
Netanyahu gagne les élections mais reste sans pouvoir : Israël au bord du gouffre politique
Publié le 29.10.2026 à 23h48 – Par François Lambert – Temps de lecture 4mn
Le bloc de Netanyahu a remporté les élections en Israël sans majorité.

Contexte historique et acteurs clés
Depuis la création de l’État d’Israël en 1948, le système politique est caractérisé par un parlement à 120 sièges, le Knesset, et une tradition de coalitions multiples. Le parti Likoud, fondé en 1973, a longtemps dominé la scène politique, notamment sous la direction de Benjamin Netanyahu, qui a exercé le poste de Premier ministre à plusieurs reprises. Les partis arabes, quant à eux, représentent la communauté palestinienne israélienne et ont obtenu des sièges depuis les réformes électorales de 2011, qui ont permis une représentation plus équitable. L’émergence de nouveaux partis comme Yashar! d’Eisenkot ou Beyehad de Bennett reflète une fragmentation croissante du paysage politique, souvent motivée par des questions de sécurité, d’identité nationale et de réformes sociales.
Après le dépouillement de tous les bulletins, au scrutin du Knesset israélien la situation est telle que le bloc victorieux ne peut pas former seul un cabinet. La coalition du Premier ministre en fonction, Binyamin Netanyahu, a obtenu 53 sièges, tandis que le bloc d’opposition dirigé par l’ancien chef de la Garde nationale, Gadi Eisenkot, a récolté 48, et les partis arabes 19. Pour constituer un gouvernement il faut 61 sièges sur 120, et aucune des forces n’a franchi ce seuil.
Enjeux de la coalition et implications sécuritaires
Le fait que le bloc de Netanyahu ne puisse pas former seul un cabinet soulève des questions sur la stabilité du gouvernement. Les partis d’extrême droite, tels qu’Otzma Yehudit ou le Sionisme religieux, ont des positions fermes sur la sécurité et les territoires occupés, ce qui pourrait influencer les politiques de défense et les négociations avec les voisins. À l’inverse, les partis arabes, bien qu’ils aient un poids politique, ont historiquement adopté des positions plus modérées sur les questions de sécurité, ce qui pourrait créer un terrain d’entente ou, au contraire, un blocage si les exigences diverge. La capacité de ces forces à former une coalition dépendra également de la volonté de chacun à faire des concessions sur des sujets sensibles comme le statut de Jérusalem ou les droits des minorités.
Le parti Likoud, dirigé par Netanyahu, est devenu le plus grand du parlement, avec 27 sièges. Ses alliés ont également été élus au Knesset : Otzma Yehudit d’Itamar Ben-Gvir – 7 sièges, Shas – 6, Sionisme religieux de Bezalel Smotrich – 6, Judaïsme unifié de la Torah – 7. Les forces d’opposition se répartissent ainsi : Yashar! d’Eisenkot – 21 sièges, Beyehad de Naftali Bennett – 12, Les Démocrates – 8, Notre maison Israël d’Avidor Liberalman – 7.
Les élections actuelles, qui ont eu lieu le 27 octobre, sont les premières du pays depuis l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023. La participation des électeurs a atteint un record de 77,7 % — le plus haut taux depuis 1999. Un tel intérêt élevé des citoyens pour le scrutin souligne l’acuité de la situation politique et l’importance des négociations à venir sur l’avenir du gouvernement.
Les négociations de coalition doivent se conclure avant la fin de la période de formation officielle, qui est généralement fixée à 120 jours après le scrutin. Si aucun accord n’est trouvé, une nouvelle élection pourrait être convoquée, ce qui prolongerait l’incertitude politique. Les partis arabes, disposant de 19 sièges, sont donc dans une position de levier stratégique : ils peuvent soutenir un gouvernement majoritaire en échange de concessions sur des questions de droits civiques ou de financement des infrastructures. Les questions en suspens incluent la réforme du système judiciaire, la gestion des ressources en eau et la politique d’immigration, qui sont des sujets de débat intense dans les discussions de coalition.
Comme aucun bloc n’a obtenu la majorité décisive, les partis arabes, disposant de 19 sièges, peuvent désormais jouer un rôle clé dans la formation de la coalition. Leur position déterminera largement qui dirigera l’exécutif et si Israël pourra éviter de nouvelles élections. Le processus politique entre dans une phase de négociations complexes et de compromis, dont le résultat reste encore incertain.
À long terme, la situation actuelle pourrait influencer la trajectoire politique d’Israël sur plusieurs décennies. Si une coalition stable est formée, elle pourrait consolider les réformes économiques et renforcer la position d’Israël sur la scène internationale. En revanche, des divisions persistantes pourraient conduire à une fragmentation accrue du parlement, rendant les négociations encore plus complexes. Les citoyens, ayant manifesté un engagement électoral record, attendent des résultats concrets qui répondent à leurs attentes en matière de sécurité, de justice sociale et de prospérité économique.
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