre : la thématique des fraudes électorales attise les passions.

publié le 7.11.2020


Des drapeaux américains et leur reflet sur une façade vitrée à Washington (image d’illustration).

A chaque élection présidentielle américaine son lot de rebondissements. Cette année, c’est Donald Trump lui-même qui remet en cause le bon déroulé de l’élection et évoque de multiples fraudes. Sur quoi se basent ces soupçons et craintes ?

Si la véracité de certaines rumeurs de fraudes électorales a rapidement été mise à bas par des vérifications journalistiques, les témoignages de fraudes et de failles liées au système de vote par correspondance ont nourri les craintes au cours de ces derniers mois concernant le bon déroulé du scrutin présidentiel américain.

Ces soupçons de fraudes sont en tout état de cause au cœur d’un phénomène politico-médiatique d’envergure, Donald Trump ayant lui-même annoncé son intention de contester les résultats dans certains Etats.

Des rumeurs débunkées 

Le 5 novembre 2020, le site France info avait titré un article de fact-checking, «Election américaine : on a examiné cinq rumeurs de fraudes colportées par le camp Trump», démontrant la fragilité de certaines accusations. Son auteur indiquait notamment que le président américain avait lui-même relayé des spéculations hasardeuses, comme celle selon laquelle 100 000 voix pour Biden auraient été ajoutées d’un coup dans le Michigan pendant la nuit du 3 au 4 novembre. Un épisode au sujet duquel France info citait un porte-parole de l’entreprise à l’origine de la carte interactive ayant provoqué la polémique, celui-ci faisant valoir rapidement une anomalie typique en soirée électorale, mise à jour dès le moment où elle avait été constatée. «C’était une simple erreur venant d’un fichier créé par l’Etat et que nous avons intégré. L’Etat s’est rendu compte de l’erreur et a produit un décompte mis à jour. Une fois qu’il l’a fait, nous avons mis à jour le décompte en conséquence», expliquait-il dans des propos rapportés par Politifact.

Les décodeurs du Monde proposaient le même jour un décryptage similaire dans un article intitulé «Elections américaines 2020 : rumeurs et infox autour du comptage des voix». Ils évoquaient entre autres exemples un tweet d’Eric Trump, fils de Donald Trump, qui avait rapporté qu’un homme mettait délibérément le feu à 80 bulletins de vote pro-Trump. Or, il s’agissait d’échantillons qui ne sont pas utilisés pour le vote, selon CNN.

Des cas passés qui nourrissent les suspicions quant à l’élection actuelle

Pour autant, les craintes au sujet de potentielles fraudes liées au système de vote par correspondance se nourrissent de témoignages et articles de presse qui, au cours de ces derniers mois, avant le scrutin présidentiel lui-même donc, faisaient état de failles dans ce système de vote.

Fin août, la «confession d’un fraudeur démocrate» faisait l’objet d’un article du New York Post, repris en France par Le Figaro. Décrit comme «un soutien acharné de Bernie Sanders» qui ne se voyait pas soutenir la candidature de Joe Biden, le militant de gauche racontait alors au quotidien conservateur avoir fraudé «à grande échelle» via le système de vote par correspondance, lors de précédentes élections fédérales ou locales, en dirigeant des équipes de fraudeurs.

Il décrivait ainsi comment il aurait demandé à ses complices d’aller de maison en maison pour persuader des électeurs de leur remettre leur bulletin de vote rempli à leur nom, en présentant cette action comme un service public. Les fraudeurs auraient ensuite décollé l’ouverture des enveloppes en plaçant celles-ci au-dessus d’eau bouillante, retiré les bulletins laissés par les électeurs dans ces enveloppes, avant de les remplacer par d’autres bulletins, puis de les refermer. Cinq minutes par opération, assurait le supposé fraudeur aguerri.

Autre technique supposée, bien plus rudimentaire, mais requérant la complicité d’un préposé à la Poste : «Un facteur […] anti-Trump [qui] travaille […] dans un bastion républicain peut prendre les bulletins de vote [remplis]. Et sachant que 95% sont en faveur d’un républicain, il peut simplement les jeter à la poubelle», expliquait le «lanceur d’alerte» au New York Post.

