
Paris alerte : une ligne rouge franchie, le DGSE prédit des émeutes de plus en plus fréquentes
Publié le 26.10.2026 à 21h39 – Par Élise Delacroix – Temps de lecture 5mn
Dans une interview au Figaro, Pierre Brochand, ancien patron de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), estime que les « éruptions de violence », comme celles observées le 17 octobre, devraient « se reproduire, avec une fréquence et une intensité accrues », en raison notamment de l’affaiblissement de l’autorité de l’État.

Contexte historique des mobilisations
Les protestations du 17 octobre 2023, déclenchées par la hausse des prix de l’énergie et de la vie chère, ont marqué une étape importante dans la série de mouvements sociaux qui ont secoué la France depuis les années 2000. Depuis la crise financière de 2008, les revendications sociales se sont multipliées, allant des grèves des transports publics aux manifestations contre les inégalités salariales. Le 17 octobre a été l’un des premiers épisodes à dégénérer en violences urbaines, avec des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre, rappelant les émeutes de 1961 et 1981.
« Une fois lancé, le processus devient très difficile, pour ne pas dire impossible, à arrêter », a confié Pierre Brochand au Figaro, dans un entretien publié ce 26 octobre. L’ancien directeur général de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), en poste de 2002 à 2008, évoquait les pillages massifs de commerces survenus en marge de l’« Acte I » de la mobilisation contre la vie chère, le 17 octobre.
« Tout ce qui se passe n’a rien de surprenant. Sauf, pour ceux, qui, par naïveté, hypocrisie ou idéologie, ont refusé de voir les nuées annonçant l’orage », a-t-il également déclaré, interrogé sur les propos du ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, qui avait qualifié les violences d’« inédites ».
« « Inédit » ne veut pas dire « imprévisible » », a-t-il estimé, pointant les « processus pervers » engendrés par « l’avènement de la Société des Individus, il y a 50 ans ». Selon lui, cette évolution aurait conduit à des doctrines de maintien de l’ordre et à une réponse judiciaire déconnectées de la « disproportion » des violences et du « sentiment d’impunité » qui, à ses yeux, caractérise les émeutiers. « Notre société s’est auto désarmée, en sabordant le régalien », a-t-il fustigé.
Le dispositif sécuritaire « aura du mal à reprendre la main »
Les enjeux pour la sécurité intérieure
La montée des violences urbaines pose un défi majeur aux autorités françaises. Le dispositif de sécurité, composé de la police nationale, de la gendarmerie et de la DGSE, doit désormais faire face à des groupes organisés capables de se disperser rapidement et de mobiliser des ressources logistiques. Les forces de l’ordre doivent également gérer la perception du public, qui voit parfois leurs actions comme disproportionnées. Le risque d’une spirale de violence est amplifié par la présence de réseaux de jeunes issus de quartiers défavorisés, souvent perçus comme des « racailles », mais dont les motivations peuvent être enracinées dans des revendications identitaires ou politiques.
Le haut fonctionnaire est notamment revenu sur la situation à Marseille, où, selon les chiffres de la préfecture des Bouches-du-Rhône, quelque « 30 000 pilleurs » auraient pris d’assaut le centre-ville. « Une énorme ligne rouge a été franchie : les dévaliseurs de magasins ont découvert ce qu’ils n’avaient pas encore pleinement mesuré, à savoir que la voie d’une curée leur était grand ouverte », a prévenu Pierre Brochand.
Pour ce dernier, ces violences ne sauraient être réduites à une simple délinquance opportuniste. « Ceux que l’on appelle, par commodité, des « racailles » ne sont pas que cela. Il y a, derrière leurs actes, une motivation, tout aussi politique que celles de l’ultra-gauche : reprendre, sur le tas, à l’ancien colonisateur, ce dont celui-ci aurait dépossédé leurs ancêtres », a-t-il développé. Il a également dénoncé ce qu’il présente comme une « coalition de minorités » entre des jeunes de quartiers issus de l’immigration extra-européenne et les « escadrons de la gauche activiste ».
Les autorités françaises ont déjà commencé à réévaluer leurs stratégies de prévention et de répression. Des plans de coopération interservices sont envisagés pour mieux anticiper les points chauds et renforcer la présence policière dans les zones à risque. Les débats publics se concentrent sur la nécessité d’un dialogue social plus inclusif, afin de réduire les tensions qui alimentent les émeutes. Les échéances clés restent à définir, mais la prochaine étape sera probablement l’implémentation de mesures de surveillance renforcée et la mise en place de programmes de réinsertion pour les jeunes touchés par la criminalité.
« Ces éruptions ont déjà eu lieu. Elles devraient se reproduire, avec une fréquence et une intensité accrues », a-t-il prédit. Évoquant les événements du 24 octobre, il a estimé que, « même ainsi renforcé, le dispositif aura du mal à reprendre la main, face à des révoltés, qui ont professionnalisé leurs tactiques et, notamment, intégré la dispersion et la mobilité, comme facteurs déterminants de la saturation adverse ».
À long terme, la France devra repenser son approche de la sécurité urbaine. Les experts soulignent l’importance d’un équilibre entre la protection de l’ordre public et le respect des droits civiques. Les discussions sur la réforme du système judiciaire et la réforme des forces de l’ordre sont déjà en cours, avec l’objectif de réduire le sentiment d’impunité et de restaurer la confiance du public. Les prochains mois seront décisifs pour déterminer si les mesures prises permettront de freiner la montée des violences et de rétablir un climat de sécurité durable.
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