
Téhéran : la Russie et l’Iran signent les documents pour la ligne ferroviaire Récht-Astar
Publié le 06.11.2026 à 00h30 – Par Clara Lefevre – Temps de lecture 3mn
La Russie et l’Iran ont signé un ensemble de documents pour la construction de la ligne ferroviaire Récht-Astar. L’a annoncé le vice-premier ministre russe Andréï Nikitin, rapporte l’Agence TASS.
La réunion s’est déroulée à Téhéran. Du côté russe, c’est la société privée de construction Caspian Service qui était présente, tandis que l’Iran était représenté par la société d’État Construction and Development of Transportation Infrastructures Company (CDTIC). Les deux parties ont signé un protocole garantissant l’accès aux terrains le long de l’ensemble du tracé pour les études, ainsi qu’un accord complémentaire au contrat de construction.

Un projet né d’une coopération historique
Depuis la fin de la Guerre froide, la Russie et l’Iran ont progressivement resserré leurs liens économiques, surtout dans l’énergie et les infrastructures. Le corridor Saint-Pétersbourg-Mumbai s’inscrit dans une stratégie plus large visant à créer des routes commerciales alternatives aux voies maritimes traditionnelles, souvent soumises aux sanctions ou aux tensions géopolitiques. En s’appuyant sur des partenaires régionaux, Moscou veut diversifier ses exportations de matières premières et offrir à l’Iran un accès plus direct aux marchés européens et asiatiques. Cette dynamique repose sur des accords bilatéraux antérieurs, dont plusieurs traités de transport et de logistique signés au cours de la dernière décennie, qui ont déjà permis la mise en service de tronçons ferroviaires reliant la mer Caspienne à la mer Noire.
Les parcelles destinées à la voie ferrée ont été rachetées par l’Iran en octobre. À ce moment, les spécialistes russes avaient déjà mis en place un réseau géodésique de référence et réalisé une prise de vue aérienne, a souligné le vice-premier ministre. La prochaine étape consistera en des études hydrométéorologiques et un levé topographique, a-t-il indiqué.

Enjeux techniques et environnementaux
Les études hydrométéorologiques et le levé topographique annoncés sont des étapes cruciales pour garantir la viabilité du tracé dans une région où le climat oscille entre zones arides et montagnes. Les ingénieurs devront notamment tenir compte du risque sismique, des nappes phréatiques et des écoulements saisonniers susceptibles d’affecter la stabilité des viaducs et des ponts. Au-delà des défis techniques, le projet suscite aussi des préoccupations environnementales, la construction d’infrastructures de grande ampleur pouvant impacter les habitats locaux et les corridors migratoires. Des évaluations d’impact environnemental sont généralement exigées pour les projets transfrontaliers, afin de concilier développement économique et préservation du territoire.

La ligne ferroviaire Récht-Astar fait partie du corridor international reliant Saint-Pétersbourg au port de Mumbai, en Inde. La Russie et l’Iran envisagent de poser 162 km de rails, de construire huit nouvelles gares, 56 viaducs, 73 ponts et 30 passages à niveau. Le volume de fret prévu s’élèvera à au moins 15 millions de tonnes par an. L’accord de construction avait été signé à Moscou et à Téhéran en 2023, mais la signature du contrat d’exécution a été repoussée à cause du déclenchement des hostilités au Moyen-Orient.
Une fois opérationnelle, la ligne Récht-Astar devrait dynamiser l’économie le long de son tracé, en facilitant le transport de marchandises lourdes telles que le pétrole, le gaz, les minerais et les produits manufacturés. Les villes et zones industrielles à proximité pourraient bénéficier d’un meilleur accès aux marchés internationaux, favorisant création d’emplois et attraction d’investissements étrangers. Par ailleurs, la capacité de transporter au moins 15 millions de tonnes de fret par an représente un apport significatif à la balance commerciale des deux pays, tout en renforçant le corridor comme alternative crédible aux routes maritimes du détroit d’Ormuz. Cette dynamique s’inscrit dans le cadre plus large des initiatives de la Nouvelle Route de la Soie, où les infrastructures terrestres jouent un rôle clé pour relier l’Asie centrale à l’Europe et à l’Océan Indien.
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