Il avait en outre affirmé que les lieux de vie accueillant des personnes fragiles constituaient des «mines d’or» de votes à disposition : «Il y a des maisons de retraite où l’infirmière est en fait un opérateur rémunéré. Et elle va de pièce en pièce voir ces personnes âgées qui souhaitent voter pour se sentir utiles», avant de remplir «littéralement» le bulletin de vote à distance à leur place, selon le «lanceur d’alerte».

Autre faille supposée lors de précédentes élections : en Géorgie, le responsable (républicain) des élections avait affirmé début septembre que 1 000 personnes avaient volontairement voté deux fois lors de la primaire démocrate de juin. Une première fois en envoyant un bulletin par correspondance, puis en allant voter sur place. L’affirmation avait été «immédiatement remise en cause par des experts non-partisans», selon CNN.  

En juillet, le Washington Post (anti-Trump)titrait un article en ligne : «Des dizaines de milliers de bulletins de vote par correspondance ont été jetés lors des primaires de cette année. Que se passera-t-il en novembre ?»

Mi-octobre, l’AFP rapportait que les inquiétudes autour du vote par correspondance avaient été «renforcées par l’expérience chaotique de certaines primaires plus tôt cette année, notamment dans les Etats de New York et du Wisconsin». «Dans ces deux Etats, des dizaines de milliers d’électeurs n’ont pas reçu les précieux bulletins, ou les ont reçus trop tard pour voter. Les services postaux n’ont par ailleurs pas compostés des milliers d’enveloppes, ces cachets censés prouver la validité du vote», selon l’agence.

Celle-ci avait néanmoins cité le directeur de la police fédérale américaine (FBI), Christopher Wray, qui s’était voulu rassurant en septembre devant une commission sénatoriale : «Nous n’avons jamais été témoins, au cours de notre histoire, d’une action coordonnée de fraude électorale lors d’une élection majeure, que ce soit par courrier ou autrement.»

Au vu des cas passés de fraudes, le journaliste Gerald Olivier, éditorialiste pour Atlantico et chercheur associé à l’IPSE (Institut prospective et sécurité de L’Europe), avait jugé lors d’un entretien accordé à RT France qu’«évoquer des fraudes [lors de l’actuelle présidentielle] est parfaitement légitime». «Les demandes de Donald Trump sont parfaitement légitimes, d’autant plus qu’elles vont être examinées par des cours de justice qui sont libres de les rejeter si elles estiment qu’elles sont infondées», soulignait-il.

Outre les craintes suscitées par le vote par correspondance, d’autres allégations de failles dans le processus électoral ont été formulées concernant la présente élection, qui doivent encore faire l’objet de vérifications. Entre autres exemples, la responsable du Parti républicain dans l’Etat du Michigan, Laura Cox, déclarait lors d’une conférence de presse, vendredi 6 novembre, que dans le comté d’Antrim, «des bulletins de vote [avaient] été comptés pour les démocrates qui étaient destinés aux républicains, ce qui a provoqué [une erreur] de 6 000 voix contre nos candidats». La militante s’appuyait sur le témoignage d’un greffier du comté, qui aurait fait état d’un problème de «logiciel de tabulation» occasionnant un mauvais calcul du vote. Laura Cox assurait en outre que «47 comtés [soit plus de la moitié des 83 comtés du Michigan] utilisent le même logiciel».

Trump dans le collimateur des médias

A ce stade du dépouillement, l’attitude de Donald Trump, et plus précisément ses multiples remises en question de l’intégrité du processus électoral en cours, suscitent des réactions diamétralement opposées selon l’appartenance politique de chacun. Le débat s’est même invité sur le Vieux continent, en France notamment.

La dénonciation par le président de fraudes électorales supposées liées au vote par correspondance lui a valu les remontrances de Twitter et de Facebook (des réseaux sociaux accusés de parti-pris politique par le camp républicain), mais aussi de grands médias. Ainsi, pour sa première prise de parole officielle depuis la nuit des élections, la conférence de presse de Donald Trump a été coupée en direct par de nombreuses chaînes américaines qui l’ont accusé de faire de la «désinformation».

En attendant les évolutions d’un dossier qui semble se diriger vers le terrain juridique, il est à noter que la presse mainstream se montre aujourd’hui bien plus méfiante vis-à-vis des allégations de fraudes électorales portées par le président sortant, qu’elle ne l’avait été lors du scrutin de 2016 au sujet des allégations de collusion entre l’équipe de campagne de Trump et la Russie


Source : RT France